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Ne plaisez pas trop…

Soyez gentils, détestez-moi

Soyez gentils, détestez-moi

Bon, pour changer un peu des articles-fleuves, on va essayer les billets plus courts. Celui-ci pour vous enjoindre assumer d’être un peu plus acide dans votre vie quotidienne. Vous savez qu’on ne peut pas plaire à tout le monde(1) ? Vous avez vaguement en tête que si

Aimer tout le monde, c’est n’aimer personne, gnagnagna

son corollaire « Être aimé par tout le monde, c’est n’être aimé par personne » a des chances d’être vrai ? Alors pourquoi tant de gens sont-ils politiquement corrects, dans le mouvement, lisses et plats comme le galet roulé par les vagues sur la grève ou la poitrine de Jane Birkin, arborant cet air qu’ont les gens sur les boulevards, cet air qui les rend transparents(2) ? Pour ne pas jouer les bestioles de Panurge dans sa vie, il faut déjà être capable d’assumer de ne pas les jouer dans ses paroles.

D’ordinaire, nous sommes aisément à la recherche de validation. C’est le propre d’un animal social. Celui qui se fait mette au ban d’une société a du mal à vivre de manière heureuse, et même à survivre : chez les animaux trop faibles pour la survie solitaire, le principe de réciprocité est essentiel(3). Par ailleurs, la preuve sociale(4) est un mécanisme puissant qui nous fait redouter d’être mal-aimés par un trop grand nombre de personnes.  C’est ainsi que Maslov place la reconnaissance des autres au quatrième étage sur les cinq que compte sa pyramide censée hiérarchiser les besoins(5).

Néanmoins, je pense que, malgré tout ce que disent nos politiques sur l’augmentation de l’incivilité, chez l’être urbain moyen susceptible de tomber sur ce blog, le respect de ses contemporains tend à devenir excessif et finirait par confiner à la mollesse. Ces  deux dernières générations, la société française a évoluée à une vitesse jamais encore vue dans l’histoire. Nous en étions dans la première moitié du XXème siècle à une vie faite de travaux physiques, parfois dangereux, souvent terriens, avec un rapport à la chasse, au combat et à la mort plus courant ; une vie plutôt dure selon nos standards actuels, constituée de moins de bien et de loisirs, mais où les responsabilités de type mariage et enfants arrivaient bien plus tôt, ainsi que la fin de la vie(6). A présent, nous faisons bien plus d’études(7), notre vie s’est grandement intellectualisée avec un fort taux d’emplois dans le secteur tertiaire, et le concept de risque est devenu fortement encadré (voire légiféré). D’autre part, les modifications de la société ont fait éclater cellule familiale, exploser l’ensemble des télécommunications(8) et ont diminué la nécessité de regroupement fort pour la survie.

En résultante de tout ça, j’observe que vous et moi sommes de nos jours peu taillés pour supporter d’être en conflit. Nous sommes devenus des êtres paradoxalement plus gênés de savoir ce que pensent de nous des gens qui ne nous sont personne – ou que nous ne reverrons pas – qu’à l’époque où cette notion avait plus d’impact dans nos vies, c’est à dire lorsque les communautés humaines étaient de tailles bien plus faibles(9). J’ajouterai avec une odieuse pointe de sexisme que du fait même de nos différence d’outils de communication et de persuasion (minijupe versus biceps, en gros), les femmes sont en moyenne encore plus encline à contourner les confrontations(10).

Et là, je vais me permettre de vous rappeler ce que vous savez déjà : si par le fait d’être plat, une brave bête, voire même une mascotte, vous pensez être apprécié(e), vous vous fourrez le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate, et encore vous raclez l’os.  Je suis donc descendu parmi les hommes pour vous livrer la Parole Acide : mieux vaut être profondément aimé par des gens de qualité et méprisé par les autres que vivre dans un consensus mou. Apportez votre vision des choses, vous aurez au moins fait un truc personnel entre votre sortie du berceau et votre entrée en bière.

Méfiez-vous cependant de la complexité de l’exercice acide. Le but n’en est pas de blesser un interlocuteur inoffensif que vous cueilleriez à froid et qui n’aurait pas de recul sur votre démarche car ne connaissant pas votre personne. Si c’était facile, ça n’aurait pas de saveur…

Être soi-même vs plaireMais de grâce, cessez de vous écraser, que ce soit dans votre communication, dans vos expressions non-verbales,  ou simplement par le fait de tordre tous vos avis afin d’être d’accord avec les thèses proposées. Ceci est notamment valable devant quelqu’un que vous voudriez séduire dans un sens amoureux(11), amical ou en vue de collaboration ; devant votre boss alors que vous êtes socialement protégés (si c’est stratégique, OK, mais si c’est par défaut car vous ne vous sentez pas d’autre choix, ce n’est pas acceptable) ; et encore plus devant un quidam dont le bluff aurait pour but de vous faire douter de votre propre assurance en vous.

