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Vers la fin du tout gratuit ?

Coup de pied au cul

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J’ai le plaisir aujourd’hui d’accueillir un article invité écrit par Raphaël Wach, entrepreneur de son état et développeur entre autres de magnifiques applis iPhone professionnelles. Il s’interroge sur la passionnante question de la mutation des modèles économiques à l’ère du numérique et de l’habitude de la gratuité. Si j’ai tendance à avoir une position un peu plus nuancée que la sienne vis-à-vis de la possibilité de modèles autres que l’achat pur ou la pub (que ce soit pour les applications informatiques, la musique, les films ou les écrits), et si je ne partage pas aisément son optimisme béat concernant la capacité des journaliste à produire de la qualité ;), je trouve néanmoins son argumentation excellente et très bien construite. Et puis, c’est une position clairement « Acide Ici » ! Je lui laisse donc la parole avec joie !


Depuis de nombreuses années, la culture du tout gratuit ou presque s’est largement généralisée. La publicité finance tout ! On peut rentabiliser n’importe quoi qui génère du trafic en affichant de la publicité ! Formidable s’est-on réjoui, naïfs que nous étions. Qui ne serait pas ravi d’accéder à n’importe quel service gratuitement en échange du fait d’avoir une partie de son écran occupé par de la publicité ? Il ne semblait pas y avoir de problème. On s’est trompé. Aujourd’hui, le modèle du tout gratuit ou presque montre à la fois ses limites, ses inconvénients et ses dangers.

Historique

Années 90, l’argent coule à flot sur les start-up. Le moindre projet de portail web est présenté comme le futur Microsoft ou Apple. Les nouveaux projets poussent comme des champignons, c’est-à-dire vite mais pas haut pour la très grande majorité.

Mars 2000, apogée de la bulle spéculative Internet. Patatras. Fin du Monde. Finalement, le web, ce n’est pas le futur. C’est l’échec.

En fait, non. Une petite société créée le 27 septembre 1998 dans un garage de Menlo Park en Californie se porte drôlement bien. Elle s’appelle Google Inc. et elle est à l’origine d’un moteur de recherche révolutionnaire. C’est la boîte la plus cool du monde. On n’en finit pas de s’extasier devant ses locaux de Mountain View, le Googleplex. Salles de gym, billards, beach volley, néons colorés, jouets pour les enfants, snacks et terrasses ensoleillés, ingénieurs aussi cool que pouvaient l’être des geeks à une époque pré-TBBT. Le paradis… et en plus on fait des milliards ! Comment ? Avec la publicité pardi ! C’était donc ça le futur ? On innove en s’amusant entre jeunes, on fournit à des millions de gens des services totalement gratuits et en plus on se fait des couilles en or massif juste avec des publicités discrètes ?

Trop beau pour être vrai, ça doit coincer quelque part.

Là où ça coince : qui est le client ?

Pas vous. Pas de bol.

On ne le répètera jamais assez : si vous ne payez pas un service ou un produit, alors le produit c’est vous. Vous n’êtes pas un client. Vous êtes seulement un utilisateur et tout à la fois le produit vendu. C’est-à-dire que ce qui est commercialisé, ce sont vos données personnelles considérées par vous comme privées ou non et toute information sur votre compte permettant par exemple de cibler la publicité que l’on vous présente en ligne.

Cela implique plusieurs problèmes.

D’abord les questions évidentes de protection de la vie privée. Big Brother tout ça… contrariant.

Chacun de vos faits et gestes sur le net est épié et analysé par les gourous du darketing et leurs sbires. Souvent par des robots qui n’ont cure de votre identité réelle et ont peu de chance de vous nuire. Mais le fait que les données et analyses existent et puissent être également lorgnées par un œil humain pas forcément raccordé à un cerveau bienveillant est plutôt inquiétant. Les scandales à répétition sur les pratiques de Google, Facebook et autres géants ou moins géants du web gratuit ainsi que les déclarations de tous les Eric Schmidt du monde génèrent étonnamment peu de réactions de la part de l’opinion publique, néanmoins, sans sombrer dans la paranoïa, on peut dire que le danger est bien présent.

