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De la spécialisation

Coup de pied au cul

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Vous avez la possibilité de devenir homme-orchestre de votre vie

Du fait de ma nature énergique et passionnée, il m’est naturel de m’intéresser à tout un tas de domaine, de projeter de m’y investir afin d’y progresser, puis de me retrouver à découper les semaines en 12 jours, les jours en 37 heures et les heures en 76 minutes pour plier mon programme. Et ensuite de me fustiger de ne pas m’être spécialisé dans tel ou tel domaine, dans lequel je serais alors à l’heure actuelle probablement très pointu. Si tant est que ce soit la définition du bonheur : « être très fort dans un domaine, quel qu’il soit ».

Touche-à-tout, « scanners » et blogosphère

J’avais donc naturellement vocation, entre d’une part une sincère volonté de ne pas me limiter à un seul pan d’une vie que, selon moi, on n’expérimente qu’une fois, et d’autre part quelque forme de jalousie trouble que je tente de dissimuler à l’égard de ceux qui récolte les fruits sucrés du choix consensuel de spécialisation qu’ils ont effectué il y a bien longtemps – ou que d’autres ont fait pour eux – j’avais vocation, donc, à traiter du sujet de la spécialisation dans ce blog. Je me suis fait coupé l’herbe sous le pied par le blog à succès « Révolution Personnelle » il y a quelques temps, avec un intéressant article procédant de l’apologie du « touche-à-tout-isme », rebaptisé « scanning » à la mode anglo-saxonne (vous connaissez le développement personnel…) Cet article a valu à son auteur un vif succès, mérité, mais vous me connaissez, je suis du genre à retraiter tout de même le sujet à ma sauce, étant par essence contre ce qui est pour (et inversement).

Avantage d’être un spécialiste

Lorsque je rencontre Alfred Dupont qui a bossé comme un dingue depuis l’école primaire, qui a passé son adolescence dans un bouquin de math, qui est devenu polytechnicien, a les honneurs et la gloire, et laissera peut-être son nom dans l’histoire (car il devient de plus en plus pointu, ça n’a pas changé), je me reproche parfois d’avoir trop butiné. Ce sentiment de petitesse peut aussi m’étreindre lorsque je croise Myriam Durand qui a été, sous l’égide de ses deux parents concertistes professionnels, initiée dès la naissance au solfège, qui a plié le conservatoire dans trois instruments avant d’avoir son BEPC, et qui bosse écoute, placement rythmique et virtuosité 15 heures par jour : elle peut faire en quelques minutes des choses dans le domaine musical que je ne puis imaginer accomplir qu’en x années d’acharnement intensif.

Il y a en effet moult avantages à passer sa vie  sur un domaine et à mettre tous ses efforts dans une seule direction :

