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Un peu de douceur dans un monde de brutes 2 – Des avantages de faire risette

Jolie fille au sourire irrésistible

Non, il n’y a pas à dire, c’est mieux avec le sourire.

Après un premier article présentant la nature du sourire chez l’humain, voici le second volet, analysant ses bienfaits. Avant le troisième, qui conclura sur ses (quelques) désavantages…

Le sourire est un élément clé d’une vie sympatoche, élément que l’on oublie bien trop souvent et qui a au moins deux intérêts.

Pour commencer, par ce sourire que l’on offre à autrui, inconnus, peu connus (voisins, collègues lointains, gens du quartier), voire connus (je vous ai vu ne pas sourire à votre mère…), bref, à tout ceux qui sont dans la grisaille (les andouilles), on embellit leur journée dans un élan de philanthropie pure. Ce qui est toujours mieux qu’un coup de pied aux fesses. Ce petit cadeau est au passage aussi intéressant pour nous (si l’évolution a sélectionné le sourire, c’est bien qu’on y trouve notre petite prime) : grâce à ce sourire, notre aura augmente, nous sommes plus entourés de gens intéressants, de bonne composition et nous appréciant(1). Comme dit le proverbe hindou : « Le sourire que tu envoies revient vers toi. »

Mais de plus, et c’est encore plus important (tant il est vrai que charité bien ordonnée commence par soi-même), sommes-nous directement plus heureux et dynamique du fait de cet auto-conditionnement. Méthode Coué power : si nous passons notre temps à sourire à la vie, on est vite convaincu que tout va vraiment bien, et on fait aller les choses de mieux en mieux, on entreprend ses projets, bref, à afficher une mine positive, on le devient ou se renforce dans cette direction. Vous êtes ce que vous reflétez (ou vous le devenez).

Cette affirmation, tant péremptoire que semblant frappée au coin du bon sens, vaut le coup d’être examinée à la lumière de réelles études scientifiques. Eh bien figurez-vous qu’on y trouve de quoi apporter de l’eau à notre moulin, et même de quoi légitimer le « sourire thérapeutique » de John Cage dans Ally McBeal.

Sourire pour être heureux (si, si – et longtemps, encore)

Une étude menée sur 30 ans (Harker, L. & Keltner, D., Expressions of positive emotion in women’s college yearbook pictures and their relationship to personality and life outcomes across adulthood, Journal of Personality and Social Psychology, 80, 112–124, 2001), a montré que les femmes qui affichaient le sourire Duchenne sur leur photo de collège et d’Université avaient les niveaux de bien-être et de satisfaction maritale les plus importants trois décennies plus tard. Une autre étude (Abel, E., & Kruger, M. (2010), Smile intensity in photographs predicts longevity, Psychological Science, 21, 542–544) a quant à elle carrément fait le lien entre sourire et longévité su les albums photo des joueurs de baseball professionnels : ceux exhibant un sourire de Duchenne avaient deux fois moins de chances décéder, quelque année que ce soit, que ceux qui n’en affichaient pas…

Après, où est la cause, où est l’effet, on pourrait en discuter. Mais enfin tout de même, cela renforce ma croyance forte qui dit que « vous pouvez considérer que la vie est facile ou difficile : de toute façon, elle vous donnera raison ».

Sourire pour vaincre stress et douleur

Le sourire nous aiderait-il à nous sentir mieux face au stress même s’il est forcé ? D’après une étude (Sara Kraft & Sarah Pressman, Grin and Bear It! Smiling Facilitates Stress Recovery, sur le point d’être publiée dans Psychological Science au moment ou j’écris ces lignes), il semblerait bien. Cette étude soumet trois groupes de sujets à une activité stressante, et montre que le groupe des sujets arborant une expression faciale neutre avait une fréquence cardiaque plus rapide que celui des sujets souriants de manière forcée, eux-mêmes faisant battre leur cœur plus vite que ceux présentant un sourire de Duchesne. La fréquence cardiaque indiquant la réponse du corps au stress, l’étude conclut sur le fait que sourire peut avoir un impact sur le niveau de stress, même lorsque ce dernier est forcé. D’autre part, dans son livre ‘Molecules of Emotions’, Candace Pert (la chercheuse en psychoneuroimmunologie qui a découvert les récepteurs opiacés) rapporte que sourire, même de façon non naturelle, provoque la libération d’endorphine et de quelques autres neuropeptides, et nous ferait donc nous sentir mieux, tout en activant notre système immunitaire au passage…

Dans le même goût : Kunz M et al. The smile of pain. PAIN_ (2009) montre qu’en situation de douleur physique ou psychologique, le rictus que l’on forme naturellement est, en plus bref, extrêmement similaire au sourire (avec les caractéristiques du sourire de Duchesne nous avons déjà parlé). Miriam Kuntz en déduit que le sourire joue un rôle important dans l’évacuation des événements désagréables.

