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Avez-vous les moyens d’être athée ?

Aller, un petit sujet polémique, ça ne fait pas de mal de temps en temps. La question(1) vous semble saugrenue ? Elle vous est posée par un athée qui pense que l’être (athée) n’est pas à la portée de tout un chacun. Et que si, dans le coin(2), tout le monde l’est (à la louche), c’est peut-être en recourant à un crédit aux intérêts salés. Mais je sens qu’il va falloir que je m’explique un peu(3).

Je vous propose simplement d’adopter ici un point de vue plus fonctionnaliste (et non essentialiste), ainsi qu’extra-religieux(7) (ce qui ne signifie en aucune manière anti-religieux). Nous allons donc inverser la question : qu’y gagne-t-on et qu’y perd-t-on lorsque l’on abandonne la foi en l’existence d’un être surnaturel qui serait le Grand Architecte de tout ce que nous voyons(8) ?

La vision du monde

Balayons rapidement un poncif : un des rôles initiaux de toute religion fût de proposer un modèle du monde dans lequel nous vivons, une « carte pour le territoire », comme pourraient dire les vilains PNListes, une théogonie répondant à l’essentiel des curiosités de base : qui sommes nous, d’où venons-nous, où allons-nous, d’où viennent les éclairs, dans quel état j’erre, tout ça. On ne va pas enfoncer des portes ouvertes : le matérialisme sauvage comble ce besoin largement autant que toute religion, pas de souci. Nous allons donc éviter la caricature.

Bornons-nous simplement à remarquer qu’il s’agit-là en général de modèles couplant la réalité tangible et la morale. Un phénomène, dit « naturel » dans le langage actuel(9) pourra alors y être mis en rapport avec les actes humains dans une vision très large allant des croyances purement animistes à la main vengeresse du Dieu des monothéistes, en passant par les offrandes et sacrifices offerts aux dieux des polythéistes(10).

Notons aussi que durant de longs siècles, science, religion et philosophie n’étaient pas réellement séparées par des frontières nettes, mais nourrissaient au contraire mutuellement(11). Et que même actuellement, la science reste affaire humaine(12)

Puis le matérialisme(13) que nous vivons(14) se lie étroitement au développement de la science et se nourrit de ses résultats pour évoluer et se structurer au fil des siècles. Et enfin viennent les athées, enfants du dit matérialisme, adeptes du moniste physique(15).

Depuis que des ordinateurs communiquent entre eux par fibre optique des photos en gros plan de molécules d’ADN modifiés volontairement, demandées par téléphone reliés par des satellites lancés par des fusées spatiales, il n’y a plus guère que les créationnistes pour se référer à un texte sacré pour obtenir un modèle du monde. Comme je le disais donc, passons cet aspect.

La sécurité

Ce modèle du monde, que nous venons de balayer, avait pourtant une caractéristique avantageuse : il était rassurant. Le religieux part du concept du « mouvement premier » qui met à un moment un point final (rassurant ou frustrant, c’est à vous de voir) dans toute quête de vérité. Pour le matérialiste, en revanche, tout « parce que » entraînera inévitablement un « pourquoi » plus profond, sans qu’on ait une raison valable de penser que le jeu des matriochkas s’arrête un jour et que la quête puisse donc se finir.

Mais l’aspect rassurant se retrouve dans d’autres domaines, sur lesquels la science est inopérante. Tout d’abord, en sus des phénomènes naturels que nous avons déjà évoqués, il existe couramment dans les religions (à des niveaux très divers) une forme de contrôle du destin par des êtres surnaturels, entre autre par le biais d’une morale de rétribution. Cela vous permet d’espérer un juste retour de vos actes bons, comme nous en parlerons lorsque nous évoquerons la justice. Il peut y siéger une figure paternelle, rassurante comme toute puissante(16), potentiellement bienveillante pour peu que l’on fasse ce qu’il faut pour(20).

Par ailleurs, le facteur premier d’insécurité mentale demeure l’inconnu. Et c’est là que la religion est souvent forte. L’absolu y est souvent considéré comme connu (par exemple par le biais de la révélation divine, ou simplement du fait de la foi en les textes sacrés), et les vérités y sont éternelles. L’homme est le centre de l’univers et se trouve au sommet de la création, comme nous le rappellerons un peu plus loin.

On notera au passage que l’essentiel des religions posent à ma connaissance le libre-arbitre de l’humain(21), question débattue et non conclue en science(22)

Ça fait du bien là où ça fait mal

Comme nous le faisions remarquer peu avant, ce qui est mouvant n’est pas gage de sécurité (retirez donc ses habitudes à un jeune enfant pour voir). Or s’il y a un domaine dans lequel nous apprécions d’avoir des certitudes, c’est bien celui de la morale. Se mettre à penser que ce qu’on croyait bien jusqu’ici (et qui nous vient probablement de notre milieu, de nos parents, de ceux qu’on aime et dont on n’apprécierait que peu de remettre en doute la légitimité) pourrait ne pas l’être, cette remise en cause de tout ce qu’on a été jusqu’ici, est particulièrement désagréable. Par ailleurs, se demander s’il n’y aurait pas une quelconque légitimité chez ce {$%µ*§# de voisin dont on réprouve tous les choix moraux peut s’avérer fort désagréable.

