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Le plus grand des miracles

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Il était une fois – car tous les contes commencent comme cela – un homme. Un simple homme. Un homme dont l’histoire n’a retenu ni le nom ni l’origine. Un homme ordinaire, qui vécut à une époque inconnue.

Cet homme, que rien ne semblait distinguer des autres hommes, menait une vie paisible et ordinaire. Une vie que rien ne semblait distinguer de celle des autres hommes. A ceci près qu’un jour, que rien ne distinguait des autres jours, cette homme ordinaire, qui menait une vie ordinaire, dans un endroit ordinaire, au milieu de gens ordinaires, se posa une question extraordinaire. Il se mit en effet en tête de découvrir, dans l’immensité de la création, quel était le plus grand miracle de Dieu.

Alors cet homme ordinaire en parla avec d’autres hommes ordinaires. Il se mit à poser des questions aux gens de son village. On finit par lui indiquer que quelque voyageur ayant rencontré l’océan avait décrit ce dernier, à peu de choses près, comme étant probablement le plus grand miracle de Dieu.

 

L’homme ordinaire se mit donc en chemin et s’en alla trouver l’océan. Son voyage fut long et périlleux, mais au terme de celui-ci, il se retrouva, enfin, face à l’océan. Il lui demanda :

– Océan, tu es gigantesque, majestueux ; tu es respecté de tous, tu imposes ta loi aux pêcheurs qui te craignent, mais dans le même temps tu les nourris. Océan, es-tu le plus grand miracle de Dieu ?

Ce à quoi l’océan répondit :

– Homme, ce que tu dis est vrai. Je suis gigantesque et majestueux. J’impose ma loi aux hommes mais je les nourris. Je suis un grand miracle de Dieu. Pourtant, je suis mouvant, instable, je passe du calme à la colère sans raison ; le désert me surpasse de loin en tant qu’entité éternelle. Il maîtrise le temps et domine les voyageurs qui le parcourent en leur ôtant toute référence aux semaines, aux mois, aux années passés à le traverser. Le désert est probablement un plus grand miracle de Dieu que moi-même.

Alors l’homme ordinaire quitta l’océan et s’en fût à la rencontre du désert.

 

Son voyage fut long et périlleux, mais au terme de celui-ci, il se retrouva, enfin, face au désert. Il lui demanda :

– Désert, tu es gigantesque, majestueux, et le temps n’a pas de prise sur toi. Tu domines les hommes qui te traversent tout en leur offrant ta beauté. Désert, es-tu le plus grand miracle de Dieu ?

Ce à quoi le désert répondit :

– Homme, ce que tu dis est vrai. Je suis gigantesque et majestueux ; le temps n’a en effet pas de prise sur moi, ma beauté est intemporelle et éternelle. Je suis un grand miracle de Dieu. Malgré tout, je suis presque vide, dépourvu de vie, incapable de l’entretenir. La jungle, toute aussi éternelle, m’est de loin supérieure. Elle est emplie de milliers et de milliers d’espèces d’animaux et de végétaux, qu’elle nourrit et fait vivre en son sein. La jungle est probablement un plus grand miracle de Dieu que moi-même.

Alors l’homme ordinaire quitta le désert et parti à la rencontre de la jungle.

 

Son voyage fut long et périlleux, mais au terme de celui-ci, il se retrouva, enfin, face à la jungle. Il lui demanda :

– Jungle, tu es gigantesque, majestueuse, le temps n’a pas de prise sur toi, et tu es la mère nourricière de millier et de millier d’espèces de végétaux et d’animaux. Jungle, es-tu le plus grand miracle de Dieu ?

Ce à quoi la jungle répondit :

– Homme, ce que tu dis est vrai. Je suis gigantesque et majestueuse ;  le temps n’a pas de prise sur moi ; je suis la mère nourricière de milliers et de milliers d’espèces de végétaux et d’animaux. Néanmoins, je suis basse, le ciel me domine, je ne puis voir bien loin – je suis si dense et touffue. Je parais bien petite et bien plate vis-à-vis de la montagne, qui domine la terre et le ciel. La montagne est probablement un plus grand miracle de Dieu que moi-même.

Alors l’homme ordinaire quitta la jungle et se mit en marche vers la montagne.

 

Son voyage fut long et périlleux, mais au terme de celui-ci, il se retrouva, enfin, face à la montagne. Il lui demanda :

– Montagne, tu es gigantesque, majestueuse, le temps n’a pas de prise sur toi ; de plus, tu domines la terre et le ciel. Montagne, es-tu le plus grand miracle de Dieu ?

