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3 – Intermède : faites le truc du siècle en simplifiant l’existant

Enrichissez-vous par le vide
3 – Intermède : faites le truc du siècle en simplifiant l’existant

Bon, je tente de faire un article réellement plus court qu’à mon habitude. Hier soir, j’ai été voir The Social Network. Un film intéressant, au passage, qui m’a donné l’envie d’être milliardaire, comme quoi, un vocation peut naître simplement. Enfin bref, ce billet pour faire une petite remarque qui s’insère dans l’idée de cette série d’article sur la puissance du vide et du simple. Quels sont les secrets de cette idée récente qui vaut à la louche 15 ou 20 milliards de dollars ?Ils sont de deux ordres.

Primo, Mark Zuckerberg n’a pas inventé avec Facebook le réseau social. D’abord parce que c’est l’apanage de tous les animaux sociaux, mais même au sein du web, j’entends. Après l’ancêtre Classmates de 1995, puis SixDegrees.com (en 97), de 1997 et 2001 foisonna une jungle désordonnée de réseaux, par exemple communautaires, tels AsianAvenue (devinez), BlackPlanet (idem) ou MiGente (Hispano-américains), ou bien pro, comme Ryze.com qui sera dupplanté par LinkedIn. A l’explosion de la bulle internet, puis à l’arrivée du 2.0 en 2003, c’est l’explosion des YASNS («Yet Another Social Networking Service»), dont le poids-lourd MySpace ouvert en 2003. Notons que notre proto-Viadéo était déjà en selle à l’époque.

Par ailleurs, le plus gros attracteur de foule, la recherche de partenaire(s) sexuel(s), était déjà à l’œuvre via une multitude de sites de rencontres, dont le proto-Meetic, lorsque tonton Zucky a lancé le successeur de son éphémère Facemash. Alors, qu’est-ce que (the)Facebook apportait de plus que ses prédécesseurs ?

A mon sens, rien. Justement.  Pas de fonctionnalité révolutionnaire. Il en a plutôt enlevé. KISS. Keep It Straight (ou Stupid) and Simple. Pas d’accès à la base sous critères tordus ni de mémorisation de vos requêtes complexes de recherche d’asiatique de moins de 40 kilo ou blonde de plus de 40 ans, d’homme latino d’un mètre 93, pas plus que de DRH chez Areva ou de commercial chez Lanvin. Comme dans les hôtels de luxe, formalité d’enregistrement restreintes au minimum. Même à l’heure actuelle, où Facebook s’est complexifié, la base reste là : vous avez un nom, éventuellement une déclaration de votre état célibataire et de votre intérêt pour une rencontre, quelques photos si vous voulez, et hop, des « amis ». Vous voyez qui sont les amis de vos amis, ce qui (avec les groupes ou pages de fans) est en gros le seul moyen de trouver des nouvelles personnes si ce n’est par leur nom. Ça s’arrête là. Ah, si : vous voyez une vidéo qui vous branche sur YouTube : un clic et vous « partagez ». La vie du site, c’est de l’ultra-micro-bloging : Albert à mal à la tête ce matin, Berthe déteste son patron, et surtout, Gérard est célibataire depuis hier soir et irait bien dans un bar ce week-end. Le Paris-Match de vos connaissances, visite du Pape en France en moins. Le lien encore plus ténu que la prise de numéro de mobaïle phone ou de mail lors d’une rencontre approximative en soirée, pour un contact non personnalisé.

Même leur logo est d’une simplicité désarmante – comme tous les bons logos.

Le jeune futur milliardaire a donc « simplement » deviné le besoin juste de son temps, tout en le précédent d’un pouillème. Ni suiveur, ni avant-gardiste de génie certes pour la postérité mais désespérément incompris de ses contemporains.

Secondo, pour mener à bien son projet, il a correctement lu sa force, ce dont il disposait que les autres n’avaient pas. Ce ne sont pas ses capacités de programmation, compétence banale et répandue, aisément sous-traitable. Non, il avait accès au réseau des clubs prestigieux de la déjà prestigieuse école Harvard. L’annonce de la mise en ligne de son projet ne s’est pas faite par des mails à quelques amis geeks. Il a lancé sa marque de prêt à porter en faisant arborer ses fringues par des stars (ce qui a souri à d’autres, cf. Christian Audigier et son lancement de la marque Ed Hardy à grand coup de preuve sociale). Enfin, toutes proportions gardées, mais cet aspect exclusif  des premiers membres – je vous rappelle qu’on s’y inscrit pour être au sein d’un réseau – a amorcé la pompe au delà des espérances.

Voilà, pour casser la baraque, simplifiez des idées existantes jusqu’à n’en garder que la vraie fonctionnalité, la substantifique moelle, quoi, , et pour mener le projet, sachez lire vos vraies forces. Notez-bien que si vous ne simplifiez pas votre projet, vous risquez fortement de vous fourvoyer sur vos vraies forces. Notre héros du jour aurait pu faire un site de geek où le code aurait été roi, en se plantant sur ce qu’il avait vraiment à exploiter…

Vous ne verrez loin que si vous distinguez le superflu de l’essentiel. Le chemin de la force passe par la simplification. Visez uniquement le mille.

4 commentaires

  1. Julien dit :

    Très intéressant! Je n’y avais pas pensé, mais il est vrai qu’à choisir entre une page FB et une page MySpace, je choisis celle qui n’a pas de « papier peint » kitsch ou qui ne mélange pas photos, vidéos, re-photos, commentaire, et re-re-photos!

  2. amandine dit :

    Alors voilà un article excellent!
    Je suis d’accord avec toi à 100%!! j’ai également vu le film.
    L’idée de d’abord diffuser un produit à un réseau exclusif (qui attire d’autres gens) est en effet une ficelle souvent utilisée dans la mode ou les accessoires de mode. Ton exemple d’Ed Hardy tombe à pic! En effet, qui mieux que ce marseillais de Christian Audigier a su exploiter le filon des stars d’Hollywood en les bombardant de ses produits jusqu’à ce que certaines d’entre elles (dont Mickael Jackson dans le film paru après sa mort) portent ses habits lors de soirées ou évènements. Les paparazzis étaient là, et voilà que hop, ses produits apparaissent dans la presse people, et que rapidement les shopping addicts se précipitent pour les acheter.
    Facebook a suivi une approche similaire… serais-tu entrain de dire que ton blog sera bientôt fréquenté par des grandes stars internationales de la toile et que en très peu de temps tout le monde voudra ajouter ses commentaires? tu as une ligne droite vers le succès toute tracée!
    :-)

  3. PEL dit :

    Excellent billet Matt! J’ai également adoré le film The Social Network que j’ai vu assez récemment. hAha une page Skyrock.. quoi de mieux? ^^

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