A ce niveau-là, les religions nous fournissent généralement un cadre absolu de bien et de mal, que l’on peut garder en soi toute sa vie. Elles ne nous forcent heureusement pas nécessairement à le juger, ce {$%µ*§# de voisin, mais elles nous rassurent sur les préceptes qui guident notre propre vie, qui ne seront pas remis en cause. Elles nous permettent de ne pas vivre dans le doute perpétuel et la remise en cause des divers principes moraux on se raccroche, ce qui nous permet de passer notre vie plus paisiblement, à nous occuper d’autre chose.

Dans quel sens ?

Car de toutes ces remises en cause émane la fameuse « crise du sens ». Pour un matérialiste(23), on naît sans raison, on vit sans vérité puis enfin on meurt sans suite. La vie est un phénomène émergent dont les porteurs sont « sélectionnés », comme dirait Darwin, pour la perpétuer, point(24). Avouez que c’est flippant, non ? On se retrouve avec des gens sans but, aux valeurs morales incertaines, l’esprit dans l’instant, poursuivant le bonheur fugace d’une consommation sans-cesse périmée par elle-même, ne vivant que les joies éphémères d’une finale de la Star-Ac ou d’un « J’aime » sur Facebook(25).

Couramment, d’ailleurs, le matérialisme biaise, il louvoie tel un petit enfant perdu dans le monde, immense, sans avoir d’adulte pour le guider. Il trouve des dérivatifs à ce besoin de sens qui pourrait lui être donné par des forces supérieures. On assiste alors à l’explosion des croyances superstitieuses, l’entrée de Germaine Hanselmann, dite Elisabeth Tessier, à la Sorbonne(26), l’installation avec pignon sur rue des laboratoires d’homéopathie et autres consultations de voyantes. Ne croyez à ce propos surtout pas que ceci est l’apanage des ignorants. Plus on est formé à penser l’abstraction, plus on ouvre d’entrées aux croyances délirantes, voir le graphe des croyances en fonction du niveau socio-culturel et du niveau d’étude dans Devenez sorciers, devenez savants de Henri Broch et Georges Charpak.

Mais tandis que, par exemple, l’existentialiste (un être assez courageux en ce qui concerne la création d’un sens à la vie sans appel au déisme) se bat pour se trouver(27), le croyant sait qu’il n’existe que pour satisfaire des desseins qui le dépasse et qu’il est ici-bas pour s’approcher de Dieu ou des forces cosmiques(28), ce qui au passage lui sera retourné par la morale de la rétribution.

Un peu de justice

Cette morale de la rétribution(29) est au fondement des trois grandes religions monothéistes révélées. Si on est bon, qu’on sert Dieu, il nous le rendra (au pire, au paradis, mais si possible avant) ; inversement, les méchants seront punis. Mais elle est aussi au centre du bouddhisme (reporté, il est vrai, d’une vie à l’autre) : si ma vie est mauvaise, c’est que j’ai sévèrement déconné dans une vie antérieure, et inversement. Il faut servir le bien à chaque réincarnation, jusqu’à l’atteinte du Nirvana.

Bref, il existe une loi divine, qui ne varie pas en fonction des décrets, appliquée par un juge parfait, infaillible et informé de tout, qui récompense tous ceux qui le doivent et punit tous ceux qui le méritent. Ca fait tout de même du bien au moral.

La justice divine étant d’ailleurs évidemment toujours supérieure à celle des hommes, peut importe d’être incompris par vos contemporains en poursuivant une noble cause : à la toute fin, vous aurez gain de cause vis-à-vis d’une référence parfaite et absolue. A ce titre, vous ne craignez ni la solitude, ni l’erreur judiciaire.

Allons enfants de la patrie

Ahah, l’ordre social, nous y voilà. Sans tomber dans le couplet sur « l’opium du peuple » de Marx(30), il faut reconnaître qu’une religion structure une société(31), tant d’un point de vue légal que par communauté de culture. A commencer par les dix commandements, donc les cinq derniers sont destinés à fixer les premières lois humaine, pas mal de temps avant notre Napoléon national et sa refonte du code civil (on ne tue pas, ne vole pas, et ne met pas le boxon dans la tribu en se tapant la femme du voisin, tout ça). Je suppose que les diverses croyances superstitieuses, magiques et chamaniques formèrent une composante du ciment social des proto sociétés, mais je n’ai pas d’élément concret pour le démontrer.