Microsoft vient de lancer une campagne contre ces pratiques et particulièrement contre Google appelée SCROOGLED (http://www.scroogled.com). Evidemment, Microsoft ne le fait pas de manière désintéressée et saisit surtout l’occasion de taper sur son concurrent du web et sur Gmail. Cependant, le fait que Google accède sans scrupules au contenu de nos emails, même si nous n’utilisons pas Gmail puisqu’il suffit d’écrire un mail à un utilisateur de Gmail pour que Google y ait accès, n’est pas fait pour nous ravir.

Ensuite se pose la question de la relation client-entreprise. Le client est roi, ça c’est drôlement chouette du point de vue du consommateur. Mais comme dans le cas présent, vous n’êtes pas client, êtes-vous le roi ? Eh bien non. Vous n’êtes tout simplement rien. Vous n’avez aucun droit et vous ne pouvez pas vous plaindre de quoi que ce soit. On ne se fait pas rembourser les invitations. Il faut avoir payé sa place pour avoir le droit de se plaindre ou de se montrer exigeant. A la seconde où vous commencez à utiliser un service gratuit, vous en acceptez les conditions d’utilisation. Et s’il y est marqué que votre vie privée, votre maison, votre voiture, votre femme et vos enfants appartiennent de fait à l’entreprise qui vous fournit le service et qu’elle peut les revendre à qui elle le souhaite, alors c’est grosso modo le cas. Cette dernière phrase est évidemment très exagérée, droits de l’homme et législation obligent, mais elle illustre bien la réalité. Vous n’avez aucun pouvoir et aucun des droits du client puisque vous n’en êtes pas un. Vous plaindre de quoi que ce soit est inutile, vous n’obtiendrez pour toute réponse que : «Pas content ? N’utilise pas notre service. Tu n’as pas payé, tu la fermes.» Et le pire c’est que cette réponse est tout à fait raisonnable et justifiée. Vous n’êtes pas un client, c’est tout.

Il n’y a pas de multinationales sympathiques et philanthropes. Si une entreprise de ce type vous offre quelque chose, c’est que vous lui offrez plus en retour. L’échange n’est jamais à votre avantage. Il faut en avoir conscience.

Là où ça coince : rentable ?

Le tout gratuit montre ses limites en termes de rentabilité. Il est financé par la publicité. Mais est ce que la publicité en ligne rapporte réellement ? Le retour sur investissement vaut-il le coup ? Je n’en ai personnellement aucune idée précise. Mais bien des signes me font penser le contraire.

D’après la dernière étude que j’ai lue, les liens commerciaux sur Google attirent moins de 15% des clics contre 85% pour les liens dits organiques, c’est-à-dire issus du référencement naturel. Et les liens commerciaux de Google ont au moins le mérite d’être en lien direct avec votre recherche en cours. Ce sont des résultats de recherche souvent pertinents au lieu d’être de simples publicités.

Ailleurs, combien lisent les pubs et cliquent dessus ? Sur Facebook par exemple, ça m’est arrivé une fois en 6 ans. Et c’était sur une publicité pour un service en ligne gratuit lui-même financé par… la publicité. Amusant, non ?

Notre génération qui a vécu la naissance de l’Internet grand public a dû en faire l’apprentissage, découvrir les publicités en ligne et s’y attarder quelque temps avant de décider de les ignorer royalement. Aujourd’hui, on n’a même plus besoin de faire le tri intellectuel entre le contenu pertinent et le fatras commercial d’une page web. C’est un processus inconscient qui ne nous demande aucun effort. Chez les plus jeunes qui ont eu accès à Internet en même temps qu’au hochet, ce doit être inné. Nos cerveaux sont reprogrammés. Nous avons fait évoluer l’espèce humaine en lui donnant la capacité d’ignorer naturellement la publicité en ligne. Et pour ceux qui n’ont pas encore atteint ce barreau de l’échelle de l’évolution, il y a AdBlock ! Outil qui, s’il se répandait massivement parmi les internautes, pourrait tuer le modèle du tout gratuit financé par la publicité instantanément ! Ce qui montre bien la fragilité de ce modèle.

