Acide Ici > Chroniques acides > Vie intérieure > Une vie sans risque est aussi absurde qu’un poisson sans bicyclette

Une vie sans risque est aussi absurde qu’un poisson sans bicyclette

Logo A la Croisée des Blogs - mini

Attention, chien méchant

Ne prenez pas de risque, on ne sait jamais…

Voici ma participation du jour à l’événement inter-blog “À la croisée des blogs”, sympathique manifestation mensuelle qui réunit les braves volontaires ayant l’habitude de déblatérer sur le développement personnel, dont votre serviteur.  Ce mois-ci, Fabrice du blog ProLire a pris le rôle du bourreau et nous a sadiquement fait plancher sur le thème “Sortir de sa zone de confort“.


Une vie sans risque est aussi absurde qu’un poisson sans bicyclette. Comme je vous le dis ma brave dame. D’ailleurs, en parlant de poisson, et comme je sais votre soif de culture, laissez-moi vous brosser approximativement une citation de la délicieuse (non, je ne sous-entendais pas au sens culinaire du terme) Doris dans le Disney-Pixar Finding Nemo :

Si on ne laisse jamais rien lui arriver, bah il ne lui arrivera jamais rien ; ce n’est pas très rigolo

(Approximativement)

Grimpette

Ce n'est qu'en prenant des risques mesurés…

Vivre est dangereux, et pas seulement pour James Bond. Il n’y a rien à faire, la vie est une maladie mortelle, sexuellement transmissible par dessus le marché, et le restera jusqu’à ce qu’on trouve la fontaine de jouvence (et encore, elle ne vous ressuscitera pas nécessairement après un câlin que vous auriez tenté de faire à un 38 tonnes lancé à 120 kilomètres par heure sur l’autoroute). Dans une société où le sécuritaire est roi (comme le politiquement correct), et pas seulement chez nos politiques, examinons les risques réels auxquels nous nous exposons, leurs conséquences, leur rôle.

Tout d’abord, une bonne partie des risques sont fantasmés par ignorance. Ceci est valable aussi bien pour l’investisseur qui achète une action sans la comprendre comme on mise tout sur le 9, impair, rouge et manque, que pour celui qui ne traverse pas un petit chemin de campagne par peur du venin d’une couleuvre aperçue au loin. La méthode de base pour vous prémunir des dangers génériques est de bien suivre tous les conseils que votre maman vous a donnés. Par sécurité et ignorance, vous suivez des principes que vous ne comprenez pas. Vous ne savez pas lire la circulation, alors vous ne traversez que lorsque le feu est de la bonne couleur, même au milieu du désert du Nevada à la saison sèche, alors que vous êtes en retard pour le rendez-vous de votre vie. Vous avez peur qu’on se gausse de votre anglais alors vous ratez l’opportunité de discuter avec un prix Nobel (ainsi que la possibilité de l’améliorer, votre anglais). Vous craignez de vous blesser avec un couteau et une fourchette alors vous ne mangez qu’avec les mains. Bref, vous entrez dans un cercle vicieux car c’est la prudence elle-même qui vous tiens à l’écart de l’apprentissage.

C’est la prise de risque qui est fondamentalement au cœur du concept d’apprentissage. Si on apprend et qu’on progresse, c’est pour éviter les erreurs du passé, uniquement. Par exemple, de nos jours, on ne peut plus mettre un enfant sur des petites roulettes sans casque, protèges-poignets, protèges-coudes, protèges-genoux, protèges-tibia, protèges-dents, protèges-oreilles, protèges-mollet, protèges-narines et implant sous-cutané d’une puce GPS permettant de le localiser à 10 centimètres près. Pour ma part, j’ai commencé le roller dit agressif alors que j’étais déjà bien bien vieux. J’ai toujours pris mes responsabilités, j’ai géré ma progression, et en fait je ne tombe jamais car la sanction est directe (sans sanction, on n’apprend jamais à tenir sur ses pieds). Pour être franc, la seule fois que je me sois viandé, c’est en roller parc, alors que les protections étaient obligatoires. Naturellement, j’ai bien moins évalué ce que je tentais, et je me suis explosé.

Je vois parfois des parents s’angoisser en voyant que leur très jeune progéniture marche près d’une table basse. Le même genre de table que celles aux angles desquelles les amerloques dans leurs mauvais films placent des bouchons, toujours pour protéger les gosses. Je me dis que tout ce que veulent enseigner ces gens, c’est qu’on peut ne pas faire attention et se cogner dans un truc pointu sans que ça fasse mal. Je suppose que quelques années après, lorsque les dits enfants rencontrent dans la vraie vie une vraie table alors qu’ils cavalent bien à fond, ils doivent remercier leur parents de ce doux enseignement. Pour profiter des vertus pédagogiques des risques mesurée, il faut prendre. Certains ne s’expérimentent pas (l’électrocution est une expérience éducative à éviter, par exemple). Evaluez-les, et prenez les autres, comme la table basse. Vous n’allez pas passer votre vie à avoir peur d’une table basse, si ?