Ce rôle structurant est capital. Pour Montesquieu, dans L’Esprit des Lois, il faut distinguer la fonction sociale de la religion de son caractère véridique(32). Rousseau, de son côté, estime que pour être bien constitué, un état doit posséder une religion qui soit commune à un grand nombre des citoyens(33). Cette fonction structurante est observée par un certains nombre d’autres auteurs(34). On trouve même des présidents de la Commission européenne(35) et des présidents de la république française(36) en poste à l’heure où j’écris ces lignes pour encenser la cohésion du peuple réalisé par les croyances religieuses. C’est pour dire.
Le contexte d’assemblage des divers textes sacrés reflètent d’ailleurs assez fortement le projet social(37). J’attire à ce sujet votre attention sur la tendance que l’occident peut avoir à vouloir exporter ses valeurs, telle la démocratie, et sur les références culturelles qui les soutiennent. Cette invention française (je vais susciter des commentaires de la part des courageux qui m’auront lu, là) est-elle adaptée, d’un point de vue religieux, à tout la planète ? Examinons rapidement le cas des bouddhistes. Est-ce qu’un peuple constitué d’individus estimant que leur sort est juste et directement lié à leur comportement lors de vies antérieures (et nourrissant l’espoir d’avoir une vie postérieure meilleure s’il font ce qu’il faut pour) a une quelconque raison de demander l’égalité de tous, l’élévation des loqueteux et la destitution des privilèges des haut-placés ? Ça se discute, je trouve. Ce n’est pas pour rien que toute religion « à succès » s’est étendue par syncrétisme.

De la même manière, les sociétés hindouistes sont organisées de manière juste à l’aune des conceptions réincarnationnelles, à l’aide d’un système de castes (varna) formant une structure naturelle(38), selon l’équilibre du dharma.

Il en va de même pour la séparation de l’église et de l’état. Nous y sommes attachés (et j’en suis bien heureux), mais cette association est aussi vieux que le monde. Dans la conception sumérienne, chez les inventeurs de l’écriture, c’est-à-dire pas hier, le souverain n’était que le dépositaire de la divinité et sa fonction était sacerdotale aussi bien que politique. Je vous passe l’histoire, mais des pharaons aux rois de France, le pouvoir politique est de croit divin : même actuellement, combien il y a-t-il d’états laïcs sur terre(39) ? Est-ce que les états non laïcs sont particulièrement plus instables que la France ?

On ne meurt qu’une fois, mais on en profite longtemps

Tout ce que j’ai appris (en sciences, notamment) et toutes mes réflexions m’emmènent loin de la possibilité de croire qu’un esprit est autre chose qu’une émergence du système nerveux central ayant acquis un tel niveau de complexité afin de résoudre des problèmes concrets de développement des gènes qu’il en a choppé des effets colatéraux qui ont la tronche d’une âme ; et que l’homo sapiens n’a rien d’une rupture du vivant. Du coup, je ne puis croire en « quelque chose » après la mort. Ni la mienne, ni celle d’autrui, en tout cas pas exprimé de cette manière-là. Mais je le regrette de ne pas pouvoir vivre en étant persuadé que, par exemple, l’âme de la personne qui m’a élevé ne se balade pas sur un petit nuage blanc et ne me regarde pas d’un œil bienveillant en attendant tranquillement que je la rejoigne pour l’éternité. Franchement, je me sens moins naïf mais ce n’est pas forcément un gain.

Une des premières manifestations archéologiques des croyances religieuses est l’enterrement des morts, avec certains objets, bijoux ou armes, que l’on interprète comme étant des accompagnements pour le Grand Voyage. La question de la mort est probablement au centre de la naissance du sentiment religieux. Et là, seule la foi peut vous apporter une réponse autre que « rideau, on ferme ».

Les juifs, les chrétiens et les musulmans ont leur paradis, qui est un endroit plutôt sympatoche. Pour les hindouistes, après la mort, le principe de conscience survit, se fonde dans le courant universel de vie, se charge de graines karmiques (samskara) puis recommence une expérience de vie (fonction de la précédente).

Tout ceci met plus de baume au cœur que le néant du non-être, non ?

Une place dans l’Univers

Par-dessus le marché, les avancées scientifiques nous gratifient de la délicieuse position de coin quelconque de l’Univers(40) et même de la galaxie, près d’une étoile quelconque, sur une planète plus ou moins commune, étant des animaux totalement inclus dans la chaîne de la vie terrienne et aux origines absolument pas plus nobles que celle du ver de terre depuis que Charles Darwin a achevé de nous destituer de notre position exceptionnelle.

A la limite, si vous ne souscrivez pas à la science, vous pouvez vous rabattre sur la métaphysique, qui procédera au final de la quête de l’absolu (qui en science est plutôt posé dès le départ comme hors de porté). Mouaif. Faiblard, tout ça, devant la concurrence.

Car en face de ça, pour les trois grandes religions monothéistes, l’humain a une place unique, il a été conçu à l’image de Dieu (on ne pouvait rêver mieux), et pour les chrétiens, en prime, le grand architecte leur a envoyé (et sacrifié) son fils unique pour les sauver. Les aliens peuvent toujours se pointer, ce n’est pas prêt de les inquiéter ni de remettre en doute leur position unique dans la création.

