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Shoot the messenger

coach minceur

Victor est trop gros. Il n’est pas franchement frappé d’obésité morbide, mais il est franchement trop gros. Pour sa santé. Pour sa vie sociale. Et même pour sa vie amoureuse. Bref, il a un problème.

Bien décidé à trouver de l’aide, il dégote, grâce à son moteur de recherche favori, les coordonnées d’un coach nutritionniste chez ACDC Mentorat Nutrition Science Department. L’enseigne lui inspirant confiance, il prend rendez-vous avec son futur sauveur et se présente à lui le jour dit.

Il se retrouve donc devant le genre de coach que vous imaginez. Qui le teste physiquement pour estimer son métabolisme de base,  l’envoie  passer un examen médical complet d’une part, et lui demande de noter sur un carnet l’ensemble de sa consommation solide comme liquide sur une semaine, ainsi que son activité physique.

Une semaine plus tard, Victor se retrouve donc de nouveau devant son coach, examen sous le bras et carnet rempli. Le coach, après analyse des différents éléments en sa possession, est enfin à même de lui délivrer la parole salvatrice.

– Vous mangez trop.

Durant quelques secondes, un ange passa. Victor demeurait interdit, incrédule, abasourdi par l’énormité qu’il venait d’entendre.

– C’est tout ce que vous trouvez pour m’aider ? Mon ami Jean-Louis mange deux fois comme moi, et il ne grossit pas !

– Peut-être. Mais cette quantité lui convient,  alors que  pour vous, c’est trop. C’est comme ça. Je n’y puis rien. Vous remplissez votre corps plus qu’il ne le demande. Par habitude, gourmandise, bref, par dérèglement éducatif de la sensation de vos besoins primaires.

– Alors moi, je travaille dur, j’élève deux enfants, je me démène de partout, et je n’ai même pas le droit de manger un éclair au chocolat une fois de temps en temps, ni ma pizza et ma bouteille de vin du dimanche soir, ni d’inviter des amis le samedi à faire des apéros dînatoires, alors, c’est ça votre avis ?

– Si, vous en avez le droit. Mais vous grossirez – d’autant que vous ne compensez jamais vos excès. Car la somme de ce que vous ingurgitez comme calories est supérieure à ce que vous dépensez, point.

– C’est dégueulasse, ce que vous me dîtes.

– Vous avez le droit de lâcher votre verre, mais il tombera (et accessoirement se cassera), et manifester en en appelant au bon coeur des gens et aux droits de l’homme n’y changera rien : ce sont les lois de la physique.

Ulcéré par tant d’incompétence, Victor se lève et part de ce bureau, arborant un air de dégoût et lançant un dernier regard de mépris envers l’escroc qui l’avait reçu, le détestant, et s’apprêtant à le vilipender auprès de toutes ses connaissances. Ce n’est certainement pas auprès d’une personne aussi foncièrement méchante et insensible à son malheur qu’il pourra trouver de l’aide.

bel homme musclé

Le rêve auquel Victor aimerait se conformer : un bel homme mince et musclé des magazines

Il repart donc en quête de la bonne personne. Médecin, nutritionniste, qu’importe, l’essentiel étant qu’il trouve la cause réelle de son affliction.

Et à l’aide de quelques recherches complémentaires, Victor la trouve. Quelqu’un qui l’écoute. Qui trouve des causes. Des mécanismes coupables. Auxquelles on ne peut, comme Victor s’y attendait, pas remédier (la nature, la génétique, le mode de vie, le stress, les autres, et bien des choses encore). Le médecin le plaint. Victor choisit alors d’être suivi par cet être exceptionnel. Il le paiera tous les mois durant plusieurs années. Il est restera gros toute sa vie, mais sait à présent que c’est par pure malchance, que la vie s’est acharnée contre lui, et que l’on comprend – que l’on doit comprendre – son malheur.

Il mourra trop gros, trop jeune, pas assez attirant, étiqueté socialement. Mais il mourra avec la satisfaction d’avoir fait le maximum de publicité négative au médecin d’ACDC.

Note : il ne s’agit pas d’une vengeance aigrie relative à un fait qui aurait pu m’arriver, mais simplement l’observation universelle : tout le monde tire sur le messager de la mauvaise nouvelle et non sur la nouvelle (ou sur sa cause) elle-même.

C’est une fiction, public, ne soit pas naïf.

16 commentaires

  1. Aurélien dit :

    Mais sinon, ACDC Mentorat Nutrition Science Department on eut les joindre quelque part ? :)

  2. Martin dit :

    Pas mal ce rappel des réalités qu’on n’a pas toujours envie d’entrendre Matt :) Ca sonne le vécu… Les gens qui aiment se plaindre et ne passent jamais à l’action…

    • Matt dit :

      Et surtout, si tu as le malheur de leur dire la vérité, à présent c’est de ta faute s’ils ont un problème. Et ça, c’est du vécu, du vécu mille fois, même !

