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Et Murphy dit : « I am the law » – 1 : le système de pensée

tartineVous connaissez tous ce phénomène qui oblige une tartine que l’on fait tomber à en rajouter une couche (si j’ose dire) afin de se débrouiller pour s’écraser du côté beurré. Celui qui vous impose de tomber en panne d’essence et de crever deux pneus d’un coup, en plein milieu d’un embouteillage, le jour où vous avez ce rendez-vous tellement important pour lequel vous êtes déjà en retard. Celui qui oblige votre ex à passer devant la terrasse de bistrot où vous prenez enfin un verre avec cette personne que vous convoitez depuis un mois, ex qui viendra vous faire remarquer le bouton qui a poussé justement ce matin en plein sur votre nez (vous qui avez toujours eu une peau  sans problème) juste au moment où vous venez de rater votre blagounette avant de vous arroser disgracieusement avec votre Monaco(1). Je veux bien entendu parler de la loi de l’empapaoutement maximal, celle qui a décrété que tout enquiquinement potentiel va se produire et se cumuler aux autres.

 

 

Définition et histoire de la théorie

 

Cette loi existe sous de multiples avatars incluant quelques subtiles variantes. On peut néanmoins en résumer l’esprit ainsi : si une chose quelconque peut déconner, elle le fera, de la manière la plus casse-bonbons, au moment où cela vous embêtera le plus, quitte à ce que la chose mette en oeuvre pour ce faire le scénario le plus improbable.

La genèse de cette observation à la statistique semblant implacable est soumise à une légère controverse, mais elle est en gros la suivante.

En 1949 par Edward A. Murphy Jr., capitaine de l’U.S.Air Force, travaillant sur le projet MX 981, avait notamment pour but de déterminer la décélération maximum qu’un humain pouvait endurer durant un crash. Il décida à cet effet d’utiliser des accéléromètres et de mener des expériences sur banc. A la fin d’une journée complète de tests, le dépouillement des résultats fit apparaître des résultats tous nuls. En effet, son assistant avait branché à l’envers les 16 capteurs de l’expérience, qu’il n’avait qu’une chance sur deux d’installer correctement(2).  C’est à ce moment que Murphy, passablement agacé, aurait prononcé cette phrase :

If that guy has any way of making a mistake, he will.

(Si ce gars a la moindre possibilité de faire une erreur, il la fera.)

Voilà pour la légende.

Depuis cette époque, le malheureux assistant d’Edward Murphy est incriminé lorsque vous choisissez au hasard une caisse au supermarché (la file que vous avez choisie sera, évidement, celle qui avance le moins vite) ; lorsque vous êtes pressé au volant (tous les feux tricolores passeront au rouge devant vous) ; la seule fois où vous aurez oublié votre pass Navigo pour prendre le métro (ce sera votre seule rencontre de l’année avec des contrôleurs) ; lors de votre unique retard, vous toujours si ponctuel, au cours d’histoire de monsieur Branquignol, qui arrive toujours un quart d’heure après l’horaire officiel (il sera bien entendu arrivé à l’heure et aura lancé une interrogation surprise et éclair). C’est encore à cause de lui que celui qui ronfle qui s’endort le premier. On ne saurait mesurer le tort qu’a causé cet assistant à l’humanité.

Enfin, je ne puis finir cette liste d’exemples poignants sans citer le regretté Pierre Desproges narrant le théorème d’Archimède : lorsque l’on plonge un corps dans un liquide, le téléphone sonne.

 

 

Corollaires usuels

 

La loi de Murphy, plus qu’une simple observation phénoménologique, est une philosophie de vie complète, comme les corollaires suivants sauront vous en convaincre.

Concernant le problème fondateur de la tartine beurrée, un développement de Murphy stipule que la probabilité de chute « côté beurre » (ou, si on a déjà admis que la chute finit toujours du côté du beurre, la probabilité de la chute elle-même) est proportionnelle au prix du tapis et inversement proportionnel au temps écoulé depuis le dernier nettoyage. Ceci en application direct du principe de l’enquiquinement maximal. Mais le raisonnement poussé à son paroxysme (nous en parlerons dans quelques paragraphes avec le principe de réflexivité) nous amène jusqu’au résultat suivant :  si vous beurriez une tartine et qu’elle devait tomber du côté non beurré, cela démontrerait sans ambages ni équivoque que vous aviez beurré le mauvais côté. Commencez-vous à sentir que vous êtes arrivé dans un système de pensé complet ?