La nature humaine est tout autant d’essence divine pour l’indouisme. L’essence humaine, Atman, est posée égale au Brahman par les Upanishads. Il n’existe donc aucune différence de nature entre la Réalité Ultime au niveau humain et la Réalité Ultime au niveau cosmique.

Je pense que le match est gagné haut la main par n’importe quelle religion face à la science et à la philosophie.

L’espoir fait vivre

Au final, c’est une vie, certes avec des limites différentes dans ce que vous pourriez en faire, mais pleine d’espoir(41) (que les justes seront récompensés, que la mort n’est pas une fin, que ceux que vous avez perdus sont heureux, que ceux qui ne pensent pas comme vous – selon le dogme – sont dans l’erreur, que nous pouvons tous vivre ensemble soudée par une même foi…), d’apaisement (les choses sont telles qu’on les pense, sans remises en question, avec des repères nets) et de sens, que vous gagnez à être croyant.

Notez d’ailleurs que plus les pays sont pauvres (et demandeur d’espoir), plus ils sont religieux, comme en atteste ce graphe. (On y observe d’ailleurs un point abbérant, les USA, qui confirme ainsi mon opinion les plaçant comme un pays du tiers-monde qui aurait de l’argent, mais passons.)

Je suis pour ma part athée, c’est donc que j’estime que c’est le bon choix en ce qui me concerne. Mais, à supposer que j’aie raison, ce qui est indémontrable, je pense que tout le monde n’est pas « équipé » pour mieux apprécier ce qui est plus vrai, ou plus juste. Dans un parallèle excessivement osé, je dirais que je serais très heureux et comblé de gagner au Loto(42), et je sais que je saurais adapter ma vie à une telle éventualité, mais je connais, par personne interposée, une famille qui a gagné beaucoup d’argent d’un coup et que cela a totalement ruiné (passez-moi ce jeu de mots pourri), avec au final le suicide du père. Et je vous passerai les platitudes concernant la jeunesse dorée malheureuse, sans repère et sans but dont certains membres finissent par décéder d’overdose après une vie de tous les excès, simplement parce que la vie est trop facile du fait de papa : on n’est pas dans Closer.

Avoir les moyens d’être athée, c’est accepter d’être capable de donner un sens à une vie insignifiante, provoquée par le hasard et qui finira quoi que l’on fasse, dans laquelle tout les repères sont à construire mais aucun ne vous apportera jamais la certitude d’être dans le « vrai », jusqu’à ce que cette notion même se dissolve progressivement dans le doute universel ; c’est former un projet de société en sachant que vous n’aurez jamais un vrai levier pour le mettre en place(43). C’est aussi accepter l’injustice parfaitement fondamentale de ce monde, qui pourra récompenser (pour parler en termes animistes) les « méchants » et punir « les gentils » (vous, certainement) sans qu’aucune compensation ne soit à attendre, durant la vie comme après la mort.

Et c’est réaliser tout ceci sans le recours à la pensée magique, qui connaît une telle explosion depuis qu’on a bouté la religion hors du champ social (ce qui n’a, Ô surprise, pas suffit à faire disparaître les raisons pour lesquelles l’humain moyen a besoin de ces dernières). Sans entrer dans une secte ou une parasecte, fût-elle de développement personnel (je suis très sérieux). Sans lire son horoscope ni se faire guérir par un magnétiseur (ou par de l’homéopathie), sans se faire rassurer par une voyante extralucide. Car comme nous l’avons déjà évoqué, plus on s’éloigne de la religion, plus on monte dans le niveau de connaissance, d’étude et d’abstraction de la pensée, et plus on est vulnérable à l’acceptation de fait étranges (je me suis retenu d’écrire « crétins ») comblant le besoin de surnaturel et de transport cosmique.

Je répète donc ma question : avez-vous les moyens d’être athée ?


(1) Je peux la formuler différemment. Sur la quatrième de couverture de « Galilée et les indiens », d’Etienne Klein, est écrit « Je ne veux pas qu’on liquide la science au motif d’un mauvais usage du monde ». Quid de la religion ?

(2) La France, au minimum, mais une partie du monde occidental peut être englobée dans cette affirmation. A part ça, il y a sur terre 2,3 milliards de chrétiens, 1,5 milliard de musulmans, 900 millions d’hindous, 800 millions d’athées et agnostiques, 400 millions de bouddhistes, et plein d’autres choses encore.

(3) Le but de cet article n’est pas de proposer un traitement à deux balles des religions par l’exégèse de trois citations de textes saints sorties de leur contexte, ni de démontrer scientifiquement qu’en moyenne, lorsqu’on ouvre la Mer Rouge, elle se referme assez vite. Rassurez-vous, on n’est pas tombé ici dans la caricature et la redite de tout ce qui a été déjà écrit dix mille fois. Pas de haine anticléricale de ma part, je ne me prends pas pour Michel Onfray. Je ne vais pas supputer la naissance des rites religieux suite à l’enterrement des corps qui aurait été une simple décision sanitaire(4). On ne va pas non plus faire état des recherches en neurosciences qui montre l’adaptation de notre cerveau aux transports religieux(5). Pas plus n’entrerons-nous dans une dichotomie Kantienne opposant religion de culte et la religion morale. Al Qaida, les croisades, la colonisation de la bande de Gaza, l’invasion de la Chine par le Japon, celle du Tibet par les chinois, la révocation de l’édit de Nantes, la Sainte Inquisition, le rangement du clergé Rwandais au côté des Hutu et l’ensemble des instruments usuels du casseur de (D/d)ieu(x) restera hors de notre propos(6).