Ce à quoi la montagne répondit :

– Homme, ce que tu dis est vrai. Je suis gigantesque et majestueuse ;  le temps n’a effectivement pas de prise sur moi ; il est vrai que depuis mon sommet, on contemple la terre et on domine le ciel. Pourtant, je ne suis au final qu’un tas de cailloux désordonnés et sans but. La pyramide, érigée par des hommes, soigneusement ordonnée par eux pour s’élever vers le ciel, est probablement un plus grand miracle de Dieu que moi-même.

Alors l’homme ordinaire quitta la montagne et voyagea en direction de la pyramide.

 

Son périple fut long et périlleux, mais au terme de celui-ci, il se retrouva, enfin, face à la pyramide. Il lui demanda :

– Pyramide, les hommes t’ont érigée, ont soigneusement ordonné chacune de tes pierres, pour t’élever vers le ciel. Pyramide, es-tu le plus grand miracle de Dieu ?

Ce à quoi la pyramide répondit :

– Homme, ce que tu dis est vrai. J’ai été érigé par les hommes, qui ont soigneusement ordonné chacune de mes pierres pour m’élever vers le ciel. Néanmoins, je n’ai été élevée que pour rendre gloire au Soleil, qui domine tout et a engendré toute vie sur terre. Le Soleil est sans nul doute un bien plus grand miracle que moi-même.

Alors l’homme ordinaire se tourna vers le Soleil. Il lui lança :

– Soleil, toi qui domine chaque pierre du monde et qui a engendré toute vie sur terre, es-tu le plus grand miracle de Dieu ?

Mais le Soleil lui répondit :

– En effet, je domine ton monde. Il n’est pas de vie sur terre qui n’ait été rendue possible par moi. Je suis, à n’en point douter, un immense miracle de Dieu.

Pourtant, je ne suis qu’un minuscule point perdu dans l’Univers. Un détail de la création. Une particule sans rien de spécial ni de particulier.

 

Alors l’homme, ayant beaucoup voyagé, se trouvant bien las et ayant à présent atteint un âge fort avancé, finit, de guerre lasse, par s’adresser directement à Dieu.

– Dieu, voilà de longues années que je voyage de par le monde à la recherche de ton plus grand miracle. J’ai rencontré l’océan, le désert, la jungle ; je suis allé voir la montagne, la pyramide, et même le soleil. Pourtant, je n’ai jamais pu trouver ce miracle que tu aurais réalisé et qui supplanterait  tous les autres. Je suis âgé à présent, et bien fatigué : Dieu, éclaire-moi, dis moi quel est ton plus fantastique prodige !

Et contre toute attente, Dieu lui répondit. Il s’exprima en ces mots :

– Pourquoi as-tu passé ta vie à chercher aussi loin, sur l’océan et dans le désert, dans la jungle et sur la montagne, au pied de la pyramide et dans le soleil, mon plus grand miracle alors qu’il fut toujours avec toi ? Toi qui peux voir l’étendue de ma création ; toi qui peut entendre tant la musique que les bruits de la nature ; toi qui peut te déplacer où bon te semble pour découvrir le monde ; toi qui peut aimer et donner de l’amour à d’autres humains : mon plus grand miracle, c’est toi-même.

Dieu reprit :

– Il y a plusieurs océans, des dizaines de déserts, des centaines de pyramides, des milliers de montagnes, des milliards de milliards de soleils. Pourtant, jamais, parmi les multitudes d’individus qui ont foulé le sol de cette planète depuis le début des temps, ni parmi la multitude encore plus grande d’individus qui fouleront le sol de cette planète jusqu’à la fin des temps, il n’y a eu et il n’y aura quelqu’un qui te ressemble exactement.

Alors le vieil homme sentit, comprit, et sut comme une évidence qu’en effet, comme chacun des individus ayant foulé le sol de cette planète depuis le début des temps, comme chacun des individus qui fouleront le sol de cette planète jusqu’à la fin des temps, il était le plus grand des miracles de Dieu.

 

Transporté par cette pensée, l’homme aux tempes grises marcha lentement, levant au ciel des yeux pleins d’émerveillement, en prononçant à l’intention de Dieu les paroles de sont infini respect. Absorbé qu’il était, il ne vit pas arriver au galop le cheval qui le piétina. Son cœur à présent âgé et fatigué de mille voyages ne tint pas le choc. Il mourut.

 

Alors, pour la première fois depuis bien longtemps, Dieu rit.

4 commentaires

  1. Roland dit :

    Dieu est farceur ?
    (Comme dirait Al Pacino dans « L’associé du Diable », « l’orgueil est mon péché favori » ^^)

  2. Je ne disais bien que tu ne t’étais pas converti quand même !

    Par contre, dieu ne fait pas de fautes, dieu riT… ou alors, il faut que je relise ma bible. ;)

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