De Voltaire à Houellebecq, de Frédérique François(12) à Rael(13) en passant par Alain Soral, beaucoup de gens ont pris le parti d’être adulés par une partie de la population et détestés par le reste. On pourrait même se permettre d’atteindre immédiatement le point Godwin de la discussion en citant quelques célèbres dictateurs(14), mais je pense que vous avez saisi l’essence de la remarque.

Assumez d’être acides, supportez la controverse, débarrassez-vous de la recherche de validation de la masse bêlante (sans vous départir de vos principes et valeurs), et vous serez capables de vivre tel qu’il vous semble bon. De vivre une vie moins conne, quoi…

Rien n’est plus voluptueux pour un pas-con que d’être pris pour un con par un con.

Frédéric Dard


(1) Non, n’en déduisez pas que ce blog se met à appeler à la téléphagie ; d’ailleurs, l’émission en référence est morte.

(2)  Vous avez vu, je ne me fous pas de vous en terme de références culturelles : Monseigneur vous régale au Patricia Kaas

(3) Pour une brève et rigolote explication de la réciprocité basée sur la théorie des jeux, je vous conseille cet article.

(4) Bien que pouvant avoir des effets pervers qui amènent à des comportement très cons, j’estime, contrairement à pas mal de gens versés dans nos sujets, que c’est plutôt un raisonnement bon à observer – notez que si pépère Darwin nous l’a fait garder au fil des millions d’années, c’est que ça aide au moins à la survie. On en parlera prochainement dans un article.

(5) Théorie un peu simple et discutable sur pas mal de points, néanmoins, ne serait-ce que par son caractère purement mono-dimensionnel.

(6) D’après l’Institut National d’Études Démographiques, l’espérance de vie moyenne était typiquement de l’ordre de 55 ans à l’entre-deux guerres.

(7) D’après l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques, la durée moyenne des études a doublé en 50 ans.

(8) La preuve, on n’est pas en train de se parler mais de communiquer en 2.0…

(9) Aucune justification de cette affirmation qui n’est en fait qu’un fugace avis personnel.

(10) Moyenne ne valant pas totalité, il existe, j’en conviens aisément, de véritables furies.

(11) En prime, c’est parfaitement contre-productif.

(12) Qui n’est pas, je vous le concède, un modèle d’acidité, là n’était pas le propos.

(13) Ah, Claude Vorilhon, tout un style !

(14) On ne serait pas les premiers, remarquez, y compris parmi les grands de ce pays.

19 commentaires

  1. Michel PETROCCHI dit :

    Salut Acide,
    Pas mal ton article, bien tourné, bien envoyé malgré un langage de trop bon loi pour ceux à qui tu voudrais remuer un peu le fion et leur dignité.
    Mais pourquoi as-tu été donc placer la seule citation de FD avec laquelle je ne suis pas d’accord ? Je veux parler de « Rien n’est plus voluptueux pour un pas con que d’être pris pour un con par un con ». Le plus con que moi qui se croit plus intelligent me donne l’envie de lui tirer de grands coups de pied dans la bouche. je suis un peu soupe au lait. Mes origines sans doute…
    J’y préfère nettement: « Traiter son prochain de con n’est pas un outrage mais un diagnostic » ou encore « A notre époque les vieux cons sont de plus en plus jeunes ».
    J’espère donc que tu ne me trouveras pas trop con sensuel censuel.
    Je t’invites à venir faire un tour sur mon blog, et si tu veux t’y lâcher n’hésite surtout pas.
    Cordialement.
    Michel

    • Matt dit :

      En effet, il y avait deux manière d’aborder la chose : s’énerver d’être pris pour un con par un con, ou s’en amuser. Ça dépend un peu du cas. J’ai un article dans la pile des « à écrire » sur le fait qu’il faut choisir ses combats, que tous ne valent pas la peine.

      Mais tant qu’à aller dans ton point de vue, je me désole de la pauvreté de tes références culturelles. Il fallait entrer dans le sujet par le haut : Patrick Bruel, qui a traité la problématique en se cassant la voix, nous apprend ne plus supporter de « se faire prendre pour un con par des gens qu’on déteste ». Tout est là : on les déteste, qu’ils soient cons ou pas, donc on veut « gagner le duel ». Parfois, on y perd surtout son temps. L’éducation des cons est un art qu’il faut laisser aux professionnels, nos politiques l’ont bien compris – oui, je sais, je fais preuve d’un courage sans nom en écrivant cette phrase, tant pis, j’assume. Enfin, bref, quel grand homme, ce Bruel, il méritera de résider à la place du même nom qu’il a si bien chanté. Tu as beaucoup à apprendre de lui.

      Tu as gagné, je vais aller faire un tour sur ton blog, et peut-être même y porter la bonne parole. Ta technique de pied dans la bouche, que tu as suggéré de manière subliminale, a bien fonctionné.