(4) Je n’ai aucune connaissance sur le sujet, c’est juste une idée qui m’est venue fugacement : ça apporte plein de maladie, donc un certain malheur, de ne pas enterrer les morts lorsque leur âme s’évade.

(5) Primo parce que je suis infichu de remettre la main sur le numéro de La Recherche qui contenait cette étude, et secundo parce que l’argument me semble utilisable dans les deux sens, celui où l’homme crée Dieu comme celui de Dieu créant l’homme tel qu’il soit fait pour croire en Lui.

(6) Vous aussi, vous aimez les prétéritions ?

(7) Par religieux, j’entends « qui est du domaine du sacré, guidé par des influences surnaturelles ». J’embarquerai donc par exemple le bouddhisme, même s’il renâcle à incorporer un Dieu digne de ce nom, comme véhiculant une morale, une cosmogonie, une notion de bien et de mal, un ordre religieux, un être surnaturel, des forces surnaturelles elles aussi, en relation avec une notion d’âme, et même des « péchés » (les poisons).

(8) Quelque part, nous nous proposons-là une sorte de pendant « terrestre » du pari de Pascal.

(9) Séisme, cyclone, passage de comète, épidémie du SIDA, …

(10) Des hindous – dont les victimes étaient théoriquement consentantes – à l’ensemble des religions mésoaméricaines, le sacrifice humain a eu une sacré cote.

(11) La divination semble par exemple avoir été une motivation forte du développement scientifique (cf. Jean Bottéro, Mésopotamie : l’écriture, la raison et les dieux). De la même manière, durant des millénaires, l’astronomie ne se distingue pas de l’astrologie (occasionnant même une sérieuse inversion de l’étymologie des mots, puisqu’astrologie signifie « science des astres » et astronomie « nommage des astres »…) ; et je passerai sur les vingt ans que consacra Newton à l’alchimie.

Aristote, de son côté, distingue deux niveaux de réalité :

  • La voie de l’expérience, qui par la perception sensible atteint les choses créées, matérielles et mobiles.
  • La voie de la cognition rationnelle, la « philosophie première (métaphysique, en langage moderne) « science de l’être en tant qu’être », « qui est plus proche de la nature des choses », accède à l’universel, l’immatériel, aux choses divines, incréées et immobiles.

Pour le philosophe arabe al-Kindi (du IXème siècle après J.C), la métaphysique s’attache à l’étude de Dieu, mais elle est aussi celle des lois qui gouvernent le monde, c’est-à-dire des lois de Dieu. Il connaît l’émerveillement devant la nature dédiée à l’homme par Dieu.

Bien avant donc l’observation de Voltaire (et son fameux distique « L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer – Que cette horloge existe et n’ait point d’horloger »), c’était la science (la constatation d’un univers merveilleusement agencé) qui renforçait la croyance en un Dieu.

(12) Dans Science de la science et réflexivité, Bourdieu montre qu’il existe des luttes de clans et de laboratoires dans le monde scientifique, et qu’en définitive, il y a un certain « arbitrage du réel ». Pour être passé par le milieu de la recherche, je puis témoigner d’un fort aspect politique de la chose, et de l’existence de luttes d’influence et de pouvoir, bien distinct de l’image romantique de la communauté de chercheur en éternelle quête de vérité, sans le moindre ego, indifférent à la personne de qui émane la dite vérité et capable d’admettre tout tort. A ce sujet, je vous invite à la lecture de l’édifiant Rien ne va plus en physique ! L’échec de la théorie des cordes, éd. Dunod, 2007, de Lee Smolin, pour une vision interne de l’investissement par l’intelligencia de la quasi-totalité des crédits sur une non-théorie et la difficulté de bosser sur autre chose (je l’ai constaté en France en travaillant avec Laurent Nottale qui a beaucoup de mal à mener ses recherches)

(13) Au sens philosophique, le matérialisme est d’abord une ontologie affirmant qu’il n’y a d’être que matériel. Pour Thomas Hobbes (1598-1679), qui nie l’existence de l’âme, l’expérience est la seule base de toute connaissance. Pour Auguste Comte (1798-1857) la distinction entre matière et esprit est « oiseuse ».

