Acide Ici > Le coin des invités > L’amour centimètre

L’amour centimètre

Coup de pied au cul

Recevez gratuitement Le Manifeste pour l’accomplissement de votre vie

Scène de crime

Je reçois aujourd’hui un article invité de la part du sympathique et inclassable Didier, du blog Le voyage du lâcher prise. Il organise en ce moment un événement tentaculaire, « Agir ? Réagir ? Mais qui agit ou réagit ? » que je peinerais à vous décrire. Vous pouvez trouver ici (edit : le lien semble ne plus fonctionner) l’explication de l’événement et celle du présent jeu, « les mots vous sourient », faisant partie de cet événement.

Ce billet fait partie des propres contributions de Didier aux défis qu’il a lancé. Il a été écrit à partir du sujet suivant : « Mémé est morte à 95 ans, elle mesurait 1m60, sauf qu’à 45, elle en faisait 1m66 ? Mais qu’ont bien pu devenir les 6 cm manquants ? », qui constitue l’un des sept « t’aime-sourire » de son événement.

Je laisse à présent la parole à l’original Didier. :)


L’inspecteur Igor Barnaby était à la retraite. Il ne pouvait pourtant, s’empêcher d’être toujours sur la brèche. Pour cette raison il s’occupait encore, par-ci par-là, de quelques menues affaires. La maison l’appréciait fort, alors elle le laissait relever et renifler encore quelques pistes. Igor s’y adonnait sans excès mais, avec beaucoup de plaisir. Sa vie ne pouvait s’en passer.

“Est-ce que c’est vrai ? Et pourquoi donc ?” se demanda Laconscience.

“Ouf que c’est haut ! “ se dit Igor, tout en s’épongeant le front et en entrant dans le petit appartement au sixième étage de la morte. Le décès pouvait être naturel, mais une fracture bizarre à la nuque demandait l’ouverture d’une enquête.

Un garde en faction se tenait à la porte. Igor lui dit bonjour et passa. Ensuite, il regarda le corps étendu, c’était celui d’une femme d’environ quatre vingt quinze ans dont la beauté flétrie se devinait encore sous le masque d’une douleur prononcée.

Un homme se tenait à côté, affairé sur elle. A l’entrée d’Igor, il se retourna.
“Ah ! Bonjour inspecteur” dit l’homme qui n’était autre que l’aide de Barnaby.
“Bonjour, Yves” répondit l’essoufflé qui aimait par-dessus tout qu’on l’appelle “inspecteur”.

Yves continua : “ la mort a dû se présenter vers 5 heures ce matin. Il est difficile de dire si elle a été poussée ou non… »
– Sûr, toujours est-il qu’elle a essayé de retenir sa chute”. Ceci était mis en évidence par un petit meuble renversé où apparaissaient des traces d’ongles cherchant prise. Le petit meuble n’avait manifestement pas pu y retenir cette prise.

Yves, en train de mesurer le corps, déclara :
“Petite la dame, un mètre soixante.
–   Etonnant, j’aurai parié ma gnôle pour un mètre soixante dix ?”

“L’oeil se perd au fur et à mesure du temps” pensa Laconscience.

Barnaby faisait à voix haute des remarques, pendant que son assistant Yves, qui s’était assis entre-temps sur le rebord de la fenêtre, en prenait note.

“La tête est inclinée presque à angle droit, le regard vide semble se diriger droit sur moi. Et, derrière moi… Une armoire… Ah ! Est-ce la dernière chose vue ?  Voyons voir si nous allons trouver quelque chose”, marmonna Barnaby.

“Tête inclinée… Armoire… Regard fixe…”, ces mots glissaient sous le stylo habile de son assistant.

Il commença méthodiquement à fouiller le meuble. Sa première pioche ramena à la lumière du petit appartement, un porte-documents élimé.
“Tiens, tiens, tiens ! Des petits secrets” s’exclama, l’ex-inspecteur.
“Oups, oups, oups ! Sésame ouvres-toi. On va s’installer !” continua-t-il.

Le dossier était gonflé de papiers. Il y trouva des photos et tout une série d’écrits.

“Il faut bien que l’exercice policier, trouve ses petits plaisirs”
traversa l’esprit de Laconscience.

Igor s’était assis à la table de cuisine pour mieux inspecter ces trésors. Il dût pousser une tasse de café au lait encore à moitié pleine.

Tasse de café au lait à moitié remplie.” nota Yves.

Igor ouvrit le porte-document, et commença sa délicate et minutieuse inspection. “ Tiens ! Tu vois, elle mesurait un mètre soixante six, c’est inscrit sur sa carte d’identité.
– Pourtant, j’ai bien mesuré un mètre soixante ”

“Où étaient donc passés les six centimètres manquants”. Mesura Laconscience.

“On s’tasse avec le temps.” repris Barnaby qui continua sa lecture.
“Ah dis donc, elle avait un sacré nom, Mimi Paquerette, qu’on l’appelait !
“Mimi Paquerette…” nota l’adjoint.

“Quatre vingt quinze ans. Elle a bien vécu” souligna l’inspecteur qui continua son inspection. Celle-ci l’amena à un petit carnet de conscience.
“Tiens, elle notait tout dans un petit carnet”, releva-t-il.

“Exposé journalier de sa vie, dans petit carnet noir”, nota Yves.