  • Vous entrez de plain-pied dans la compétitivité qui sert tant la société qui vous nourrit, et qu’elle met tellement en avant. Si un animal social a besoin de se sentir utile, imaginez le sentiment de plénitude qui se déverse dans le super-performant qui est, par là, super-utile.
  • Certes, en tant que méta-organisation, la dite société se soucie autant de votre bien-être que moi de celui de mes globules blancs – qui font pourtant partie des cellules qui me constituent – lorsque je les envoie au combat pour défendre l’immense majorité des autres cellules qui me définissent. Néanmoins, l’organisation en question, cohérente, saura vous récompenser pour ce choix qu’elle a encouragé en flattant votre ego. Vos collègues de bureau vous admireront, votre chef vous aura à la bonne, le public vous aimera, les médias vous encenseront, le sexe opposé (ou le même selon vos goûts) vous fera des yeux de merlan frit. A l’exact inverse de celui au comportement marginal, vous serez aimé. Le bonheur social, c’est essentiel, pour l’homme.
  • De par votre entrée précoce dans la logique compétitive, vous accédez au jeunisme tant développé de nos jours. Oui, c’est dès la maternelle qu’il faut vous spécialiser. Tous les recruteurs préfèrent embaucher des jeunes recrues sortant de l’école et ayant effectué un stage chez eux qu’un vieux plein d’expérience(1). On ne croise pas aisément de champion olympique de gymnastique de 53 ans. Si Mozart avait commencé à composer à 48 ans et était mort à 75, en laissant la même œuvre derrière lui, on s’en cognerait nettement plus. Dans le temps, on disait qu’en Occident on pleurait plus la mort d’un enfant que celle d’un vieillard car une potentialité s’éteignait, alors que c’était l’inverse en Orient car une masse de savoir disparaissait. Maintenant, les extrême-orientaux, qui sont devenus les plus spécialisés et compétitifs qui soient, sont tellement « jeunistes » que même dans leur imaginaire collectif, véhiculé par les mangas et les anime, les sauveurs du monde ont toujours 12 ans. Ressemblez-donc à des héros !
  • Enfin, et surtout, c’est facile. Toujours aller dans la même direction, ne jamais lever la tête hors du guidon, ni se remettre en question, ni apprendre avec l’humilité du débutant un domaine sur lequel vous ne connaissez rien et qui nécessite d’intérioriser de nouveaux mécanismes mentaux avant(2) de commencer à établir des passerelles avec d’autres domaines pour tenter de créer une pensée nouvelle, différente, personnelle. Vous n’avez pas à réfléchir, ni à prendre de décision. Malgré le fait que vous investissiez toute votre énergie dans votre boulot ou dans votre unique passion, vous vous reposez grandement la tête. Courir tous les jours une heure et demie le plus vite possible, contrairement à ce que pensent les non sportif, ce n’est pas si dur que ça mentalement, si vous ne faites que ça de votre vie et qu’elle est toute entière organisée dans cette direction. Passer son temps au labo et aller briller dans colloques, sans autre but dans la vie, n’est pas si épuisant mentalement que ça. Bien moins qu’apprendre et s’adapter en permanence.

Un peu trop facile…

Néanmoins, à vaincre sans péril, on finit parfois par triompher sans gloire. Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit. J’ai un immense respect et une admiration sans borne pour les grands génies qui ont traversé l’histoire et on fait notre savoir et notre culture. De Mozart à Rodin, de Galilée à Oscar Wilde, de Van Gogh à Einstein, d’innombrables grands nous illuminent. Notez d’ailleurs que tous n’étaient pas des spécialistes, à ce propos. Bref, par contre, être simplement « bon » dans un domaine est une assurance si vous ne passez votre vie qu’à travailler celui-ci. Pas de quoi se mettre la rate au court-bouillon ? Si, tout de même : tant de gens n’ont l’énergie de rien sur terre, n’aspirent qu’à attendre entre leur bureau et un plateau-télé-Star Ac leur prochain mois de vacances allongés sur une serviette au bord de l’atlantique à ne rien foutre, que toute personne faisant preuve d’une énergie continue et « productive » est digne de respect. Mais tout de même, vous ne m’ôterez pas de l’idée que c’est facile. Je citerai ici un grand génie – et un grand généraliste s’il en est :

On ne peut appeler maître celui qui ne fait bien qu’une tête ou une figure. Certes, ce n’est pas une prouesse, qu’étudiant une seule chose toute sa vie, on parvienne à quelque perfection; mais nous, sachant que la peinture embrasse toute la création et les opérations accidentelles des hommes et tout ce que peuvent saisir les yeux, nous estimons un triste maître celui qui n’a qu’un genre.

Léonard de Vinci, Traité de Peinture

Il faut nécessairement que les ultra-spécialistes y perdent quelque chose en route, donc.