Hors divagations darwiniennes, de nombreux faits récents tendent à montrer que la publicité rentabilisant des services gratuits commence à perdre sa crédibilité.

Premièrement, l’échec relatif de l’introduction en bourse de Facebook. Relatif parce qu’ils ont tout de même ramassé 104 milliards de dollars dans l’affaire, donc on a du mal à parler d’échec sans s’étrangler, mais tout de même. Les analystes prédisaient à l’action Facebook, dont le prix initial était de 38 dollars, une hausse de 10% à 15%. Or cette dernière a plongé sous la barre des 30 dollars avant de remonter poussivement à un cours de clôture de 38,23 dollars, soit une hausse de 0,61%. Linkedin qui a un modèle avec des services payants et des abonnements avait terminé son introduction en bourse un an auparavant avec une hausse de 109% nettement plus chic. Comme quoi on a du mal à garder sa crédibilité quand on n’a rien à vendre dans le monde des grands méchants pas philanthropes qui ne pensent qu’aux bénéfices à venir.

On peut supposer que Facebook a retenu la leçon puisqu’ils se sont mis en tête dans les mois suivants d’intégrer des services payants à leur site, notamment à destination des entreprises. Ben alors Messieurs ? On n’y croit plus au tout gratuit et à la pub ? Tss tss.

Comme par hasard, dans les semaines suivantes, on apprend que certains produits jusque-là gratuits de Google deviennent payants notamment les Google Apps for Business. Terminée la version gratuite pour les entreprises de moins de 10 salariés. Le champion du monde libre, ouvert et gratuit avec des piscines dans les bureaux de ses salariés jeunes et cool ne rigole plus. Il encaisse des chèques.

Il a aussi racheté Motorola, créé les Google Glass… et oui les smartphones et les lunettes high tech c’est du concret, du solide, du produit qui se vend et qui se vend bien. Même si on ne peut pas en être sûr pour les Google Glass qui ne sont pas encore commercialisées. En passant, Google a très généreusement organisé un concours qui permet à son heureux gagnant de ne pas gagner du tout une paire de Google Glass gratuite mais d’avoir le droit de les acheter en premier… tragique pour une entreprise avec un modèle pareil d’en arriver à ce niveau de mercantilisme, non ?

Et dans le cas de Google la liste continue interminablement.

Les API Google Maps sont passées payantes, des chaines payantes devraient apparaître sur Youtube prochainement…

De là à penser qu’à Mountain View aussi on se dit que le tout gratuit et la publicité ça sent le sapin, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement.

Pour finir avec un mot sur Twitter, celui-ci n’est parvenu à devenir rentable que laborieusement, après plusieurs années sans modèle économique et après avoir passé la barre des 100 millions d’utilisateurs, suite à l’introduction de la publicité sous forme de tweets sponsorisés et à l’arrivée à sa tête de Dick Costolo… un ancien de Google. En dehors de la publicité et de l’analyse de données, on a actuellement du mal à savoir où Twitter compte gagner de l’argent. Or les données que possède Twitter sur ses utilisateurs sont extrêmement pauvres comparées à celles que détient son concurrent géant Facebook. Et il y a fort à parier que si l’entreprise n’est pas encore en bourse c’est qu’ils ont été drôlement refroidis par la mésaventure de Facebook. Encore une entreprise qui a des chances de devoir se faire violence très prochainement et trouver autre chose que de la publicité pour se faire une santé sur le long terme. Aux dernières nouvelles, Twitter miserait sur un service de diffusion de musique intégré au site de micro-blogging, probablement quelque chose entre Spotify et iTunes. Peut-être que la clef de sa survie est là effectivement. En tous cas pas dans la publicité et la gratuité de tous les services.