Sourire et attractivité

Et alors, au risque de vous surprendre au plus haut point, figurez-vous que l’on est plus attirant(e) lorsque l’on sourit. Dingue, non ? Que ce soit celui Marilyn dans la vraie vie ou de Gatsby le Magnifique dans la fiction, un sourire peut avoir une puissance ravageuse. Figurez-vous que qu’une étude révèle que la vision d’un visage attractif stimule le cortex orbitofrontal, qui est ordinairement activé par le processus de récompense. Et que cette activité est encore augmentée si le joli minois sourit. Ce qui fait dire aux auteurs de la recherche que le sourire constituerait un signal fort pour savoir si la récompense est atteignable ou non. En sus d’être démontré comme associé au caractère amical, à l’accord de la part de quelqu’un, à la joie et à la sociabilité (Tjan AH, Miller GD,The JG – Some esthetic factors in a smile. Journal of Prosthetic Dentistry – 1984;51:24-28.).

L’esthétique du sourire elle-même est une des raison majeures amenant les gens chez un orthodontiste (Baldwin DC – Appearance and esthetics in oral health – Community Dentistry and Oral Epidemiology 1980;8:244-256), dont un grand nombre particulièrement génés par toute avancée des incisives – « l’overjet » des orthodontistes (Lindauer SJ, Thresher AA, Baird BW, Sheats RD, Rebellato J – Orthodontic treatment priority: a comparison of two indices – Journal of Clinical Pediatric Dentistry 1988;22:125-131). Le sentiment de ces patients est corroboré par une étude démontrant que ce trait diminue en effet d’une manière indubitable et marquée l’attraction du visage (O’Brien K et alEarly treatment for Class II malocclusion and perceived improvements in facial profile – American Journal of Orthodontics and Dentofacial Orthopedics 2009;135:580-585) et, plus important encore, diminue l’estime personnelle de ceux qui en sont atteint (Johnston C, Hunt O, Burden D, Stevenson M, Hepper P – Self-perception of dentofacial attractiveness among patients requiring orthognathic surgery – Angle Orthodontist 2010;80:361-366)

Je n’arrive pas à croire que j’aie été obligé d’utiliser des études scientifiques pour vous démontrer que quelqu’un qui sourit donne plus envie d’aller vers lui… Vous n’êtes pas raisonnables. Pour la peine, le prochain article, qui clora la série, prendra le contre-pied de celui-ci et listera les conséquences négatives du sourire. Parce qu’ici, on est contrariants.


(1) Car on préfère toujours être près de personnes positives – c’est ce qui fait dire à Robert Green, dans ses 48 Laws of Power, qu’il ne faut jamais être la personne qui véhicule une mauvaise nouvelle. Vous vous souvenez de l’article Shoot The Messenger ?

6 commentaires

  1. Roland dit :

    En tout cas, cet article m’a fait sourire !

  2. Toujours garder le sourire même face aux mauvaises situations, c’est ma devise!
    Merci pour l’article.

  3. Une ode au sourire, à la méthode Coué appuyée sur du bon sens, des études scientifiques, des exemples concrets, c’est parfait. Naturellement certains passages enfoncent un peu des portes ouvertes, mais l’humour qui transparait partout vient aussi étayer la thèse.
    La structure rend la lecture plaisante. Le thème du sourire boomerang est très bien évoqué. La seule chose que je regrette ce sont les longs titres des études scientifiques et les nominations sans fin des scientifiques administrateurs des études. Pourrait-on raccourcir ces patronymes et ces titres ronflants ?

    • Matt dit :

      Merci beaucoup pour ce commentaire. C’était bien entendu une série un peu légère, je ne placerai probablement pas ça dans mon best-of (qui n’est, à ce propos, carrément pas à jour, il faudrait que je m’en occupe).

      Quant à la remarque sur les références, merci, elle est très juste, et je vais les remplacer par des renvois en pied de page dès que j’aurai cinq minutes. :)
      Matt a posté dernièrement Tous ensembles pour ne pas être comme tout le monde

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