La vraie nature des généralistes

Les généralistes, de par leur nature profonde qui les empêche d’être satisfaits sans continuer à explorer inlassablement le monde et ses multiples facettes, acquièrent nécessairement une chose qui fait défaut aux spécialistes : la vision d’ensemble. « The full picture ». La capacité d’empathie entre différents humains qui ne se comprennent pas entre eux(3). Ils sont les seuls à avoir l’idée, à partir d’un spécialiste de la roue, d’un maître du moteur, d’un champion de la direction et d’un pro du GPS, de les associer pour faire une voiture afin d’aller quelque part. Ce sont les vrais chefs, les seuls qui devraient pouvoir exercer ce rôle. Si une quête du sens de la vie doit être menée, eux seuls ont une chance de l’accomplir.

Ils accèdent eux aussi à une plénitude. Pas celle que nous avons déjà évoquée dont jouissent les spécialistes. Celle-là est d’abord externe, elle vient de l’image que leur renvoie autrui. Non, il s’agit-là d’une plénitude intérieure. Ils savent qu’ils vont probablement moins loin en sciences, littérature, psychologie, sociologie, musique, peinture, sports, culture historique et compréhension politique, langues vivantes, jeux de réflexion, finance, philosophie, capacités sociales, exploration du monde, etc. que les spécialistes de chaque domaine. Mais ils jouissent de leur compréhension globale, de la vision des relations entre tous ces domaines, du sens général du tableau qui s’en dégage. Et par dessus le marché, ils ont la capacité de diriger l’ensemble vers un tout cohérent.

Le revers de la médaille

homme-orchestre

Le généraliste auréolé de gloire…

Je suis plutôt pragmatique dans mon approche : je m’estime simplement être un passionné de la vie. Ce qui a pour inconvénient que si je fais une partie de ping-pong, je vais avoir envie de m’entraîner pendant cent heures à taper dans la balle – et je vais même le faire ; si le lendemain on m’entraîne dans un baptême d’ULM, je m’inscris pour passer ma licence (un de mes prochains projets). Et ainsi de suite. Voilà comment on se fait parfois traiter d’hyperactif, un mot très à la mode, qui désigne pourtant la maladie de quelqu’un obligé de changer d’activité toutes les cinq minutes parce qu’incapable de rester concentré, et donc qui ne peut accomplir aucun but ; j’estime au contraire achever beaucoup de mes objectifs. Mais je reconnais que c’est dur, que ça a pris du temps et que ça foire parfois. Là réside le défaut de la cuirasse.

Dans l’article que je vous ai cité en introduction, il me semble sentir l’utilisation de la nature de touche à tout comme excuse pour tout commencer et ne rien finir. D’un coup, tout glandeur sans énergie, sans projet mais bourré de rêve qu’il fantasme le cul dans son canapé se  trouve bombardé du qualificatif de « touche à tout », auquel il est « journalistiquement » si tentant d’accoler « de génie » qu’il doit s’en trouver tout soulagé de ne rien faire de sa vie. Ce n’est pas ainsi que je vois les choses.

Être touche à tout est pour moi l’inverse d’être dilettante : cela nécessite au contraire plus d’énergie et plus d’excellence qu’être spécialiste. Il ne s’agit donc pas là d’un prétexte pour être de bas niveau en tout !! Sans être le meilleur dans chaque domaine, cela implique d’être suffisamment avancé pour construire des projets et pour créer. Sinon, ce n’est pas la peine de se déplacer. Être touche à tout, au fond, est une grande chance : c’est posséder toute sa vie l’énergie et la curiosité de l’enfant, les cultiver et les chérir. Mais on sait tous que le dit enfant doit apprendre à canaliser son énergie. Sans nécessairement se spécialiser.
Comme je l’écrivais en conclusion d’un de mes commentaires sur l’article au sujet des « scanneurs » : la vie est riche, bordel, non ?

Et je signais Matt, astrophysicien musicien sportif écrivain jongleur magicien fêtard entrepreneur… Mais j’en oubliais tant(4).

La vie est belle : si vous le pouvez, profitez de toutes ses facettes. Même si ça présente quelques inconvénients.