Si j’étais mesquin, je ferais remarquer que s’il fallait avoir plus de 100 millions d’utilisateurs pour être rentable, il n’y aurait probablement qu’une dizaine d’entreprises dans le monde. Fort heureusement, il n’y a pas que des sites de microblogging où les égos s’excitent à coup de retweet et de course au plus grand nombre de followers mais aussi des gens sérieux qui travaillent à créer des produits utiles et tout ce qu’il y a de plus commercialisables. Ouf !

Pourquoi payer c’est mieux.

A force, vous devez vous dire que je suis un fou dangereux qui ne pense qu’à vous faire passer à la caisse. Ce n’est pas le cas. Je ne suis pas un grand fan du consumérisme acharné.

Mais le modèle du tout gratuit me paraît néfaste pour tout le monde, pas seulement le consommateur.

Dans le monde de l’édition de logiciel, un changement radical s’est opéré ces dernières années que personne ne semble avoir remarqué. Tout le monde a l’air de trouver parfaitement normal de pouvoir acquérir des centaines de logiciels pour quelques euros, sur son smartphone ou sa tablette. Le monde entier souffre d’amnésie brutale.

Il y a à peine 5 ans que l’iPhone et l’App Store sont apparus et par la suite les market place dédiées à tous les autres systèmes, Androïd et Windows en tête. Avant cela, les logiciels s’achetaient sur les rayons de la FNAC ou d’autres magasins, ils coûtaient pour la plupart quelques dizaines d’euros, parfois des centaines voire plus. Aujourd’hui, on pense que le mode de commercialisation des logiciels repose plus sur une diffusion massive avec des produits bradés mais achetés par des millions de gens que sur un prix honnête et justifié quitte à avoir une diffusion moindre.

Le côté pervers de cette évolution, c’est que la quantité a largement pris le pas sur la qualité. D’un côté, des centaines de milliers d’applications cheap et à la qualité plus que douteuse pour bien peu de véritables perles utiles et de qualité. De l’autre côté des consommateurs perpétuellement insatisfaits de ce qu’ils achètent mais qui se sont tellement habitués à la gratuité ou quasi-gratuité de tout et n’importe quoi qu’ils trouvent que tout est toujours trop cher pour eux. Même une application à quelques euros. Alors qu’il y a 5 ans, ils déboursaient 50 euros pour un logiciel acheté sur les rayons de la FNAC sans broncher et qu’ils tiennent un téléphone à 800 euros dans leur main, lui-même branché sur un ordinateur à 2000 euros. Mais une application qui n’est pas à 0,99$ ou gratuite c’est définitivement trop cher. Folie.

Il se trouve que les développeurs d’applications mangent aussi, payent leur loyer, emmènent leurs enfants à la plage parfois. Leur travail doit être rémunéré et il n’y a absolument aucune raison que leur production soit gratuite. Le fait est que la quantité de travail nécessaire à la production d’un logiciel informatique est largement sous-estimée par le grand public.

On note une évolution intéressante face à ce phénomène ces derniers temps. Une anecdote récente qui a fait un peu de buzz l’illustre bien. Les développeurs du simulateur Infinite Flight se sont aperçus qu’ils obtenaient exactement le même chiffre d’affaire en relevant leurs prix et en vendant moins qu’en bradant leurs produit pour avoir plus de téléchargements. Et surtout qu’ils obtenaient un taux de satisfaction des clients supérieur puisqu’ils évitaient tous les râleurs jamais contents qui se plaignent beaucoup et qui refusent de mettre plus d’un dollar dans quoi que ce soit mais se permettent de se montrer exigeants et qui détériorent injustement l’image du produit par leurs commentaires négatifs. Qualité VS quantité. Moins de diffusion mais une clientèle qui accepte de payer le produit à sa juste valeur et capable d’en apprécier la qualité. Les mauvaises langues diront que ce choix est élitiste puisqu’il empêche le plus grand nombre d’accéder au produit. Personnellement je soutiens complètement les auteurs d’Infinite Flight dans leur démarche qui est également la mienne dans le métier. Je refuse de brader mon travail mais je me donne le mal qu’il faut pour que le client en ait pour son argent, ce qui me paraît nettement plus sain pour tout le monde, le client et moi. Et j’encourage tous les développeurs à faire de même. La qualité plutôt que la quantité !

