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En perspective, les rails se touchent à l’horizon…

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rails

Ils ont bien l'air de se rejoindre

Nouvelle participation de ma part au sympathique blog-carnival “À la croisée des blogs”, qui a cette fois pour thème « changer de perspective », proposé par Mona Lisa du blog le bonheur pour les nuls. Voyons de quoi il retourne.

Parmi les compétences qui décident fondamentalement de ce que vous ferez de votre vie, l’une me semble dominante. Appliquée à l’humain, elle porte le doux nom d’empathie. En physique, elle est désignée sous le vocable de relativité. Dans la vie courante, on l’appelle le recul. Il s’agit globalement de la capacité à changer de point de vue. Changer de perspective, pour voir si, en brisant des regroupements artificiels que l’on perçoit depuis une situation, on n’accèderait pas à une compréhension globale de ce qu’on ne percevait que localement.

Imaginez quelqu’un qui, du haut de notre dame de Paris, observerait un quasi-alignement entre la gare d’Austerlitz, la ville de Lyon et Tripoli, et en tirerait des conclusions liant la Seine, le saucisson chaud et les palmiers… Nous lui suggèrerions de changer de point de vue, probablement. Et pourtant, à l’instar de ceux qui tracent des dessins dans le ciel à l’aide d’étoiles sans les voir en profondeur, nous faisons bien souvent appel à des mécanismes « de projection » transformant l’objectif (relatif à l’objet) en subjectif (relatif au sujet).

Changer de perspective sur les autres

Triangle de Penrose

Cliquez pour voir comment le triangle de Penrose est possible dans la vraie vie…

La démarche est simple, toujours la même, et pourtant très difficile pour beaucoup. Par exemple, il semble impossible en première analyse qu’il existe un objet tel que celui de l’illustration de droite dans la réalité. Pourtant, il est très aisé à construire. Cliquez sur cette image pour concevoir comment un changement de perspective vous éclairera sur la globalité  de l’objet en question. De même, dans la vie courante, il arrive de croiser des gens dont vous ne saisissez pas la logique, ou des ensembles humains dont la cohérence vous échappe. Les comprendre impose d’abandonner la subjectivité (perspective issue du sujet, c’est à dire votre pomme) pour aller vers l’objectivité (vers l’objet, donc), en vous plaçant mentalement dans un « simulateur » qui s’efforcera de vous mettre à la place de la personne, par exemple, dont la logique vous semble pour l’heure étrangère, puis d’un tiers. Cela est valable aussi pour comprendre pourquoi les gens ne vous perçoivent pas tel que vous vous ressentez de l’intérieur. Comment vous analyseriez-vous si tout ce que vous saviez de vous était ce que les autres peuvent en percevoir ?

Une partie importante de la sagesse et de la connaissance consiste à ne plus vouloir transformer les gens en ce qu’ils ne sont pas, mais à accepter ce qu’ils sont, à comprendre leur expérience de vie.
Fun-Chang

Pour saisir la pensée de l’autre, vivez cent vies. En imagination au moins. Les vilains PNListes parmi vous exprimeront cela en par « la carte n’est pas le territoire », ce en quoi je suis d’accord (avec la citation, pas avec la PNL !!)

La progression historique, de même que celle de l’enfant, va toujours dans le même sens : de la superstition à l’animisme puis à la rationalité, du géocentrisme à l’héliocentrisme puis à la relativité, on commence toujours par penser qu’on est le centre de l’Univers, que tout est fait en fonction de nous, par rapport à nous et en cohérence avec ce que nous percevons de nous-même. Jusqu’à ce qu’on réalise que chacun, de chaque endroit et de chaque mode de pensée, en fait autant. Alors, pour accéder à une image cohérente du monde et des autres, on construit l’objectivité.

Entendons-nous bien : comprendre n’est pas juger, ni excuser. Comprendre, c’est tirer les leçons de l’histoire (de l’expérience personnelle autant que de l’étude de la révolution française ou de la vie des pharaons) : les mêmes humains (vous croyiez que votre naissance avait marqué l’arrivée sur terre de quelque chose de nouveau et unique ? Sérieusement ?), dans les mêmes situations, peuvent reproduire les mêmes comportements, tout simplement. C’est se demander « quelle est l’histoire de l’autre ? Comprend-il, depuis sa situation, la même chose que moi ? Comment dois-je m’attendre à ce qu’il réagisse, d’une manière cohérente avec ce que je sais ? » Ce n’est guère sorcier, c’est une gymnastique à acquérir.