(1) Il risquerait d’avoir un regard plein de recul sur les pratiques de l’entreprise, tout en faisant payer le juste prix de sa compétence, l’outrecuidant.

(2) J’insiste sur le « avant », car j’en connais qui débarquent dans un domaine dont ils ignorent tout et tentent de le réduire à ce qu’ils sont déjà capable de comprendre, avec une absence de succès qui les frustre.

(3) Mettez un universitaire et un salarié du privé dans une même pièce, servez un verre et attendez. Vous verrez ce que c’est que deux personnes qui vivent au même moment, dans la même ville, dans la même classe sociale, et qui sont incapable de se comprendre même sur l’organisation de la société à laquelle ils appartiennent tous les deux.

(4) Entre autres parce que le but de ce blog n’est pas de vous raconter ma vie, et que lorsque je le fais, c’est soit pour donner un exemple particulièrement précis, soit pour légitimer ma compétence à l’ouvrir sur un sujet donné.

34 commentaires

  1. Bravo, j’adore cet article ;) ! L’image au « Revers de la médaille » est excellente.
    Belle réflexion en tout cas, je me sens aussi de cette nature que tu décris, touche à touche tenace.
    Romain
    PS : Ecris ton ebook toi aussi ;)

    • Matt dit :

      Merci ! Je vois tu tu es fan du vieil homme-orchestre qui se transformait en feu d’artifice ambulant… ;-)

      Et merci aussi pour cette formulation : « touche-à-tout tenace ». J’achète ! :)

       

      Enfin, je suis persuadé qu’écrire un bouquin m’emplirait de joie. Mais c’est un gros projet, tout de même. Il faut qu’il vienne en son temps. D’un autre côté, si je ne me fixe pas de jalons, ce n’est pas gagné…

       

      NB : bonne idée, le blog de math, tiens ! Et puis, pour le coup, tu ne risques VRAIMENT pas de manquer de matière un jour… ;)

  2. Riamh dit :

    Le monde est si vaste, il y a tant de choses à découvrir… et on me dit « ouais, mais attends la retraite, c’est fait pour ça! » Moi je préfère leur répondre que s’ils veulent attendre le moment où ils n’auront peut-être plus les moyens (physiques, intellectuelles, financiers, peu importe, sans compter qu’on peut aussi mourir avant la retraite et là, ce serait bien ballot!) pour faire tout ce qu’ils pourraient faire aujourd’hui avec un peu de motivation, d’énergie… c’est leur affaire.
    J’ai eu aussi cette impression (pas forcément sur le site de JP) que n’importe qui pouvait plus ou moins s’estampiller « scanneur » s’il s’intéressait (et encore, facile à dire qu’on s’intéresse à tel ou tel truc!) à tout et ne faisait pas forcément grand-chose à propos de ça…
    Le côté girouette qui ne fout rien dépend aussi de l’état émotionnel. Il y a des moments où on se sent presque sans limite, on a envie de tout faire, et on y parvient (dans une moindre mesure, n’exagérons pas!), et d’autres où c’est plus difficile, parce qu’il faut nécessairement faire un choix et qu’au final on ne sait pas par quoi commencer. Mais cet état psychologique ne dépend pas forcément de notre nature de « généraliste ».
    Il est clair que certains vont trouver une excuse parfaite à leur dilettantisme (j’ai toujours eu un problème avec l’orthographe de ce mot.) Le principe du Scanneur me semble être à la mode en ce moment (et on va arriver à 50% de la population dans la catégorie de ces êtres mal compris qui ne peuvent pas se spécialiser.) En tout cas, ce genre d’article m’a fourni pas mal de réponses.
    J’ai lu le livre de Barbara Sher (une bonne partie de ce qu’on trouve sur les généralistes vient de là, on dirait.) et il y a quelques idées intéressantes… Mais avoir un mode d’emploi du scanneur (comment le brancher, l’installer sur l’OS et et le relier au monde XD) me laisse un peu perplexe. C’est mon côté « si c’était aussi simple… »
    On peut être généraliste, scanneur, touchatou, chercheur en tout spécialiste en rien, il faut avoir cette curiosité et l’énergie de mettre cette curiosité en marche… Et que si ça emmerde les autres, ben c’est eux que ça emmerde, hein…
    Leonard de Vinci redevient du coup, un peu à la mode aussi. Je vais pas me plaindre, j’aurais aimé le rencontrer, hein.
    Ouuuuh je ne sais plus ce que je voulais dire au début, en fait… et je ne suis même plus sûre que mon commentaire est pertinent, là… Ahem.
    Je vois deux choses, pour le moment, à propos de la tendance qu’a le concept du scanneur de se développer sur le net. Cela va peut-être encourager les généralistes à continuer dans leur recherche du tout, peut-être amener les spécialistes à se poser des questions. Mais j’ai aussi vu pas mal de réponses négatives du type « Ouais, en gros c’est une excuse pour ne rien ficher! » ou bien « Ouais alors quand moi je lis, en en-tête, TrucMuche, auteur, journaliste, botaniste, blablablabla, et bloggueur, ben moi je vois une chose: NUL EN TOUT! »
    Ce jugement est, je trouve complètement abusif. Mais il est vrai qu’on peut avoir du mal à trouver un emploi quand on a un parcours atypique… Alors la révolution, elle n’est pas nécessairement personnelle, mais plutôt globale, sociale. Qu’on cesse de nous prendre pour des ratés qui ne savent rien faire, alors qu’on a énormément de capacités, de compétences, de connaissances, d’expériences diverses, et une vision globale et outside-the-box.
    Tu peux signer « Matt, astrophysicien musicien sportif écrivain jongleur magicien fêtard entrepreneur… », dans ce monde, je trouve ce titre absolument délicieux.