Méfiez-vous de la sous-estimation de la capacité de l’autre à se prendre en charge. Dans bien des cas, sous couvert de protection d’autrui, celui qui protège l’univers de tous les risques ne le fait que par narcissisme : le poseur de garde-fou estime être seul à pouvoir comprendre les dangers en question. Estimez vos risques vous-même. Vous ne vous formerez jamais en tant qu’êtres responsables et créatifs en restant douillettement blotti au sein de votre zone de confort.

Sommet

… Que vous aurez une chance d'atteindre les sommets.

Oui, le refus de la prise de risque correspond à la déresponsabilisation totale de l’individu et à la négation des conséquences négatives de ses actes. Vous prévoyez réellement de devenir financièrement indépendants en mettant vous économies sur votre livret A ? Sans rire ? Si un être du sexe qui vous attire (cochez les case utiles) vous intéresse mais que vous êtes incapables d’initier un rapprochement, croyez-vous qu’il se passera grand-chose ? Paul-Émile Victor a-t-il été au pôle nord en TGV ? Comme le diraient les Shadocks, faire quelque chose, c’est rater, donc plus on rate, plus on a de chances de réussir. La prise de risque est l’inverse de la procrastination et du perfectionnisme.

Affrontez le risque sans le fuir,
Apprenez à l’estimer sans le surestimer,
Prenez-le mais maîtrisez-le.
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais vos esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Vous serez Hommes et Femmes, mes lecteurs et lectrices.

22 commentaires

  1. Raphaël dit :

    Tout aussi important que la stérilité d’une prudence forcenée, la capacité à se remettre en question est primordiale. A tel point que je ne sais pas lequel des deux devrait avoir la première place du podium.
    Il y a une morsure terrible à l’égo à s’avouer que tout ne va pas bien, qu’il faudrait changer. C’est un aveu d’échec duquel on a envie de se protéger, soit par des fictions « c’est la faute de l’autre. » soit par une dénégation brutale « Mais si, ca va bien ! »
    On parle trop peu de la contrainte libératoire qu’impose la douleur dans le lancement d’une dynamique d’apprentissage.

    • Matt dit :

      Je suis complètement d’accord avec toi sur la place de l’ego. J’ai un article dans la pile (j’en ai tellement, remarque) au sujet de sa gestion, sujet qui me semble capital. Selon moi, c’est LE moteur qui te fera le plus sûrement rater ta vie, que tu en aies trop ou pas assez. Mais je me calme tout de suite, car si je ne lâche pas le clavier, je me connais, je vais écrire le dit article en réponse de ce commentaire.

       

      Tout ça pour dire que la capacité de se remettre en question est une des facette de la gestion de l’ego.

  2. Joël dit :

    Quand j’y pense, le monde entier tente de mettre des bouchons aux coins de table. Le problème est que ceux qui ne le font pas… on ne les voit pas. Pour citer Kiyosaki, le monde est peuplé de « petit poulet froussard » car même le plus aguérri à la prise de risque a un petit poulet froussard en lui. Il n’a juste pas envie de l’écouter!
    La bourse, c’est risqué, l’immobilier, c’est risqué, être indépendant, c’est risqué, changer de boulot, c’est risqué, demander une augmentation, au risque de me répéter, c’est risqué…
    Après ça, on s’étonne que moins de 10% de la population possède 90% des richesses.

    • Matt dit :

      Je suis d’accord, « le monde entier tente de mettre des bouchons aux coins de table ». Le truc, c’est qu’il faut, je pense, avoir un « petit poulet froussard » en nous. L’inconscience du danger, ce n’est pas le pied. Sa juste estimation, et la capacité de prendre des risques contrôlés, ça c’est agir en adulte responsable, certes, mais adulte avant tout.

  3. ProLire dit :

    Merci pour ta contribution.
    Tu as bien raison, une vie sans prise de risque, où l’on cherche à tout contrôler, peut être bien fade. Je prend note pour méditer sur ce point.

