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Un peu de douceur dans un monde de brutes 1 – Aux sources du sourire

Sourire irrésistible

Un sourire irrésistible ouvre toutes les portes…

Je lis d’ici vos pensées : oui, un sujet sur le sourire, voire sur le sourire cuspidé, c’est un tantinet bateau, tous les blogs croyant faire du développement personnel vous ayant déjà exhorté à sourire béatement au hachis parmentier bloblotant mollement sur le gris plateau que vous trimballez sans entrain au milieu de votre cantine d’entreprise, sourire devant être affiché au risque d’attirer sur vous le courroux de l’intégralité des dieux païens du bonheur moderne. Néanmoins, je m’y colle tout de même, car en période de rentrée, le sujet du sourire devient aisément pénible. Et puis, bateau ou non, au sein de nos grises citées dans lesquelles le lien social ordinaire est aisément remplacé par la mise à jour de son statut Facebook via son smartphone, et où le spam sur Meetic est considéré comme un acte de bon aloi tandis que le sourire lancé à un(e) inconnu(e) relève de la psychiatrie criminelle(1), l’expression faciale procédant de la contraction des muscles releveurs de l’angle de la bouche et des petits zygomatiques, ainsi que des zygomatiques majeur et des obicularis oculi, tend à disparaître de nos interaction ordinaires, il faut bien le reconnaître.

Et puis, contrairement à son grand frère le rire, qui connu sont heure de gloire parmi les philosophe, avec le match Nietzsche contre Thomas Hobbes (probablement basé sur une erreur de traduction d’une phrase de ce dernier, d’ailleurs), mais aussi chez Castiglione, Rabelais, Vivès ou encore Érasme, le discret sourire, lui, a plutôt été délaissé par les penseurs, selon moi (n’hésitez surtout pas à utiliser les commentaires pour corriger mon inculture crasse) : il mérite donc qu’on s’y attarde un peu. Après tout, c’est bien lui, qui, chez La Joconde, fascine des générations d’amoureux des arts depuis Théophile Gauthier et les romantiques, et lui encore qui nous laisse incrédules devant la sculpture du visage du pharaon Thoutmes III, intact depuis 1470 avant notre ère et que l’on peut toujours admirer au British Museum, non ? Et puis, que serait le Cheschire Cat d’Alice (celle que Lewis Caroll envoie au pays des merveilles, vous m’aviez suivi) sans son sourire ?

Le sourire, une définition qui prête à sourire

Le sourire, donc. Cette arme de séduction massive qui a la réputation de ne laisser entrer en nous que ce qui est positif dans nos vies, à l’instar d’un démon de maxwell qui serait, lui, au point, a une origine qui se perd un peu dans les limbes. Il s’agirait d’un geste propre à l’humain, d’après un travail de T. Matthew en 1978 (Matthews TG, The anatomy of a smile, Journal of Prosthetic Dentistry 1978;39:128-134), qui se base sur une définition du sourire très… humaine. On peut aisément en conclure que les prothésistes dentaires ont une connaissance très limités du monde des chimpanzés, mais cela nous éloignent quelques peu de notre propos. Quelle définition « humaine » du sourire ? Eh bien celle Guillaume Duchenne de Boulogne. En 1860, ce neurologue a isolé les facteurs déterminant le « sourire véritable » : il s’agit de l’action simultanée de deux muscles, le zygomatique majeur (qui soulève le coin des lèvres vers le haut) et l’orbiculaire de l’œil (orbicularis oculi) qui plisse les yeux. C’est la contraction, involontaire, de ces derniers que l’on identifie comme représentatif d’une émotion spontanée et réelle, par opposition au sourire forcé : il s’agit du sourire de Duchenne.

Notez à ce sujet que les smileys américains et européens situent les expressions au niveau de la bouche, comme dans :-) et :-( , mais que les japonais les expriment directement au niveau des yeux : le sourire devient alors ^_^ tandis que la tristesse se note ;_; .

Je me suis pour ma part essayé devant ma glace au faux sourire, puis ai tenté de simuler celui de Duchenne : c’est très intéressant, et plutôt difficile ! Comme quoi, acteur, c’est un métier…

La naissance du sourire

bebe_sourire

Comme on dit en Chine, on rit quand on naît…

La base du concept même de sourire semble endogène, comme en témoigne l’existence du sourire néonatal, dont l’apparition est plus fréquente au cours des sommeils agités (l’équivalent chez l’adulte du sommeil paradoxal) les plus stables et les plus phasiques, et qui ne présente aucune relation avec l’alimentation, les stimulations maternelles et les mouvements corporels. Néanmoins, même si les études révèlent que ce sourire néonatal est identique au sourire social de l’adulte, il n’y a pas d’argument montrant qu’il en est le précurseur fonctionnel. Le sourire est d’ailleurs un comportement que peut acquérir tardivement le chien (typique chez le Dalmatien, mais observé également chez les Colleys, le Chien de Canaan… et les braves bâtards) par imitation de l’humain, et à destination unique de celui-ci (le chien ne sourit jamais à un autre chien, qui sinon le prendrait immédiatement pour une andouille, ce qu’il ne peut se permettre).