    • Matt dit :

      Merci pour ce long et intéressant commentaire !

      – Oui, tu as raison de le préciser : la vie peut s’interrompre strictement n’importe quand, et n’est dans tous les cas pas constante dans ce qu’elle t’apporte, donc ce que l’on repousse à plus tard doit toujours être soigneusement analysé (sous réserve que ce report ne soit pas un prétexte, ce qui est déjà bien rare).

      – A propos de l’estampillage facile de « scanneurs » de tous les branleurs de la planète, je ne saurais être plus d’accord avec toi. Je te renvoie aussi à ce que j’ai répondu à Martin (plus bas, oui, je sais, j’ai répondu dans le désordre) sur les « généralistes purs » et les « généralistes avec uns spécialité ».

      – Je ne connais pas le bouquin de Barbara Sher, mais je veux bien des infos. :)

      – Tu as tout à fait raison, le net est peut-être la salvation du touche-à-tout « ordinaire » (c’est un peu ce que dit Piotr – plus bas, encore) et cette évolution est très intéressante (elle peut faire contrepoids aux profs identifiant certains individus « incapables » car pas dans le moule systématique)

      – Merci pour ma signature, je la replacerai volontiers si je ne la trouvais pas si pédante. :)

  3. chantal dit :

    bonjour Matt
    Je viens de lire ton article et d’apprendre que je suis une scanneuse!! et je ne suis pas la seule!!
    je n’ai rien contre la specialisation, heureusement qu’il y en a (notamment pour nourrir la curiosité insatiable des scanneurs) mais je lis avec envie l »epoque des anciens grecs ou celle de la renaissance ou des artistes et savants etaient capables de faire des découvertes par l’application de plusieurs disciplines et je trouve que cela manque à notre époque.
    car meme si j’avoue que ce trait de caractere me derange par moments me faisant passer par des phases hautes hyperactives et des phases basses ou je  pense a la chanson de fugain « je n’aurais pas le temps de visiter un si grand univers » et donc une insatisfaction inguérissable, je pense que cela apporte une ouverture d’esprit, une tolérance et une meilleure adaptabilité.
    alors tant pis pour les phases basses, et profitons de la vie au maximum!