(14) Pour Michel Houellebecq dans Les Particules Élémentaires, les changements de paradigme ont une puissance irrésistible, qui balaye tout sur leur passage, comme la chrétienté a balayé l’empire romain alors qu’il était à son apogée à la naissance de ce schisme, et comme le matérialisme a balayé l’église catholique bien que né alors qu’elle était toute puissante (demandez donc à Galilée, et plus encore à Giordano Bruno, ce qu’ils en pensent).

(15) En tant qu’athée, je pense pour ma part – et ça n’engage que moi – que le monisme physique est une tautologie en ce que le dualisme peut toujours en être rendu indiscernable, tout en demeurant non réfutable, quelle que soit l’évolution de la science sous-tendant le monisme. Mais bon, je fais ce que je peux, personne n’est parfait.

(16) Reliant le fidèle au Démiurge dans les religions monothéistes(17) comme à une totalité cosmique divinisée chez beaucoup de polythéistes(18), et même chez les animistes(19) ; intuitivement, j’ajouterais bien à cette liste l’ensemble (préhistoriques ou historiques) des chamanismes en relation avec Mère Nature, mais je manque de références pour l’affirmer.

(17) Judaïsme, christianisme, islam, Sikhisme, zoroastrisme, ou même (surtout !) la probable invention du polythéisme, le culte d’Aton en Égypte antique (XIVe siècle av. J.-C.), dans laquelle le pharaon Akhenaton était l’image du dieu de la religion qu’il avait créé.

(18) Du type du le Brahman hindouiste, ce qui ne l’empêche pas de se manifester sous la forme d’un dieu personnel, par exemple un des membres de la Trimourtî : Shiva, Vishnou et Brahmâ ; autre exemple, d’après un rédacteur de Wikipédia, les égyptologues actuels verraient dans le polythéisme égyptien un monothéisme polymorphe (un seul Dieu présenté sous différents aspects en fonction de son interaction avec le monde). Mais cette andouille ne cite aucune source…

Ces exemples me feraient un peu penser à de l’hénothéisme vu de loin.

(19) Voir les croyances Wakan Tanka (Dakotas), Kitche Manitou (Algonquins), Vaudou (Haïti) ou encore Nzambi (Bantous).

(20) Ça marche dans les deux sens, et le petit enfant qui est en nous a toujours envie que son papa punisse son frère qui lui ne s’est pas bien comporté. Exemple :

En effet, Dieu manifeste sa colère depuis le ciel sur tout péché et tout mal commis par les hommes qui, par leurs mauvaises actions, empêchent la vérité d’agir […]

St PAUL – Lettre aux Romains (1, 16-32)

(21) Ce qui est tout de même rassurant dans la majeure partie des cas, même si l’on aime bien rejeter ses responsabilité sur l’inspiration d’un mauvais génie.

(22) De sombres histoires de déterminisme et de chaos, de mécanique quantique aussi (Wigner et sa surprenante explication de la réduction du paquet d’onde, e à sa suite la théorie de la « réduction objective » de Penrose, qui nous permet de voir un génie se transformer en papy yoyotant de la toiture – voire par exemple « l’esprit, l’ordinateur et les lois de la physique » et « Les ombres de l’esprit »), mais bref, si vous êtes matérialistes, vous avez de fortes chances de penser que votre pensée, justement, est le fruit des lois de la physiques, et du coup, le statut de votre conscience, de votre libre arbitre et autre, devient assez chahuté (voire prédictibles au sens de Descartes, qui ignorait le chaos, mais tout de même). Les plus courageux d’entre vous peuvent s’attaquer au « théorème du libre-arbitre » de Conwey (le papa du jeu de la vie) et Kochen ici, qui dit d’une certaine manière que si les physiciens ont un libre arbitre (dans un sens mathématiquement très précis et qui ne recouvre peut-être pas l’intégralité du concept auquel nous nous référons philosophiquement), alors les particules élémentaires aussi.

Mais plutôt que de demander leur avis aux physiciens ou aux neurologues, allez voir directement les publicitaires, ils auront des démonstrations plus convaincantes… (Notez aussi que le livre Influence et Manipulation : Comprendre et Maîtriser les mécanismes et les techniques de persuasion de Robert Cialdini regorge de magnifiques exemples de déterminisme humains via des mécanismes très simples mais très forts. Je suis fan de ce genre d’expériences de psychologie appliquée qui démonte notre si subtile comportement évolué en quelques automatismes simples à pleurer mais qui marchent à fond. C’est toujours une immense leçon d’humilité.)

(23) Sur la rupture entre attendu et fourni par la science :

[…] il y a crise […] mais la crise […] concerne seulement les difficultés qu’ont les sciences à éclairer le sens et la finalité de l’existence humaine. Certains avaient crû pouvoir les associer à l’idéal d’une vie responsable et d’un ordre social harmonieux, d’autres à la promesse du bonheur pour tous. Et puis non. Rien de tout cela n’est réellement advenu : il y a eu comme une « allotelie », c’est-à-dire un avènement de résultats autres que ceux escomptés.
Etienne Flein, Galilée et les indiens ,Flammarion, 2008.