  4. Bertrand dit :

    Prendre un risque signifie qu’on a conscience des possibles conséquences dommageables d’un acte et le réaliser quand même. Soit parce que  » le jeu en vaut la chandelle », les conséquences sont jugées supportables en regard des bénéfices possibles. Soit parce que l’on aime se mettre en danger (La combinaison des deux est aussi possible). Dans les deux cas, c’est un acte volontaire qui ouvre un chemin. Partir en vacance sans GPS, n’est-ce pas une prise de risque?
    Peut-on vivre une vie sans risques? Effectivement, à partir du moment ou l’on agit on prend le risque de l’échec. Ne pas vouloir prendre de risques c’est laisser sa peur de l’échec et du non familier guider ses actes. On peut trés bien vivre ainsi. Dans une bulle dont on fera le tour inlassablement. Bocal, vous avez dit bocal? Pourquoi pas, à condition qu’aucun chat ne rôde dans le coin…

    • Matt dit :

      En effet, l’acceptation du risque inhérent à toute action est en relation avec la maîtrise de sa peur de l’échec. Un peu comme la procrastination de mon premier article, d’ailleurs…

  5. JPop dit :

    Super article! J’adore la photo avec le chien très dangereux ^_^ Sinon je suis entièrement d’accord avec toi, il faut bien prendre des risque dans la vie pour réussir, sans ça ce n’est pas intéressant ;)

  6. julien dit :

    Intéréssant l’histoire du coin de table. C’est sur qu’on est beaucoup moins confortable une fois qu’on se l’est pris dans la tête :)

  7. Ce qui peut paraitre un risque insensé pour certains ne sera que risque mesuré pour d’autres qui maitrisent les paramètres.
    Mais d’accord pour dire que la vie sans aucun risque manque un peu de piquant…

  8. Christophe [Petite Fabrique] dit :

    Qui ne tente rien n’a rien, c’est évident. Et celui qui s’est jeté à l’eau va essayer de réussir. Un des moteurs de réussite de la création d’entreprise est la peur de l’échec et du regard des autres (en France en tout cas). Étonnant quand même ?

    • Matt dit :

      Si on est branché Maslow, on comprend un peu le poids du regard d’autrui dans nos actions. La peur de l’échec, elle, est partiellement saine, puisque le but de base est de se prémunir d’effets négatifs. Après, c’est comme tout, il faut que ça reste raisonnable : le déséquilibre dans ce sens est paralysant.

       

      Rigolo, le choix de ton blog : 1 à 5 lignes de temps en temps, mais intéressantes.

  9. Corentin dit :

    Bravo pour cet article très intéressant ! Sortir de sa zone de confort est l’une des choses les plus difficiles à faire et les plus gratifiantes à la fois ! 
    Cela me rappelle une citation trouvée dans un livre de Maurice G. Dantec, qui me semble bien illustrer cela : « Si ce que tu penses ne te conduit pas à prendre un risque, aussi mince soit-il, alors autant t’abstenir. »
     L’histoire des « coins de table » me remémore aussi ce qu’a dit un jour un des meilleurs profs que j’ai eu : (en substance) « tant que vous n’aurez pas pris la claque en pleine gueule, vous n’aurez pas compris la leçon ». (Ainsi, jeune conducteur, je n’ai jamais connu d’accidents, et il est vrai que même très prudent, je n’ai absolument pas peur dans des situations très dangereuses, tout simplement parce que je ne réalise pas le danger…) Et la pose de ces coins de table ressemble étrangement au concept de « parent sauveur » en analyse transactionnelle. 
    Bravo encore pour cet article comme pour ce blog !

    P.S : Désolé si je fait du « remontage » d’article.

    • Matt dit :

      Bonjour Corentin, et au contraire, merci de faire du « remontage » ! Ceci n’est pas un blog d’actualités, donc ce que j’ai proposé aux lecteurs comme analyses antérieurement n’est pas censé être périmé (idéalement, ce blog devrait être une sorte de site, en fait).  

      Merci pour ton commentaire. J’aime bien Dantec (j’en ai lu les Racines du Mal, et il me semble avoir lu aussi Babylon Babies, les deux étant assez cyberpunk à mon goût – ce qui me plaît. On en ressort tout de même un peu choqué par certaines scènes de torture, soyez prévenus), mais je ne connaissais pas cette citation, version « monde à l’envers ». 

      Attention toutefois, il est des expériences qu’on ne fait qu’une fois : il vaut mieux qu’on t’explique qu’il est douloureux de tomber du 17ème étage, car l’expérience d’une telle chute ne t’apprend paradoxalement rien… ;-)

      Je n’avais fait qu’effleurer il y a quelque temps l’existence de l’analyse transactionnelle (déjà que je suis anti PNL, tu imagines ma circonspection vis-à-vis de cette catégorie « d’outils ».) Je ne connais donc pas le sujet, mais ta remarque est intéressante. Est-on pour soi-même et /ou envers les autres un parent normatif, nourricier, etc. ? Quel rapport avec notre prise de risque physique/professionnel/personnel/en investissement/… ? Ça mériterait probablement un article complet, tiens. :)

  10. sac pas cher dit :

    Bonjour , Je suis très heureux je suis tombé sur votre post , Je vais revenir bient?t !

Laisser un commentaire

Les champs marqués (*) sont requis.

Ici, seuls les humains commentent, pas les robots ! Merci de répondre à cette simple question : *

CommentLuv badge

© 2020 Acide Ici. Propulsé par WordPress. Editor Theme by AWESEM.

Retour en haut.