    • Matt dit :

      Bonjour Chantal,

      Oui, c’est purement mécanique : plus personne maintenant ne peut seule maîtriser toutes les disciplines, à cause des (grâce aux ?) progrès énormes réalisés (entre autres par les spécialistes) dans chacune d’entre elle. C’est pourquoi j’ouvre la porte au côté « chef de projet » que l’on peut investir (dans la vraie vie, pas uniquement dans la vie professionnelle).

      Mais tout de même, on peut avancer loin dans pas mal de sens si l’on s’en donne les moyens. L’énergie n’est pas une vertu partagée équitablement, c’est le moins que l’on puisse dire. Alors, comme tu dis, profite de la vie au maximum ! :)

  4. Olivier dit :

    Je me retrouve dans cette description des scanners.
    Toutefois, sans aller jusqu’à être spécialiste, j’estime que l’activité pro doit être accompagnée d’un minimum de compétences. En fait, je crois qu’on sous-estime l’intérêt qu’il y a à faire plusieurs choses en parallèle. Elles s’alimentent les unes les autres, c’est particulièrement visible dans les métiers intellectuels où les activités annexes nous apportent souvent des idées, nous rafraîchissent l’esprit et sont finalement bien plus utiles que de rester bûcher en continu.
    La différence principale, à mon sens, est de s’adonner à ses passions sans se cantonner au seul loisir. Et finalement, on a tous le temps de faire ça dès lors que l’envie y est.

    • Matt dit :

      Nous sommes d’accord : toucher à beaucoup de chose n’est pas une excuse pour ne pas développer de compétences solides et pour ne rien accomplir. Et en effet, lorsque l’envie vraie, qui s’accompagne immanquablement d’énergie, y est, on peut accomplir des choses variées avec de multiples casquettes. :)

  5. Piotr dit :

    De toute facon, le touche a tout est la tendance generale car de par sapropension a faire des recoupements entre differents domaine, sa pensee en est plus elastique et il peut s’adapter a un environnement qui evolue rapidement en changeant de paradygme… un specialiste sera perdu si on lui hote ses ornieres.
    J’etais souvent bon en tout (sauf la flute :P) mais excellent en rien… ayant du mal a m’interesser et a m’investir totalement dans quelque chose de force car je volais d’infos en infos… finalement, le web est ce lieu ou on fait un peu de tout et cela me convient.

    • Matt dit :

      Voilà donc l’origine de ton succès sur le web ! Pourtant, parfois, il faudrait savoir y jouer de la flûte (enfin, du pipeau), non ? ;)

       

      Oui, ta remarque est excellente : plus le monde avance, augmentant la quantité d’information disponible et la technicité de chaque chose, plus le fossé se creuse entre spécialistes et généralistes, d’une certaine manière.

  6. f dit :

    Tu serais pas un peu un scanneur?:-)

  7. NowMadNow dit :

    Article intéressant, bien intéressant :)

    NowMadNow

  8. Sandrine dit :

    Excellent article comme d’habitude. Je vais quand même « râlocher » un peu (j’adore ce terme ;) )
    Je dois dire que j’ai du mal à saisir la limite que tu fais entre les compétences « métiers » et les compétences « loisirs ».
    De plus, je ne suis pas sure qu’il soit si facile d’être expert. A mon sens, le vrai danger de l’expertise professionnelle, réside dans le fait de ne pas se laisser dépasser, par les avancées technologiques par exemple.
    Cela dit, experte… en changement, en cours de préparation pour mon dixième métier, je suis bien évidemment d’accord avec toi et Benjamin, « La vie est trop courte pour être petite » alors Carpe Diem :)

    • Matt dit :

      Râloche, c’est l’endroit pour. :)

