Chute

La grenouille parabolique 2 : inéluctable est la chute des corps

Chute
Même les anges choient

 

Ceci est la suite de la première partie de notre histoire.

Sophia sentait confusément que sa vie avait pris un tour qu’elle n’avait jamais voulu, qu’elle ne maîtrisait pas. Il n’y avait pourtant eu aucune rupture nette dans ses convictions, dans ses actions, dans son couple même. Mais, par un fait extraordinaire qu’elle ne s’expliquait pas, son navire, dont le gouvernail était resté droit, avait fini par virer et prendre un cap qui lui était étranger.

Elle trouva heureusement du soutien auprès de son nouvel ami, et confident à ses heures perdues, Marco. Un soir, alors que Sophia se sentait bien seule tandis qu’Antoine était en affaires, Marco lui enseigna comment soigner son vague à l’âme qui semblait refuser de la quitter. C’est étrange, et plutôt rigolo, comme tant de problèmes pouvaient s’effacer d’un coup et faire place au bien-être absolu, indiscutable. Il suffisait pour cela de quelques fins cristaux blancs, légers comme la neige, minuscules et brillants, que Marco pouvait lui procurer aussi souvent qu’elle le désirait. A leur simple appel, elle s’envolait doucement vers des cieux cléments dont elle était l’héroïne, et n’en revenait qu’au milieu de la nuit, lorsqu’Antoine rentrait enfin. Elle se blottissait alors dans ses bras forts et s’endormait d’un sommeil sans songes qui l’emportait jusqu’au matin.

Bien entendu, le bonheur ne dure qu’un temps, et il devînt de plus en plus difficile pour Sophia de mener de front ses études, son soutien aux grandes ambitions du seigneur de son coeur, ses voyages nocturnes au pays des anges et le fait de faire bonne figure auprès de ses parents qui la supportait financièrement (et qui, sans le savoir, faisaient du coup aussi partie des mécènes de Marco). Il vînt donc un temps où les considérations estudiantines durent céder le pas face à la réalité de la vie, accompagnées d’ailleurs par les subsides des parents de notre protagoniste, qui cédèrent le pas eux aussi.

Sophia augmenta par conséquent naturellement le nombre de partenaires d’Antoine envers qui elle faisait montre d’amabilité extrême, ce qui leur permit à tous les deux de subsister un temps. Mais le lecteur avisé se doute qu’une telle situation est rarement pérenne. Un soir, usée par sa jeune vie, Sophia enfila un vieil imperméable et sorti de chez elle. Elle marcha d’un pas las, d’une lassitude d’esprit qu’on ne prêterait pas aisément à un corps aussi jeune que le sien. Ses pas l’amenèrent à longer le fleuve, devant lequel elle s’arrêta. Seule, sur son pont, de nuit, elle regardait couler lentement les flots, à la lueur lointaine des incertains lampadaires de la ville. Comme cette eau, elle se sentait emportée, lentement, mais indubitablement, vers un lieu dont elle ne savait rien mais auquel elle ne pouvait échapper. Elle n’avait pas d’avenir. Pas de passé. Seulement un présent, intemporel. Triste, mais surtout vide. Plus que le mal-être, ce qu’elle sentait en elle, c’était le néant. Et le néant appelle le néant. Alors Sophia enjamba la balustrade.

12 réflexions sur “La grenouille parabolique 2 : inéluctable est la chute des corps”

  1. C'est quoi cette fin gniiii

    Gniiii je vais pleurer gniiii qu’est ce qui t’a pris ?? Gniii pour nous pondre une fin aussi horrible c’etait pas la peine d’attendre 3 mois gniii

    1. Ce n’est pas exactement la fin… Il reste encore un épisode. Il a été écrit en même temps, pour éviter le souci de délai qu’il y a eu entre le premier et le second épisode. Je n’ai plus qu’un clic à faire pour le mettre en ligne.

      Mais en effet, il faut comprendre que la vie comporte des dangers et que les actes – ou non actes – ont des conséquences. Avant la mode du développement personnel (le pendant écrit de la comédie romantique hollywoodienne), les contes de fées pour enfants étaient très dur – c’est probablement ce qui enjoignait les marmots à ne pas faire les mêmes âneries que les héros des contes. ;)

    1. Il y a, de fait, un danger à être sûr de tout trop tôt (en même temps, c’est l’impétuosité de la jeunesse). Note qu’il y a aussi un danger – peut-être plus grand – à n’être jamais sûr de rien, comme j’en parlais dans le billet Petite critique de l’immobilisme vu comme choix philosophique.

      C’est comme toujours une question d’équilibre, et ça doit faire un an et demi que je dis qu’il faut que je rédige deux articles sur le concept, comme le temps passe vite (cette réflexion me faisant elle-même remarquer que j’ai deux articles sur la procrastination, faisant suite à Ça ira mieux demain – le Grand Secret de la procrastination, sous le coude… ;) ;) ;) )

  2. Yep, remarque, il n’y a pas que des jeunes qui sont intransigeants…

    Quand aux contes pour mouflets (enfin, ceux que j’ai lus), s’ils peuvent être sanguinaires, sadiques (Barbe Bleue qui trucidait ses femmes, le petit Poucet qui pousse la pauvre sorcière dans le four,le petit chaperon rouge qui provoque une indigestion au pauvreloup, etc), par contre, il n’y a pas un gramme de sexe. Alors qu’on repeint les murs en rouge.
    C’est vrai quoi, faut pas les choquer les bout’chous… ^^

    1. Les contes de fées sont en effet corrects au sens américain du terme : du bazooka à tous les étages mais pas un téton. Au sujet de leur dureté, parim le moins vieux, tu peux même revoir le Pinocchio de Disney : Le héros s’en sort, mais les enfants de l’île sont tous changés en ânes et envoyés dans les mines de sel (pas sages, les gosses), aucun n’est sauvé, les « méchants » ne sont pas punis, etc. Une vraie mise en garde, quoi ! ;)

      Quant à l’intransigeance, elle peut être transgénérationnelle, comme d’autres choses. Par exemple, dans un autre domaine, j’ai un proverbe personnel qui marche achtement bien : un vieux con est en général un ancien jeune con. :)

  3. « un vieux con est en général un ancien jeune con. :)  »
    J’en connais une variante : « Si les cons volaient, il ferait nuit ! » Mais comme disait Coluche, on ne peut pas les blâmer, ils n’ont que ça pour juger mrgreen

    1. Note bien qu’il reprenait cette dernière remarque de Renée Descartes : « L’intelligence, c’est la chose la mieux répartie chez les hommes parce que, quoiqu’il en soit pourvu, il a toujours l’impression d’en avoir assez, vu que c’est avec ça qu’il juge. » (Cette citation est reprise telle quelle partout sur le net et que je n’ai pas le bouquin sous la main, mais ça m’étonne du père Renée, d’avoir démarré par un pluriel et d’avoir fini par conjuguer au singulier.)

    1. En effet, c’est fou ce qu’il est simple de voir clairement la situation des autres, et nettement plus difficilement la nôtre. On est aisément hypermétrope ! C’est d’ailleurs ce qui va me pousser à proposer sous peu un service de mentorat. ;)

      Et merci pour ton texte ! :)
      Matt a posté dernièrement Quelque chose qui cloche… pied

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ici, seuls les humains commentent, pas les robots ! Merci de répondre à cette simple question : *

CommentLuv badge