Changer de perspective sur soi

De la même manière, on croise beaucoup de « grands incompris », de gens se désolant que malgré leurs intentions si pures, le monde extérieur, c’est à dire un gigantesque complot de grands méchants, se donne le mot pour épier le pauvre bougre ou la pauvre bougresse et construire leur vie autour de ce qui peut le ou la rendre malheureux(se). Si, si, j’en croise plein. Croyez-vous sincèrement que ces gens prennent la peine de se demander ce qu’on perçoit d’eux, ce qu’il dégagent, ce qu’ils expriment ? De se mettre à la place des extérieurs, avec une vie centrée sur d’autres choses que sur « l’incompris(e) », et de se demander quels signaux ils ou elles émettent, et lesquels ils/elles n’émettent pas ?

Un très simple changement de perspective pourrait améliorer de manière incroyable la vie complète de beaucoup de gens qui ne savent regarder que leur nombril.

Changer de perspective sur la vie

Enfin, le recul est essentiel pour savoir où l’on est et où l’on va, donc le chemin qu’il convient de prendre. Comment voyais-je ma vie avant ? Comment verrais-je ma situation actuelle et mon futur dans un an, dix ans, cinquante ans ? Quels autres choix sont possibles ? D’autres gens vivent-ils différemment ? Cela leur réussit-il mieux ? Si je m’imagine avoir atteint les objectifs que je pense actuellement désirer, serais-je réellement plus avancé ? Est-ce qu’une fois arrivé là, je ne me rendrai pas compte que les rails que je croyais s’y rejoindre sont toujours aussi éloignés l’un de l’autre ? Si vous ne vous posez jamais ces questions, vos perspectives (justement) de bonheur sont peut-être assombries.

Les risques du jugement selon sa perspective

Je finirai avec une petite réflexion sur les problèmes que pose le jugement selon sa propre personne, c’est à dire avec une information limitée. Être le justicier du feu rouge, en plus d’être généralement une connerie, est parfois une erreur. Lorsque vous n’avez aucune information vous permettant de changer de perspective, de vous mettre à la place de l’autre pour estimer du bien-fondé de son action, il vous faut estimer l’intérêt d’effectuer un jugement et ce que vous perdez en lui laissant le bénéfice du doute. Parfois, votre propre situation vous amène à défendre votre propre bifteck, sans vous soucier d’autrui. Et c’est plutôt normal, en fait (dans certaines limites). Mais lorsque vous pouvez vous priver de juger, c’est souvent une bonne idée.

Petite histoire totalement vraie de justiciers mal inspirés : un de mes amis transportait dans sa voiture un de ses copains sur la route des vacances, du côté de Millau avant le viaduc (il y a quelques années donc). Ce dernier avait besoin d’une dialyse régulière, et avait fait acheminer son appareil sur le lieu de vacances, où il a semblé difficile d’arriver en temps et en heure une fois le bouchon de Millau avéré. Appelant la police et les pompiers (vive les téléphones portables), ceux-ci ont expliqué être de peu d’utilité, vu le temps qu’il leur faudrait pour arriver dans ces circonstances, et leur ont donné l’autorisation de passer par la bande d’arrêt d’urgence (histoire de dialyser le pauvre homme avant qu’il ne passe de vie à trépas, ce qui aurait fait négligé sur la banquette arrière de mon ami). Figurez-vous qu’ils ont passé autant de temps à expliquer la situation à chaque justicier mettant sa voiture en travers pour leur bloquer le passage qu’à rouler. Rassurez-vous, l’histoire se termine bien, ils sont arrivé à temps, mais il ne s’en est pas fallu de grand chose.

Concluons sur une petite parabole

Deux anges, un confirmé et un stagiaire, étaient descendus sur terre sous les traits de deux vagabonds. Le premier soir, ils frappèrent à la porte d’une maison en demandant l’hospitalité. Le couple qui les reçut était très pauvre, mais partageât pourtant son repas avec les vagabonds et s’organisa pour leur offrir un lit. Durant la nuit, la mort emportât leur âne, qui était leur unique richesse, et lorsque les vagabonds repartirent le matin, ils laissèrent un couple effondré.