      Il existe un domaine métier séparé de « la vraie vie » tant que tu exerces une activité salariée essentiellement alimentaire (voire accompagnée de desseins plus sombres, comme te sentir utile à quelque chose, éviter de t’ennuyer, rechercher la validation de tes supérieurs, l’admiration de tes contemporains envers ta puissance de travail et ta conscience professionnelle…) ne comblant pas spécialement tes aspirations profondes. Lorsque tu te libères (le terme est volontaire) de cet état, que ce soit parce que :

      – tu as le genre de taf consistant à être payé pour faire ce que tu aurais fait pour toi de toute façon (chercheur, musicien, sportif, artiste de variété, …),

      – tu as ta boîte ET que tu n’en est pas esclave ET qu’elle produit quelque chose qui te passionne (et donc que tu rentres toute de même dans la catégorie précédente avec quelques particularités),

      – ou bien parce que tu as atteint la liberté pécuniaire (sans contraintes ou avec, mais faibles, et correspondant pour l’essentiel à des choses relativement intéressantes en elles-mêmes),

      Alors en effet la distinction s’estompe. :)

       

      J’ai pas mal changé de métiers dans ma vie, mais 10, ce n’est pas mal, tout de même. :)

       

      Et… Merci pour « l’excellent article ». :)

      • Sandrine dit :

        Voici un sujet qui mériterait sans doute débat bien qu’il soit bien vaste…
        Pour tout te dire j’en suis réellement à mon neuvième métier, le 10ième et dernier est en construction pour le moment. ;)

  9. Merci beaucoup Matt pour le lien et les compliments que tu m’adresses ! Je ne sais pas s’ils sont mérités mais ce n’est pas le plus important.
    Apporter des idées, des solutions, des chemins différents à ceux ou celles qui ne se sentent pas toujours à l’aise dans notre société est ce que je tente de faire (et toi aussi) en partageant mon expérience. Dans mon livre, Reconquérir sa vie, j’explique comment moi, vrai scanneur, je m’en sors pour avancer et profiter de la vie. Ce n’est pas loin de ce que tu fais sauf que dans mon cas, j’abandonne beaucoup de mes projets. :)
    Alors, en grand amateur de la sieste et du dilettantisme, il me faut des astuces pour au moins atteindre certains de mes buts. Par contre, je pense que toi tu as une sacrée volonté, car on ne devient pas astrophysicien, musicien, etc, par hasard ! Ainsi, entre nous deux, existe toute la palette humaine des possibilités d’une vie. Alors, selon notre enfance, nos mentors, nos vécus, on se retrouve quelque part sur ladite palette, et puis on fait de notre mieux pour avancer.
    Chacun voit les choses à sa façon mais oui, pour moi la vie est riche, comme tu le dis avec ton franc-parler. :D

    • Matt dit :

      Bonjour Jean-Philippe,

      Oui, tu te lances dans l’aventure de booster ce que tu appelles des « scanneurs » avec un démarrage prometteur d’activités que je te souhaite couronnées de succès.

      Il est vrai qu’en dernier recours, toute analyse de la vie aboutit à un niveau où les racines des objectifs que l’on construit se résument à des motivations ontologiques (il faut bien arrêter à un moment la chaîne des « pourquoi »). Ainsi, certains auront envie de finir leur vie en ayant été aussi loin qu’il le pouvait dans l’exploration de leurs potentialités (pourquoi ? Eh ben parce que, et pi voilà) et donc vont choisir certains modes de progression, d’autres seront plus équilibrés entre progression et jouissance des fruits de celle-ci, etc., comme tu l’exprimes très justement.