Continuons. Le paradoxe du chat beurré est connu et ne vient pas de moi, résumons-le brièvement.    Puisque les lois de la tartine beurrée stipulent de manière irrémédiable que le beurre doit toucher le sol tandis que les principes félins élémentaires réfutent strictement la possibilité pour un chat d’atterrir sur le dos, attachons une tartine beurrée sur le dos d’un chat, face non beurrée en contact du pelage, et lâchons le conglomérat. Ne pouvant retomber ni sur la face beurrée, ni sur les pattes, l’assemblage  ne tombe pas : c’est le paradoxe de la lévitation félino-tartinique.

Citons pêle-mêle    diverse applications de la loi de Murphy, revues par votre serviteur :

  • Laissées à elles-mêmes, les choses ont tendance à empirer (application directe de Murphy, impliquant quasiment le second principe de la thermodynamique, c’est vous dire la portée de la chose).
  • L’effet démo : ce qui est utilisé au quotidien sans incident présentera un dysfonctionnement lors d’une démonstration publique (cf. les présentations de Windows : 98 par Bill Gates himself, Vista, Seven… ; ou bien « l’effet Bonaldi », bien connu de celles et ceux qui regardaient « Nulle Part Ailleurs » à l’époque.)
  • Réflexivité : La loi de Murphy est universelle. Elle s’applique donc à elle-même : elle se vérifie donc toujours, sauf quand on cherche à la vérifier (cf. l’effet démo).
  • Une erreur peut devenir exacte, si son auteur  s’est trompé en la commettant (cf. la réflexivité).
  • Si vous avez trouvé l’ensemble des manières pour les choses de mal se passer,  une autre apparaîtra spontanément si et seulement si vous avez circonvenu les problèmes identifiés. (Proposition réciproque de la loi de Murphy)
  • Si tout semble manifestement bien se passer, c’est que quelque chose vous a échappé (conséquence immédiate du corollaire précédent).
  • S’il y a quelque chose que vous ne comprenez pas, c’est que c’est évident (proposition réciproque du corollaire précédent).
  • Si vous dites que c’est une évidence, alors vous avez certainement tort (conséquence immédiate du corollaire précédent).

 

Une fois posé le système de pensée de Murphy, il mérite analyse, vous ne croyez pas ? Eh bien figurez-vous que cela fait l’objet du second volet de cet article. Vous n’irez pas dire que la vie n’est pas bien faite…



(1) Non, ne vous fourvoyez pas, toutes ces scènes sont sorties de mon imagination tordue, il n’y a pas un gramme de vécu là-dedans.

(2) Si c’était les mêmes capteurs, et s’il était un peu méthodique, il n’avait qu’une chance sur deux de se planter. Si, ce qui semble nettement moins crédible, chaque capteur était différent, ou s’il oubliait immédiatement comment il avait fixé le précédent capteur en s’attaquent au suivant, alors il n’avait qu’un chance sur 65 536 de ne laisser aucune donnée exploitable à son chef. Comme je le disais, je ne crois pas trop à cette seconde idée, qui d’ailleurs ne vient que de moi.

13 commentaires

  1. Ah celle-ci de loin c’est sur que tout le monde l’a connue au moins une fois dans sa vie :)
     

  2. Excellent article, je me demandais ou j’étais tombé, on dirais que je suis tombé dans ton monde :D  

    Je reviendrais te lire, je me suis abonné au flux RSS !

    Bonne continuation, un petit moment de plaisir !

    Merci !! 

    • Matt dit :

      Bonjour,

      Merci pour ton compliment ! Oui, tu es un peu tombé chez les fous, mais on s’y fait.. ;)

      J’espère que la conclusion (le troisième volet) de cette histoire de Murphy te plaira (lorsque je l’aurai publiée).

      A très bientôt,

      Matt

  3. Roland dit :

    ALEERTE ! Aujourd’hui, c’est le Vendredi 13ème du nom. La loi de Murphy va se déchaîner… La preuve : j’ai appuyé par mégarde sur la barre espace et non  »Entrée ».
    Sans compter les fautes de frappe (corrigées pour que ce soit lisible)…

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