      Cordialement,

      Matt

  2. Michel PETROCCHI dit :

    Bonsoir Matt,
    J’ai bien ressenti ta bonne parole sur mon blog. Merci pour ces excellents conseils, surtout concernant Patrickkkkkkkkkkkkkkk ! (Retenez-moi ou je file un coup d…non, déjà dit, faut savoir varier quitte à avarier.
    Je te mets en « copier-coller » ma réponse sur mon blog:
    ————————————————————–
    Bonjour Matt, A la lecture de ton message je me suis senti vraiment honteux. C’est vrai que je suis méfiant, d’ailleurs je ne me fais même confiance, c’est dire l’ampleur du désastre. Il me faudra, maintenant que je connais ton blog, y aller de temps temps pour me ressourcer. Et tiens, si tu le permets, je placerais bien ton blog dans les liens amis. Cela permettra à mes lecteurs de se remonter le moral et de se purifier de mon scepticisme intolérable en ces temps de pensée unique et si douillettement réconfortante. Merci pour ta visite et ton acide commentaire. Michel
    Par Michel PETROCCHI sur INFO-ALERTES – LE RESEAU ANTI-ARNAQUES le 19/11/10
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    En fait, une expression qui me gonfle quand je l’entend plus de 3 fois dans une phrase, il est déjà installé. Si tu n’es pas d’accord je peux le retirer, mais ce serait vraiment dommage…oui, oui, je suis sérieux. Un instant de faiblesse sans doute. Mais quand je place un blog dans mes liens préférés, je l’annonce toujours par un billet. Celui-ci est déjà pondu, je n’attends plus que ton feu vert…Réponds moi dès avant hier, ça ira plus vite.
    A bientôt.
    Amitiés.
    Michel

  3. Un Gros Nez dit :

    Ouais, sinon, en parlant des cons, vous avez déjà entendu parlé des blogueurs qui mettent des notes de bas de page en MASSE sur des pages, qui, si je les imprimais et les collais bout-à-bout, me permettrait de relier Brest et Nice ?

  4. Michel dit :

    Un Paris-Brest suce tété mieux indiqué, non ?

  5. Michel dit :

    C’est là, justement, que l’on risque des renvois (de bas de page).
    La tentation du Paris-Brest, fait l’objet d »une étude psychologique approfondie dans le film « Les Anges Gardiens » avec Clavier et Depardieu.

  6. Michel dit :

    Patho ? « Faut être Logique » (San-Antonio n° 63 – 1967)

  7. Michel dit :

    Pour être sérieux, un poil seulement, sais-tu qu’on lui a trouvé un sosie qui pourrait bien être lui: l’assassin ?

    • Matt dit :

      Non, tu me l’apprends. En même temps, lorsqu’on connait un tout petit peu le dossier, on rigole lorsqu’on nous dit qu’on est dans un état de droit. Enfin, bref, on digresse. :-)

  8. Michel dit :

    Ah, si on savait tout ce qu’on ne sait pas, on comprendrait qu’on ne sait vraiment rien !
    Non ce n’est pas du Pierre Dac, ça pourrait non ?
    C’est seulement un de mes jailissements de l’esprit qui n’arrivent qu’une fois par siècle. Tu es tranquille pour 100 ans maintenant.

  9. Matt dit :

    Je dirais surtout que quand on qu’on sait ce qu’on sait, qu’on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on se dit qu’on a bien raison de penser ce qu’on pense.

  10. Michel dit :

    – Rien ne sert de penser, il faut réfléchir avant. (Pierre Dac)


    Facile, celle-là je l’ai trouvée sur mon blog !
    Tu y est installé depuis hier, avec un billet de présentation.
    Tu peux venir y semer la mas, non, la perturbation quand tu veux.
    Au fait, où est passé Le Gros Nez ? Serait-il enrubé qu’on ne l’entend plus éternuer ? (Lol)
    A toi de venir un peu.
    Amitiés.
    Mich’

  11. Matt dit :

    Par le Saint Graal, mais je vais avoir toutes les peines du monde à ne pas décevoir les hypothétiques lecteurs de ton blog qui se seraient improbablement égarés sur mon web log nouveau né ! Je te remercie en tout cas du long billet dont tu me fais l’honneur, et je serai heureux de chroniquer ton San Antoniesque site s’il en est si tant est que tu me laisses quelques jours pour opérer, dans la mesure où j’ai du lait sur plusieurs feux.

     

    Mes respects,

     

    Matt

  12. Valérie dit :

    Dans un autre style, Courteline disait :
    « Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet »

    • Matt dit :

      Mais cela nécessite un recul pas toujours aisé. D’ailleurs, puisqu’on est dans les citations culturelles, souviens-toi que Patrick Bruel lui-même ne supportait pas l’idée de « se faire prendre pour un con par des gens qu’on déteste », puisqu’il allait en pareil cas jusqu’à se casser la voix. C’est dire.

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