Le second soir, les vagabonds frappèrent à la porte d’une riche demeure, dont le maître, avare et mesquin, acceptât après maintes discussions de leur laisser s’installer pour la nuit dans l’étable adjacente à la maison, avec un peu de pain sec et d’eau. Avant de repartir, l’ange confirmé rebouchât une fissure dans le mur de l’étable mitoyen avec celui de la maison.

Reprenant leur chemin, le stagiaire, n’y tenant plus, lançât à son maître des reproches. « Je ne comprends pas pourquoi vous avez laissé la mort emporter l’unique richesse de ceux qui se sont montré si généreux avec nous tandis que vous rendez service à celui qui fût si frustre. »

Son maître de stage lui répondit : « La première nuit, la mort venait prendre la femme, malade. J’ai négocié avec elle pour qu’elle emporte l’âne à la place. Dans la fissure de la seconde maison se trouvait de l’or qui y fût caché par l’ancien propriétaire. Je l’ai rebouché pour que le propriétaire de cette maison ne trouve point cette richesse. »

En changeant de perspective, on voit parfois très différemment…

15 commentaires

  1. Joël dit :

    Très bel article emplis de tolérence: j’en reste sans voix.
     
    Bouillon de Poulet pour l’âme, quoique souvent niais, donne de beaux exemples comme ceux qui sont cités.

    • Matt dit :

      Merci pour le compliment ! :)

       

      Je ne connaissais pas le livre que tu cites (en même temps, il n’est pas très naturel pour un végétarien de se jeter sur un bouillon de poulet…) J’y jetterai un œil à l’occasion, merci !

  2. Raphaël dit :

    Si ce relativisme permet de mieux appréhender le monde – et devrait être un réflexe pour tout à chacun – il entraîne parfois un excès connu sous le nom de couillemollisme. De suspendre son jugement pour changer de perspective, on en passe à suspendre son jugement pour l’éternité « Parce que dans le doute on sait pas. »
    Un relativisme forcené est une balafre de la subjectivité.

    • Raphaël dit :

      Pour compléter, je dirais que le jugement est une chose nécessaire. C’est une base qui permet justement de se décentrer pour explorer un autre point de vue.
       
      Le couillemollisme prend prétexte de la relativité de tout pour ne plus juger de rien. De la paresse déguisée en tolérance. De l’amour de l’indistinct se prenant pour un amour de l’autre.
       
      Il n’y a rien de plus exécrable que les conversations qui se finissent par « Tu sais, les goûts et les couleurs … »  » On est toujours le con d’un autre … « 

      • Matt dit :

        Ah, un contradicteur ! Je n’en attendais pas moins de toi.

        Je suis d’accord avec toi, cela pourrait (devrait ?) faire l’objet d’un second article, tant il est vrai que la clé du monde ne réside pas dans les principes mais dans l’équilibre qu’on est capable d’établir entre eux, car il s’en trouvera toujours un pour contredire l’autre. (Tiens, je vais me la noter comme auto-citation, celle-là… ;-) )

        L’exercice de style était d’écrire sur le thème du mois, « changer de perspective ». Mais le jugement est chose souvent nécessaire. Plus que couillemollisme, je te proposerai de le considérer de manière plus neutre et opérationnelle – car déchargé de sa dimension émotionnelle, qui pourrait t’amener à « juger pour prouver que tu en as deux, voire deux et demi » – comme simplement du pragmatisme (en ce que la nécessité d’émettre un jugement s’oppose à un « théorisme » dont le but sous-jacent serait d’éviter de prendre toute responsabilité, une sorte d’assurance contre l’erreur.)

         

        Bon, je l’écris, ou c’est toi ? ;)

        • Bertrand dit :

          Remettre en question son point de vue ne s’apparente pas à du « couillemollisme », cela permet juste de se donner la chance de considèrer son point de visée sous le meilleur angle. Une perspective c’est un point de vue d’ou l’on considère un point de visée. On peut changer à l’envie le point de vue, l’important c’est de garder bien en tête ce que l’on vise. D’autre part remettre en cause le point de vue permet quelque fois de trouver un chemin plus adapté. Surtout, il faut éviter de perdre de l’énergie à juger. Le jugement ne sert souvent qu’à  protèger son opinion sous la chape de l’intransigeance.