  10. Martin dit :

    Coucou Matt
     
    Bon article. Je sens une pointe d’ironie quand tu parle de « compétitivité d’une société qui nous nourrit » non? Je pense qu’il faut tout de même avoir une dominante, une leitmotiv qui nous motive et nous permettra de trouver un boulot, tout en étant assez curieux. On ne peut être pro dans la physique nucléaire ou la théorie des cordes simplement en scannant, c’est évident. Par contre, j’aime comprendre, même très partiellement, le monde dans lequel on vit. Comprendre les bases de l’économie, de la psychologie, de l’écologie, de la sociologie me semble fondamental pour comprendre le monde dans lequel je vis :)

    • Matt dit :

      Moi, ironique ? Tu me blesses. :p :p :p

      Oui, une des bases du touche-à-tout, c’est de vouloir ne se sentir parfaitement idiot dans aucune des sphères du monde dans lequel il vit. C’est vraiment ce qui nous différencie de tant de gens refusant d’examiner ce qui sort de leur domaine de compétence, et qui bien souvent trouvent une défense à leurs propres yeux en dénigrant les autres domaines en question.

      L’interrogation que tu soulèves est très importante et intéressante : un « généraliste absolu » n’est-il pas souvent un pipeauteur brasseur de vent, ne doit-on pas faire plus confiance aux « généralistes avec une spécialité » ? Je laisse le débat ouvert, même si j’observe que hormis les très grands génies, ayant pu être des généralistes incroyables (on ne va pas encore se relancer sur le père Léonard, ça va faire déjà vu), il y a parmi les « généralistes purs » pas mal de guignols, ne nous le cachons pas.

  11. Martin dit :

    Sinon ton module te commentaire déconne toujours au premier clic, et le design texte blanc sur fond noir, ca me flingue mes yeux…

    • Matt dit :

      Pour le module de commentaire, je pensais que ça n’affectait que moi, flûte. Je vais voir comment corriger le problème.
       
      Heu… Vous êtes nombreux à ne pas trouver classe et distinguée, voire à estimer carrément inconfortable, l’écriture blanche sur fond noir ? Je n’avais pas encore eu de retour négatif à ce sujet.

  12. Rayden dit :

    Bonsoir Matt,
    J’ai aussi découvert le concept dans le blog de Jean-Philippe, ca ma foutu 2 grosses claques :p
    J’ai toujours était socialement épanoui mais j’ai quand même constater que j’étais assez différent de la plupart des gens au fond. Trop curieux, toujours pleins de projets dans la tête, s’intéresse a trop de choses différente mais sans jamais être foutu de tenir une route stable …
    Avec le temps je suis arrivé a canaliser un peut tout cela mais ca na pas durer très longtemps a vrai dire, j’arrive a canaliser mes émotions mais pas cette curiosité insatiable.
    Je suis prêt a l’assumer mais je n’veux surtout pas en faire une excuse et baisser les bras pour trouver un minimum de stabilité. Mon challenge et celui de chaque scanneur je pense, serait de savoir bien calibrer cette énergie débordante (en tirant tout les bénéfices possibles de cela) et du self-control qui permet de trouver l’équilibre nécessaire pour pouvoir poursuivre le combat.
    la vie est pleine d’aventures nouvelles a vivre chaque fois comme une renaissance et une redécouverte de soi, c’est la puissance même du « SCANNER » alors ne gâchons pas ce potentiel, profitons-en ;)
    Et Merci Matt pour cette article, j’en ai beaucoup appris :)

    • Matt dit :

      C’est ça, dans la vie, il y a une succession d’aventures dont il faut savoir profiter à chaque fois avec un regard neuf, mais en même temps en se débrouillant pour avoir progressé grâce aux expériences précédentes. C’est la gageure du touche-à-tout ! :)

  13. Blatterhin dit :

    Le spécialiste a trop se spécialiser dérive vers un « autisme de domaine ». Il ne voit plus que son domaine. Et surtout, il ne voit pas que les domaines sont liés intrinsèquement.
    Un domaine a plusieurs domaines qui ont plusieurs domaines, et tous ces domaines sont attachés à un domaine qui est le domaine de l’être humain ou Dieu.

    • Matt dit :

      Oui, c’est cela. Selon moi, les vrais coups de génie sont presque tous issus de l’unification dans l’esprit de quelqu’un de deux domaines auparavant disjoints. Et non l’œuvre d’ « autistes de domaine », comme tu le dis.

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