(24) Si on se plonge dans Zola, pour faire le parallèle avec le libre-arbitre que nous avons évoqué un peu plus haut, on est en prime complètement déterminé par la génétique et notre milieu social d’origine. Pour se payer une méga crise du sens, il n’y a pas mieux. Comme le dit A. Housman :

La Nature, qui est sans cœur et sans esprit
Ne veut ni se soucier ni connaître.

Pour un panorama un peu plus soutenu du sens de la vie (en général) du point de vue de la science, je vous recommande très chaudement la lecture de l’article La loi des gènes, de Richard Dawkins, Pour la Science, Dossier L’Évolution, Janvier 1997, dont voici le passage le plus pessimiste (mais lisez tout, c’est passionnant) :

La quantité totale de souffrance qui est vécue chaque année dans le monde naturel défie toute observation placide : pendant la seule minute où j’écris cette phrase, des milliers d’animaux sont mangés vivants ; d’autres, gémissant de peur, fuient pour sauver leur vie ; d’autres sont lentement dévorés de l’intérieur par des parasites ; d’autres encore, de toutes espèces, par milliers, meurent de faim, de soif ou de quelque maladie. Et il doit en être ainsi. Si jamais une période d’abondance survenait, les populations augmenteraient jusqu’à ce que l’état normal de famine et de misère soit à nouveau atteint. Dans un univers peuplé d’électrons et de gènes égoïstes, de forces physiques aveugles et de gènes qui se répliquent, des personnes sont meurtries, d’autres ont de la chance, sans rime ni raison, sans qu’on puisse y déceler la moindre justice. L’univers que nous observons a très exactement les caractéristiques attendues dans l’hypothèse où aucune idée n’aurait présidé à sa conception, aucun objectif, aucun mal et aucun bien, rien d’autre qu’une indifférence excluant toute compassion.

(25) Comparez à tout cela le sourire béat, jusqu’aux oreilles, éternel et inextinguible du cureton moyen lorsqu’il vous annonce « la bonne nouvelle » : « Il a ressuscité ». Même en se baladant en robe en respectant ses vœux de pauvreté et de chasteté, et en passant son temps dans sa vieille église à relire pour la millième fois son vieux micelle écorné, il peut garder la joie au cœur toute sa vie. Ça ne vous interpelle pas, ça ?

(26) Situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence fascination-rejet dans les sociétés postmodernes, thèse soutenue Le 7 avril 2001 à l’Université Paris Descartes, dirigée par Michel Maffesoli, jury de soutenance présidé par Serge Moscovici.

(27) Donnons la parole au principal intéressé :

L’existentialisme n’est pas tellement un athéisme au sens où il s’épuiserait à démontrer que Dieu n’existe pas. Il déclare plutôt: même si Dieu existait, ça ne changerait rien; voilà notre point de vue. Non pas que nous croyons que Dieu existe, mais nous pensons que le problème n’est pas celui de son existence; il faut que l’homme se retrouve lui-même et se persuade que rien ne peut le sauver de lui-même, fût-ce une preuve valable de l’existence de Dieu. En ce sens, l’existentialisme est un optimisme, une doctrine d’action, et c’est seulement par mauvaise foi que, confondant leur propre désespoir avec le nôtre, les chrétiens peuvent nous appeler désespérés.

Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme, 1946

(28) L’Ancien Testament, les Évangiles et le Coran sont assez clairs là-dessus. Par exemple :

« Je n’ai créé les djinns et les humains que pour qu’ils M’adorent » (Coran 51/56)

« Nous avons fait de ce qui est sur la terre une parure pour elle afin de les mettre à l’épreuve : lequel d’entre eux fait les meilleurs actes » (Coran 18/7)

« Tu adoreras Dieu seul et tu l’aimeras plus que tout », premier commandement (Ancien Testament – Exode 20)

« Recherchez le Seigneur et vous vivrez », Amos (5,6)

« Ce ne sont pas tous ceux qui me disent: ‘Seigneur, Seigneur,’ qui entreront dans le Royaume des cieux, mais seulement ceux qui font ce que veut mon père qui est dans les cieux. » Évangiles, Saint Matthieu (7,21-23)

« Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu », Saint Irénée

Pour l’hindouiste, chacun vient à la vie avec un dharma à accomplir. On accepte les données de sa destinée. La vie est divisée en quatre stades (ou âshrama) : le Brâhmâcarya (période d’éducation consistant en l’étude approfondie des textes sacrés), le Gârhastya (nécessité de suivre une vie active et mondaine : conception d’une descendance et assurance de sa subsistance), le Vânaprasthya (vie de retraite loin des attachements de la vie matérielle et de la famille), et la Samnyâsa (dernier stade de la vie qui permet d’atteindre Moksha, la libération spirituelle).

Pour le bouddhiste, rien n’a d’existence indépendante et réelle en soi (impersonnalité) et tout change constamment (impermanence). Les quatre nobles vérités indiquent ce qu’il est essentiel de savoir pour un bouddhiste : celle de la souffrance (impliquée par toute vie), de l’origine de la souffrance (le désir), la cessation de la souffrance (le détachement) et enfin celle du chemin (la voie médiane, qui suit le noble sentier octuple). Elles énoncent le problème de l’existence, son diagnostic et son remède.