Dans un autre domaine, on retrouve le même impact négatif de la recherche d’une diffusion massive de contenu gratuit générant du trafic et donc des revenus via la publicité en ligne, celui de la presse.

On note ces dernières années une baisse qualitative généralisée des productions journalistiques en ligne. Eh oui, un clic c’est un clic. Une page avec 2 lignes ou un copié collé d’une dépêche avec une publicité génère exactement le même chiffre d’affaires qu’un article de fond avec la même publicité mais demande nettement moins de travail. En conséquence, analyse, article de fond, prise de position et d’autres sont des espèces en voie d’extinction. Les vrais journalistes qui travaillent se voient remplacés par une armada de twittos qui relayent des dépêches AFP ou Reuters avec des titres racoleurs en espérant obtenir un bon référencement sur Google News et un clic de plus que le voisin. On trouve des articles quasiment similaires à la ligne près du site d’un grand quotidien à l’autre. Grotesque. Relevez la tête, Messieurs les journalistes ! Il est temps de se remettre au travail, d’arrêter de glander sur les réseaux sociaux en courant après les followers et de privilégier la qualité des articles plutôt que la quantité de clics générés et la diffusion massive ! Si la qualité de vos écrits est là, nous serons ravis de payer un juste prix pour les lire ! Nul besoin de publicités ! Vous êtes capables comme vos pères de produire des publications de qualité qui justifient qu’on les achète ! Tout le monde s’en portera nettement mieux, vos lecteurs et vous.

Ce phénomène avait atteint son paroxysme avec les fermes de contenu, des sites entièrement générés par des robots qui agrégeaient les nouvelles glanées sur le net et les affichaient sur des pages avec publicité. Plus aucun contenu original, du copié collé automatique générateur de trafic sur des pages web sans intérêt. Heureusement, l’explosion des fermes de contenu a été enrayée par la mise à jour Panda de l’algorithme de Google. Ceci n’est pas moins révélateur de l’évolution suivie par la presse en ligne. Course au clic, au référencement et à une large diffusion couplée à une baisse qualitative drastique. Quantité VS qualité encore. Ni dans l’intérêt des journalistes, ni dans l’intérêt des lecteurs encore. La presse n’est qu’un exemple, on retrouve ce phénomène quasiment partout. Le modèle du tout gratuit est simplement néfaste.

Advienne que pourra !

Évidemment, il est un peu risqué de pronostiquer ainsi la fin d’un modèle quasi-hégémonique.

Mais pour ma part, j’espère bien que l’évolution actuelle va continuer, que le modèle du tout gratuit financé par la publicité va disparaître progressivement, quitte à ce qu’une ou deux grosses boîtes qui ont fait leurs choux gras dessus dégraissent violemment. Et que la qualité des productions revienne au centre des préoccupations devant la quantité et la diffusion massive. En tant que consommateur, on accédera à un peu moins de choses mais celles que l’on choisira de s’offrir auront largement gagné en qualité et nous nous retrouverons à l’abri de l’exploitation en ligne de nos vies privées. Quelques grosses agences de marketing et de publicité crèveront. On s’en remettra. Cette évolution permettra de retrouver un rapport client-fournisseur clair et sain. L’avenir dira si l’évolution des pratiques des consommateurs va favoriser la qualité et la confidentialité plutôt que la masse informe de produits gratuits bas de gamme à laquelle on est de plus en plus confronté ou si je me suis complètement trompé. En attendant, le débat est ouvert.