          • Raphaël dit :

            Je suis d’accord avec l’idée que le jugement sert parfois à se protéger. C’est d’ailleurs en ca que relativiser est une bonne chose. C’est même le dialogue de ces deux pôles qui est fécond.
            Pour reprendre la parabole de Matt, le jugement n’est pas exclu. Si l’ange ‘stagiaire » (Mon dieu, qu’il y aurait à dire sur ce vocable d’entreprise) a pris le temps de changer son point de vue, il en a quand même conclut qu’il avait tort et que les actes de son tuteur avait un sens. Le jugement, autrement dit la rationalité n’a pas été abandonné. Le sens, et ce qui en découle, la hiérarchie n’est pas abandonné. Il ne s’agit pas d’un flou indistinct. Et on ne peut pas dire que son nouveau jugement sert à se protéger.

        • Raphaël dit :

          Désolé du temps de réponse :)
          En fait je ne voulais pas parler de pragmatisme. Ce que je cherchais à mettre en avant (à ma manière, qui ne facilite en rien la communication, haha), c’est de se méfier de ce discours de relativisme. S’il est pétri d’une bonne intention, il a aussi un revers négatif. Les mêmes mots recouvrent la volonté d’ouverture au monde, la capacité à vouloir comprendre l’autre, la remise en question et la paresse de jugement, de réflexion, voire, dans les pires des cas, l’absence de subjectivité et sa revendication.
           
          J’irais même plus loin dans le pessimisme : en général, ceux qui énoncent ce discours, à savoir prendre le temps d’essayer un autre regard, sont ceux qui ne le pratiquent pas. L’énonciation de ce discours est plus le masque de la paresse qu’une réelle volonté de changer son discours. Il y a des exceptions, tu en fais parti, sinon je ne m’embêtrais pas à parler de ca ici :)

          • Raphaël dit :

            En signant son stage au sein du catholicisme, l’ange s’était demandé s’il faisait un bon choix. C’était une entreprise en perte de vitesse. Les chiffres des fidèles n’étaient pas bons. Il y avait toutefois vu l’opportunité de ne pas trop bosser au sein d’une structure qui jouissait encore d’un certain prestige.
            Les modalités du contrat lui avaient paru étranges. Où il s’attendait à avoir 35h à faire, on lui avait dit qu’il sillonnerait le monde avec un tuteur. Il avait souri devant ces méthodes d’entreprise dépassées, il s’était même dit qu’il pourrait proposer une amélioration du système. L’idéal aurait été un équivalent du Mur des Lamentations, sorte de call center gigantesque où chacun déposait ses demandes. L’idée d’églises disséminées à travers le territoire était aussi lié à un modèle qu’on pouvait qualifier d’archaïque. Il fallait aussi explorer les nouvelles technologies, toujours dans une optique de centralisation. L’idée de spiritualité derrière son écran serait difficile à faire passer au début, mais s’il était engagé, il avait l’éternité devant lui.
            Dans son contrat était dit qu’il était soumis à une sorte de veille. On pouvait l’appeler à n’importe quel moment pour accomplir un miracle. S’il avait d’abord été gêné par ce surcroit de travail non payé, son tuteur s’était chargé de le rassurer : Ca n’arrivait que rarement.
            C’est principalement après ses excursions, quand il déposait son auréole et ses ailes dans son casier – malgré qu’il soit stagiaire, il avait un casier à son nom. Il se sentait flatté ces petites marques d’attention. Il aimait l’idée que cette multinationale prenait le temps de prendre soin de chacun de ses collaborateurs. Quand il déposait ses ailes et son auréoles, donc, il méditait aux bénéfices qu’il pourrait apporter à cette société trop attachée aux traditions pour être rentable.

        • Matt dit :

          Au fait, j’avais fini par l’écrire, cet article. :)

  3. Take-Elite dit :

    Quoi t’es végétarien!!! L’homme n’est pas arrivé au sommet de la chaîne alimentaire pour manger de la salade! LA VIANDE C’EST TROP BON!!! Je mange tout ce qui a des pâtes surtout les carbonaras!
    Trêve de plaisanterie, pourquoi dis-tu que la citation de la PNL  « la carte n’est pas le territoire » n’est pas vrai?  ÇA rejoint pourtant ton point de vue: quand on regarde une carte on ne voit qu’une représentation du territoire pas le territoire.
    C’est complètement dans la même idée que le tableau  » la trahison des images »  de rené Magritte ( c’est celui ou il y a une pipe et en légende  » ceci n’est pas une pipe »)

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