Mais si l’on avance de quelques mois et que l’on s’intéresse au nourrisson, le caractère « précablé » du sourire semble se révéler franchement. Au milieu du XXème siècle, Renée Spitz avait établi qu’à partir de 3 mois environs, le sourire était intentionnel (une sombre histoire de « précurseur de l’objet libidinal » – vous connaissez les psychanalystes freudiens…) Cohen a ensuite montré il y a plusieurs dizaines d’années que les nourrissons de trois mois réagissaient aux expressions faciales de leurs mères, montrant un stress face à leur visage déprimé, et se renfermant après trois minutes d’interaction sans sourire. Enfin, des études plus récentes montrent que vers 10 mois, le bébé adressera un faux sourire à un étranger s’approchant de lui, tandis qu’il réservera le vrai sourire de Duchenne à sa mère.

Un peu de sexe…

A l’âge adulte, la capacité à produire un sourire de Duchenne est égale entre les deux sexes. Néanmoins, les études montrent que tout le monde (homme, femmes, et même spécialistes du comportement) estime que les hommes sourient moins que les femmes. Et en gros, c’est vrai. Mais cette différence dépend de plusieurs facteurs clés, comme l’a montré une étude de Marianne LaFrance à Yale. Elle a entre autres montré que cette différence entre hommes et femmes est bien plus importante lorsque les sujets se pensent seuls (et donc non observés). De la même manière, lorsqu’hommes et femmes partagent une tâche qui suit des règles sociales strictes (personnel de vol devant sourire, personnel de pompes funèbres devant afficher un air grave, etc.), l’écart de sourire diminue entre les deux sexes. Par contre, l’embarras ou une ambiance tendue amènera plus les femmes à sourire que leurs homologues masculins.

Prochain épisode

Dans la suite de cet article, nous tenterons de déterminer de manière objective ce que nous apporte ce fameux sourire dans nos vies déjà bien remplies par ailleurs. Avantages que nous relativiserons dans le troisième et dernier article de la série, parce que nous sommes acides


(1) A ce sujet, un hashtag autoémergeant a sévit il y a peu sur Twitter. J’y ai appris, avec un grand intérêt, qu’il existait des femmes considérant le sourire de la part d’un inconnu comme une agression, sachant pertinemment que l’homme en question s’imaginait « un film porno » au sujet de sa personne, et regrettant – et l’écrivant au grand jour avec force véhémence – que la loi ne les autorisât pas à asperger généreusement les yeux des psychopathes susmentionnés (les hommes qui sourient, donc) du contenu de leur bombe lacrymogène. Ce fût ma dernière perte de temps à suivre les hastags à la mode sur Twitter.

6 commentaires

  1. Marie dit :

    Sans vouloir être impertinente, lorsqu’on se pose tellement de questions sur un banal sourire, n’est-ce pas que nous sommes bien mal parti ? Vivement ce sourire d’un inconnu qui vous regarde à travers la fenêtre de sa voiture sur l’autoroute, l’espace de cet instant que vous auriez pu manquer, votre regard eut il été posé ailleurs ! Un sourire gratuit, spontané et qui se répercute longtemps après comme un rayon de soleil à travers les nuages !

    Dans les romans ce genre de chose, direz vous ? Non, ça m’est arrivé ! Il doit bien y avoir 20 ans ! Et je m’en souviens encore ! Preuve qu’un sourire, un vrai, ce n’est jamais rien !

    Une bonne journée à toi ! (et pourquoi ne pas sourire ? Tout à coup qu’une pure inconnue s’en souviendrait encore, dans vingts ans !)

    Marie

    • Matt dit :

      Mais Marie, si tu ne peux pas être impertinente ici, où le pourras-tu ? ;)

      Oui, oui, je souris Dans le vide, à la vie, aux gens, assez couramment. Ce matin, je souriais bêtement sur mon vélo simplement parce que j’aimais ce que j’entendais dans mon baladeur. Ce n’est pas une raison pour ne pas se demander d’où vient le sourire…

      Non, les gens qui ont un réel problème avec ça, ce sont ceux que je cite dans ma note de bas de page…

      Belle journée à toi, et un grand sourire ! :)

  2. Marie dit :

    Ouf ! Tu me rassures ! Et effectivement, sur Twitter, on trouve de tout, du pire comme du meilleur ! Des vraies nouvelles, de fausses rumeurs, des inepties qui semblent vraies, des vérités qui semblent fausses… À prendre avec modération au risque de faire une indigestion !

    Bonne journée !

    Marie

    • Matt dit :

      Oui, Twitter, c’est parfait pour suivre les gens qu’on a identifier. Les hashtags, ce sont en général des poubelles (même si j’en ai suivi quelques uns durant les débats électoraux présidentiels, mais je pense qu’ils constituent de rares exceptions de HT à suivre).

      Excellente journée à toi ! :)
      Matt a posté dernièrement Le maton parfait

  3. « Prends ton sourire, Et donne-le à celui qui n’en a jamais eu » (Prends ton sourire – Gandhi)

  4. Roland dit :

    Il y a un dessin BD de je sais plus qui : en rangs d’oignons, des visage qui tirent la tronche sur toute la page, sauf un qui sourit. Et un policier s’adresse à celui-ci « Contrôle de vos papiers ! »

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