5 commentaires

  1. Yougli dit :

    M’est avis que, dans tous les domaines, c’est bel et bien le consommateur (qui achète) qui est pouvoir de décision, on a tendance à un peu trop l’oublier. Le pb est que le consommateur lambda est habitué à payer 2.5€ ses lasagnes de boeuf (sic) et que tant qu’il ne réfléchira pas un peu à ce que représentent ces 2.5€ (voir peut être à la nécessité de manger de la viande tous les jours, soyons fous), le modèle existant se portera toujours bien… malheureusement. Il me semble qu’en anthropologie, ça s’appelle la tragédie des communs.

  2. Damien dit :

    hello,

    je partage un grand nombre des points de ce billet.

    Le modèle de services gratuits et illimités me semble avoir fait son temps : une partie des utilisateurs ne veulent plus voir leur vie privée et leurs données analysées pour ensuite se faire cibler par de la publicité.

    Quant aux sites d’informations gratuits, on s’aperçoit que la qualité n’est plus au rendez-vous et que le seuil d’informations relève plus de l’info-publicité que du journalisme d’analyse ou de terrain.

    Plutot que d’être soi-même le produit, il va falloir changer de role et re-devenir consommateur en payant un produit ou un service sur internet.

  3. stephane dit :

    De très bonnes réflexions, attention d’éviter de passer d’un extrême à l’autre et de faire une généralisation abusive :-)
    Mon impression générale que j’ai depuis quelque temps et qu’on va passer progressivement (c’est en train de se faire) à un modèle différent : des produits en phase de développement, que l’on offre, gratuits donc, de qualité inférieure qui va en s’améliorant au fil du temps, qui finissent par attirer de plus en plus d’utilisateurs, de clients, pour atteindre une phase critique à partir de laquelle il y a alors 2 produits : une version limitée, gratuite, faire pour attirer des nouveaux clients qui progressivement peuvent convertir en vrais clients, qui payent pour avoir la version haute qualité qui nécessite bien plus d’investissements et de matériel et de support…

    Un très article effectivement et bien argumenté.

    Quant à pouvoir ignorer des pubs, c’est une capacité que nous avons tous potentiellement : bien avant internet, j’étais capable d’ignorer les informations inutiles en me concentrant uniquement que sûr ce qui m’intéressait…. Ca s’appelle « apprendre à se concentrer » d’ailleurs ;-)
    Stephane

  4. Cecile dit :

    Super article, bien argumente !

    Des fois je me dis qu’Internet, ça va un jour devenir « les robots parlent aux robots », vu le nombre de sites entièrement générés par des robots, les commentaires générés par des robots, etc. Moi-même je travaille a un petit robot en ce moment ;-)

    Je partage l’avis de Stéphane sur l’évolution : des entreprises qui proposent des services « différencies », accès gratuit a une offre de base (histoire de ferrer le client), accès payant a des services plus pousses. En fait ça existe déjà (cf. Dropbox ou LastPass par exemple).
    Perso, je n’ai aucun problème a sortir la carte bleue quand ça vaut le coup, et pourtant je fais partie de la génération « tout gratuit ». Je paye pour un service de sauvegarde automatique de mes données par exemple (spideroak, en plus ils obtiennent toujours de bonnes notes lors des évaluations « respect de votre vie privée »).

    Merci acide-ici pour ces articles invites toujours de grande qualité !

  5. Solal dit :

    Très bon article Raphaël, on sent que ça fait un bout de temps que tu réfléchis à la question, j’apprécie ton travail d’analyse.