  3. Roland dit :

    C’est « marrant », ça… moi aussi je me suis retrouvé le confident involontaire de trucs qui ne me regardaient pas, pour m’entendre dire ensuite que j’aurais « dû le répéter » !

  4. Martin dit :

    Tu as raison Matt. Et les gens aiment bien qu’on les caresse dans le bon sens du poil.

     

    • Matt dit :

      Ah, si tu leur dit ce qu’ils veulent entendre, tu deviens un mec bien, un coach recherché, un élu politique, ou bien une voyante adulée (Dire aux gens ce qu’ils attendent est vraiment essentiel en voyance, sinon, t’es out. :) )

      C’est pourquoi je vais peut-être finir par changer de ton : pour avoir des lecteurs ! Je pourrai leur vendre mes bouquins, mes séminaires et mon coaching. Alors qu’en leur disant la vérité, j’ai peur que ce ne soit plus dur… ;)

  5. Dudulelapendule dit :

    Quand quelqu’un parle de ses problèmes, c’est bien souvent plus pour susciter la compassion ou l’empathie que pour obtenir une solution. Avec la solution la source d’empathie se tari. Et lorsqu’on n’est pas sur de soi, on trouve plus accessible d’attirer l’empathie que la symphatie.

    • Matt dit :

      Oui, bien entendu, l’empathie a été laissée de côté dans ce billet. Mais il est parfois plus constructif de savoir segmenter : l’empathie et les encouragements, il faut les demander aux amis très proches et à la famille (cf. mon article sur les cercles sociaux…). Les connaissances, les « professionnels », les gens de passage, il me semble plus sain de se cantonner à leur demander des directions pour trouver des solutions.

  6. Archi dit :

    A mon sens, l’empathie est un passage obligé, elle permet de reconnaître la souffrance chez l’autre ( inquiétude de Victor pour sa santé, sa vie amoureuse etc…) et de pouvoir l’aider, si on le peut et si l’autre le veut vraiment.
    Le statut de victime est tellement confortable : on se fait plaindre, assister, protéger, on se sent exister d’une manière si tendre sous le regard bienveillant d’autrui…
    Jusqu’à devenir victime de sa propre attitude : la passivité. Certains se sentiront lassés et passeront à l’action, parce qu’ils ont un regard assez ouvert sur eux même ou parce que leur entourage le feront pour eux, comme si d’un coup la victime réalise « qu’il est temps ». D’autres y resteront, s’y noyant, accumulant les difficultés (baisse de confiance en soi et tout ce qui peut en découler…), avec une quête toujours plus grande d’un statut de victime qui ne fait que croître et qui demandera toujours et encore plus de reconnaissance !
    J’ai vu des personnes ne pas vouloir quitter ce statut, quand leurs premiers interlocuteurs, toujours avec bienveillance et sans méchanceté aucune, les invitaient à passer à l’action, les premiers rayaient de leur connaissances ces personnes allant chercher chez d’autres « la pitié », et ça recommençait, inlassablement….
    Matt, comme tu n’es pas le seul à faire des auto-citations et à les kiffer je dirai …. éclaircissement de voix…
    qu’il y a 3 catégories de gens dans la vie :
    – Ceux qui ne tolèrent aucune « mauvaises » herbes dans leur jardin, se fatiguant énormément à les arracher ou qui noie leur potager de désherbant chimique. Le jardin s’appauvrit.
    – Ceux qui passent plus de temps et d’énergie à se plaindre des mauvaises herbes, négligeant ainsi leurs plantations. Ceux là finissent par n’avoir qu’un jardin de mauvaises herbes.
    – Ceux qui connaissent la nature et qui utilisent chaque connaissance utile pour effectuer un travail utile, économique (aussi bien en argent qu’en énergie), écologique. Ceux là verront / reverront dans leur jardin pousser le fruit d’une collaboration entre l’Homme et la Nature : certains plants attireront certains insectes qui vous écrémeront des colonies ravageuses de laitue, eux même attireront certains oiseaux. Votre jardin sera vivant (vous pourrez vous émerveiller devant des espèces d’insectes et d’oiseau que vous n’aviez pas vu depuis votre enfance ! ) il vous faudra accepter certaines pertes, certains investissements pour atteindre des résultats, il vous faudra accepter l’échec car tout ne se règle pas en un jour, il faut du temps, de la patience, de la réflexion, et, même si vous tolérez quelques mauvaises herbes, cela ne veut pas dire que vous êtes exempt d’une certaine méthode.
    J’ai lu ce livre l’été dernier  » Jardinez avec la nature, les bases du jardinage écologique
    Vincent Albouy (Auteur)  » , je n’ai pas besoin de dire (vu mes propos précédents) comme ce livre a changé ma vision de bien des choses qui n’avaient pas grand rapport avec le jardinage.

  7. Psychologue dit :

    J’aime bien ta manière d’écrire. Cela change du développement personnel traditionnel. Concernant cet article, je vais dans ton sens. Les gens sont parfois prèts à accepter n’importe quoi parce que cela leur fait plaisir à entendre.. Difficile de se remettre en question sur certains sujets ..

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