Nos deux hommes apprirent en une demi-heure beaucoup de choses sur la feu belle Mimi. Elle avait bien vécu jusqu’à ses cinquante neuf ans. A quarante sept ans, elle allait rencontrer ce qu’elle nommait, l’amour de sa vie. Côte à côte, nos deux policiers buvèrent les paroles écrites.

Dans cette absorption Laconscience prit le relais.

Vers quarante neuf, elle avait connu un homme de vingt cinq ans plus jeune. Une forte histoire d’amour les avait liés au plus profond de son âme. Son âme indique que ce n’était pas l’âme de l’homme, en effet, le carnet parlait d’une double vie qu’il avait, non pas avec une femme, mais avec son métier. Peut-être, était-ce la raison, de cette relation : être avec une femme plus âgée, sans enfant et libre, préservait sa propre liberté. C’est d’ailleurs ce qu’exprimait notre Mimi. On sentait son amour perler pour cet homme dans les mots qu’elle employait, ses phrases rythmaient sa passion. Il était conté leur rencontre, leurs échanges, leurs plaisirs, leurs nuits blanches. Puis petit à petit, l’inquiétude et la tristesse gagnèrent le récit : “j’ai 55 ans, il en a 30.” ponctuait Mimi, “comment pourrions-nous vieillir ensemble. Je n’ai pas le droit de lui prendre sa vie”.

C’est ainsi, qu’il fut appris par nos deux compères, que pour préserver la liberté de son amant, la belle le quitta quatre ans plus tard, prétextant un amour plus raisonnable et moins perméable au qu’en-dira-t-on. La belle n’allait en fait, jamais s’en remettre. La frustration de cet amour impossible la poursuivrait jusqu’avant sa mort.

Yves interrompit la lecture : “et bien dites donc, drôle de vie, n’est-ce pas inspecteur ? Eh ! inspecteur ?”.

L’adjoint s’était tourné vers son inspecteur qui lui semblait absent. En regardant de plus près, Yves s’aperçut que les yeux de son supérieur à mi-temps s’étaient perdus dans le vague. Dans la glace, en face, il vit le teint blême de l’enquêteur. Une forme de douleur voyageait dans son regard, les joues tombaient et les lèvres se pinçaient comiquement. Sa main droite avait tenu puis lâché une photo où un homme et une femme apparaissaient. L’adjoint n’y prit part que bien plus tard. Il s’inquiéta plutôt : “Inspecteur ! Inspecteur ! Hé ! Inspecteur ! Cela ne va pas ?”.

L’inspecteur se leva et quitta les lieux prestement. La maison ne jouit plus jamais de ses services, depuis ce jour. On raconte même, qu’il est mort cinq années plus tard, vraisemblablement de chagrin.

Ce qui n’est pas raconté, c’est comment le corps de notre inspecteur avait été retrouvé ?

Laconscience finissait sa réflexion.

Le corps de l’inspecteur Barnaby avait été retrouvé sur le sol, la chute avait fait se briser la nuque avec un angle droit assez inhabituel.

Eh oui, les choses se rejoignent.

Est-ce que le chagrin de notre belle Mimi l’avait fait se tasser au fil des années comme si elle essayait de reculer le temps ?

Est-ce que notre inspecteur avait été soudainement écrasé par un poids indéfinissable qui l’avait fait inexorablement s’enfermer dans son habitat ?

Peut-être que rien ne disparait réellement, ainsi ce qui est resté en soi se retrouve, un jour ou l’autre, d’une façon ou d’une autre sur son chemin. Toujours est-il qu’ils ne s’étaient jamais vraiment quittés.

D’une main, Laconscience, posa son stylo à côté du carnet de notes, d’une autre, il y déposa une photo. Sur cette photo, vous vous en doutez maintenant, il était possible de voir notre belle Mimi avec son inspecteur de vingt cinq ans son cadet. Malgré la jeunesse de l’homme, on reconnaissait bien l’inspecteur Igor Barnaby.

Laconscience, de son prénom Yves, ferma le livre y laissant l’image dans le passé. Il s’apprêtait à retrouver sa femme et ses enfants. Pour lui, il était important d’avoir une vie équilibrée entre sa famille, son travail et ses plaisirs.

Mais tout en quittant les lieux, Laconscience pensait : “Finalement, j’ai une vie bien différente et plus stable, mais choisissons-nous notre histoire ?”

Pour ceux, qui aiment à le penser, qu’ils le pensent. En tout cas, si nous ne la choisissions pas, et qu’elle nous porte réellement, à quoi cela servirait-il de s’empêcher de la vivre ? Vraiment, la vivre.

Yves éteignit la lumière, ferma la porte, ses pas s’éloignèrent, puis le silence se fit.

1 commentaire

  1. Sinje dit :

    Bonjour Matt
    Salut Didier !
    Laconscience, quelle enquête que voilà !
    Comment l’inspecteur Barnaby a pu louper ce détail là et laisser partir Mimi Paquerette lorsqu’elle avait 53 ans … Une histoire de ‘torchon et serviette’ ;) pardi ?! Comme quoi rien ne se perd, tout est lié dans tes thèmes sourire, Didier !
    Sympathique découverte !
    Au plaisir
    Sinje

Laisser un commentaire

Les champs marqués (*) sont requis.

Ici, seuls les humains commentent, pas les robots ! Merci de répondre à cette simple question : *

CommentLuv badge

© 2017 Acide Ici. Propulsé par WordPress. Editor Theme by AWESEM.

Retour en haut.