    J’ai souri en lisant le passage sur Microsoft qui joue les vierges effarouchées alors qu’ils font la même chose avec nos conversations Skype (soit-disant pour nous protéger du spam) ! Ça serait presque drôle si ça n’était pas triste que tout le monde s’en foute. A ma connaissance les écoutes téléphoniques nécessitent une autorisation judiciaire, je ne comprends pas pourquoi les mails et les chats suivent une logique différente. Allez comprendre…

    J’avais déjà lu quelque part que des prix plus élevés apportent des clients plus sympas (moins de demandes de remboursement et taux d’utilisation effective du produit plus élevé). Bon après il y a des gens qui vendent des produits de merde et eux ils ne doivent pas s’étonner d’avoir une masse de clients mécontents, prix élevé ou pas. On a eu un exemple récemment dans le milieu du blogging avec des formations à mille boules pièce.

    Concernant le sort des journaux et des journalistes je ne suis pas sûr que ton analyse leur fasse complètement justice. Selon moi les grands journaux qui sont menacés (ou ont déjà mis la clé sous la porte) ne succombent pas à cause de la qualité décroissante de leur publications mais bien parce que les gratuits on tué le marché. Pour moi il y a deux types de lecteurs de journaux :

    1) Ceux qui lisent les gros titres pour assouvir leur curiosité de savoir ce qui se passe mais qui se tamponnent du pourquoi et des analyses de fond. A la limite, ils pourraient se contenter de lire des dépêches AFP.

    2) Ceux qui aiment lire les articles de bout en bout et savent apprécier la forme et la profondeur d’analyse.

    Dans l’ancien modèle, les deux types de lecteurs achetaient le même journal, en faisait un usage différent mais les lecteurs de surface payaient en quelque sorte leur tribut pour permettre à ces journaux de payer de grands journalistes pour écrire de beaux articles à même de plaire aux lecteurs avertis. Avec l’avènement des gratuits, on a permis aux lecteurs de surface de ne plus devoir acheter tout le journal pour avoir l’info, on leur livre du brut de décoffrage et ça leur suffit. Ils ne sont donc plus là pour co-financer le grand journalisme mais je doute qu’une augmentation de la qualité de contenu les fasse revenir au payant car, dans le fond, la qualité ils s’en sont toujours moqués.

    Quand je regarde Mediapart ou Le monde, ils ont une offre d’abonnement payante en sus de leur contenu disponible gratuitement mais je ne suis pas sûr qu’ils en vivent bien.

    Pour revenir au débat général sur le tout gratuit, je rejoins tout à fait ton analyse, c’est une mécanique malsaine. Elle fait complètement perdre aux gens la valeur de certains biens. Comme disait une représentante des verts allemands à la télé récemment, tant que les gens trouveront ça normal de payer un poulet entier moins cher que deux heures de parking, nous aurons un problème.

    Je dirais même que ça va beaucoup plus loin que le net. Je vais me faire des ennemis en disant ça mais cette logique n’a pas commencé avec le net, elle vient en droite ligne des dogmes du libéralisme économique. En théorie des marchés ouverts garantissent une saine concurrence et favorisent le consommateur en lui permettant de ne pas payer ses produits plus chers qu’il ne le devrait. Sauf qu’en pratique, les économies faites par le consommateur sur les chaussettes pas chères ne se font pas au détriment des marges des multinationales mais au détriment de l’emploi ici via les délocalisations. La mondialisation oui, mais pas sans règles. J’invite ceux que ça intéresse à lire l’excellent billet de Frédéric Lordon publiée sur le blog du monde diplo http://blog.mondediplo.net/2013-04-12-Le-balai-comme-la-moindre-des-choses

    Pour finir ma déjà trop longue diatribe, je dirais que cette logique ne protège pas toujours les consommateurs de prix trop élevées (et de leur propre bêtise), car les marabouts de la valeur perçue sont capables de leur vendre de la merde à prix d’or (ou pas forcément de la merde, mais des produits objectivement inférieurs d’un point de vue technologique, comme les iPhones qui ne supportent même pas le format Flash). Et le pire, c’est que je suis moi-même un gros nigaud car je me suis déjà fait avoir plusieurs fois au petit jeu de la valeur perçue.

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