Oui, grandissez un peu...

Vous allez grandir un peu ?

Oui, grandissez un peu...
Oui, grandissez un peu...

Signe des temps, de l’allongement de la durée de vie et de celle des études, de l’intellectualisation des activités de production et de la moindre rudesse de la survie, mais aussi de la perte du carcan qui autrefois poussait l’enfant à devenir grand, travailler vite, se marier tôt et avoir beaucoup d’enfants, le cordon ombilical liant un adulte d’âge parfois avancé à ses parents (ou à un seul d’entre eux) n’a jamais été aussi solide. Je reviendrai probablement sur une analyse plus globale de ce phénomène, histoire de se faire un peu les dents sur les Tanguy et Tanguette qui vivent chez leur parents jusqu’à 35 ans, prestation d’hébergement incluant cuisine, lavage, repassage, argent de poche et remplissage des feuilles de sécu. Mais pour aujourd’hui, je voudrais attaquer le problème sous l’angle des anecdotes qui en disent long. Tellement long qu’en fait, deux de ces saynètes ordinaires devraient vous faire prendre conscience du souci s’il vous touche.

Premier symptôme du quotidien : certaines personnes, hommes ou femmes, éduquées ou peu, riches ou pauvres, désignent à l’endroit d’interlocuteurs variés leur géniteur par le vocable « Papa » et « Maman », que ceux-ci soient de ce monde ou de l’autre.

Laissez-moi vous expliquer une chose. Lorsque vous êtes enfant, en très bas âge, on vous apprend que telle personne se nomme « Maman », telle autre « Papa », telle autre « Tata » et une autre encore « Mamie »(1). Ce là sont des nommages absolus. Vous torgnolez votre petite cousine qui a l’outrecuidance crétine d’appeler « Papa » celui qui est en fait « Tonton ». Parfois même, vous vous désignez par votre propre prénom (là, c’est pour les tout petit). Et puis au cours de votre évolution, vous passez des stades d’abstraction. Vous comprenez la relativité du sujet, que votre « Papa » peut être le « Tonton » de quelqu’un d’autre par exemple. Là, en théorie, vous êtes prêt à appeler votre mère « Maman » mais à la désigner à un tiers par « ma maman » puis plus tard « ma mère ».

Si parler à un tiers de votre ascendante directe de premier degré en l’appelant « ma mère » vous semble rude, voire peu respectueux, et même disons-le tout net l’acte d’un garçon ou d’une fille pas très gentil(le), je vais vous expliquer une chose : vous avez un problème. Vous vous mettez dans un état régressif et infantile dans votre relation à vos parents même en leur absence. Vous vous concevez en infériorité d’autonomie. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet plus que ça, mais c’est un signe qui me semble clair.

Passons au second signe ordinaire de la présence en vous du mal rampant de l’infantilisation sournoise. Je veux parler de ces gens qui, durant des week-end prolongés ou des vacances, rentrent « chez eux ». Ceux qui estiment qu’il est bien entendu parfaitement naturel que des gens de 25, 30, 40 ou 50 ans – voire plus – estime que « chez eux » n’est pas l’endroit où ils vivent, où ils travaillent, où ils  construisent leur couple et élèvent leurs enfants, mais plutôt chez papa et maman qui leur ont d’ailleurs conservé leur chambre d’antan(2).

N’y allons pas par quatre chemins : même à supposer que vous soyez né dans une contrée fantastique aux mille vertus que seule vous a obligé à quitter l’infamie de la nécessité du travail qui a broyé vos aspirations géographiques de son implacable gant de fer, et que votre région d’origine demeure votre « pays de cœur », la maison de vos parents n’est plus la vôtre. Vous en êtes parti pour faire votre vie d’homme ou de femme, vous avez quitté le berceau, l’oisillon a volé de ses propres ailes, tout ça. Vous n’êtes plus l’enfant ni eux les parents. Potentiellement ou réellement, le parent, c’est vous. Eux, ce sont les vieux. Des vieux que vous allez parfois visiter chez eux. Pour ce faire, vous effectuez un trajet en partant de chez vous. Là encore, je vous laisse méditer sur votre cas personnel.

Je vous enjoins, en tout cas, si vous voulez vous accomplir et donc mener une vie moins conne(3), à réfléchir sur votre état d’esprit d’adulte. Je finirai par une petite citation pour faire intello et pour chercher un appui antérieur à mes propres cogitations, afin de vous rassurer sur la démarche. Ne me prenez pas pour un prédicateur fou, je suis athée, mais je vais me permettre de citer les évangiles(4) pour cette fois :

Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère.
Matthieu 10, 34-35


(1) Parfois même, on désigne des absents par une appellation bien gênante lorsque l’enfant est innocemment amenée à la répéter en présence de la personne rebaptisée…

(2) Je vous parlerai d’ailleurs prochainement de ce syndrome des chambres excédentaires lorsque je vous expliquerai où je vis et pourquoi j’y suis locataire.

(3) Oui, je suis fan de mon leitmotiv.

(4) Celui de Saint Matthieu, il n’y a pas de hasard.

(8) Je vous parlerai d’ailleurs prochainement de ce syndrome des chambres excédentaires lorsque je vous expliquerai où je vis et pourquoi j’y suis locataire.

5 réflexions sur “Vous allez grandir un peu ?”

  1. Ping : Pourquoi je me déplace en vélo - Acide IciAcide Ici

  2. Je rajouterais pour le fait de « rentrer chez soi », c’est aussi une manière d’avouer qu’on se sent mal là où on est, de contre mauvaise fortune, bonne nostalgie.

  3. Saint Matthieu, philosophe et saint patron des douaniers, y verrait probablement la reconnaissance du flot du temps et l’avancée du cycle de la vie. Tu connais les douaniers…

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