(29) Il y aurait beaucoup à dire sur le sentiment de justice et sur son émergence chez les animaux sociaux comme gage de réussite collaborative du clan. Je me bornerai à signaler que de récents travaux (K. Hamann et al., Nature 476, 328–331, 2011) démontrent que le sens de l’équité (à l’issu d’un travail collaboratif en tout cas, au sein duquel les enfants était inégalement récompensés et dans lequel le chanceux avaient une forte tendance à procéder de lui-même à un rééquilibrage à l’attention du malchanceux) naît chez l’enfant dès l’âge de trois ans (sur un test de partage qui échoue chez le chimpanzé, ce qui m’interpelle, soit dit en passant). Le besoin de justice sociale (et la recherche d’une justice calquée sur nos valeurs et s’appliquant à toute la vie) est profondément ancrée en nous.

(30)

La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple.
Karl Marx (1818-1883) avec Engels, Critique de « La philosophie du droit » de Hegel, 1844

(31)

Vois ! Comme Yahvé mon Dieu me l’a ordonné, je vous ai enseigné des lois et des coutumes, pour que vous les mettiez en pratique dans le pays dont vous allez prendre possession.

Gardez-les et mettez-les en pratique, ainsi serez-vous sages et avisés aux yeux des peuples. Quand ceux-ci auront connaissance de toutes ces lois, ils s’écrieront :  » Il n’y a qu’un peuple sage et avisé, c’est cette grande nation ! « 

Quelle est en effet la grande nation dont les dieux se fassent aussi proches que Yahvé notre Dieu l’est pour nous chaque fois que nous l’invoquons ?

Et quelle est la grande nation dont les lois et coutumes soient aussi justes que toute cette Loi que je vous prescris aujourd’hui ?

Deutéronome, chapitre 4 :5 à 4 :8

(32) Ce qui intéresse Montesquieu, c’est l’adaptation d’une religion à une structure sociale. Il juge par exemple que le protestantisme est adapté à une république, le catholicisme à une monarchie ou encore l’islamisme au despotisme.

(33)

Les dogmes de la religion civile doivent être simples, en petit nombre, énoncés avec précision, sans explications ni commentaires. L’existence de la Divinité puissante, intelligente, bienfaisante, prévoyante et pourvoyante, la vie à venir, le bonheur des justes, le châtiment des méchants, la sainteté du contrat social et des lois ; […]

Jean-Jacques Rousseau, Le Contrat Social – à lire ici

(34) Weber, dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, montre que (au contraire d’autres religions dont la pratique entraînerait un refus des affaires du monde et notamment économique) le protestantisme (plus précisément le calvinisme) et son éthique puritaine ont favorisé le développement du capitalisme.

Durkheim, le fondateur de la sociologie des religions, est très intéressant à ce sujet. S’intéressant à la division du travail et remarquant que celle-ci menaçait l’unité sociale, il comprit qu’un ensemble de valeurs communes était nécessaire à toute société. Il estima alors que la religion était un moyen de rendre absolue les valeurs sociales afin de leur conférer le statut d’obligations, soustraites au jugement des individus.

(35)

Le rôle des religions dans les questions sociales est très important. […] [Le travail des communautés religieuses en matière de cohésion sociale est] impressionnant. […]Il y aurait beaucoup plus de souffrance, en termes sociaux, sans les Eglises » et les associations qui y sont liées. […] En temps de crise, cette main secourable est très importante

José Manuel Barroso, président de la Commission européenne,30 mai 2010

(36)

Sans être un militant d’aucune religion, je pense que l’on peut reconnaître la religion comme une source d’apaisement utile au fonctionnement de la République.
(Nicolas Sarkozy / La République, les religions, l’espérance / p. 157)

(37) Prenons pour exemple, le Coran : 114 sourates figées en 647 sous le calife Othman, dans un contexte guerrier, je suppose expansionniste. Même si certains auteurs (M. Hamidullah, Le prophète d’Islam, sa vie, son œuvre) soutiennent la thèse que Mahomet ne mena que des guerres défensives, il faut reconnaître que le djihad (littéralement « effort ») de l’âme, effort du croyant pour lutter contre les vices du caractère, s’est vu doublé en 647 d’un djihad du corps, le combat pour Allah. Parce qu’il suffit de jeter un œil aux dates pour constater que ça tombe en plein dans la conquête musulmanes de la Perse et au début de celle du Maghreb. L’élan expansionniste, et donc le modèle social découlant du texte, s’y ressent dans certaines sourates, ce qui n’est pas notre propos, je ne vais pas me prendre une fatwa dans les dents pour un article de blog, non plus.

(38) C’est d’ailleurs une vache de bonne question, à laquelle je suis incapable de répondre. Il y a des crucifix dans les tribunaux en Italie. Je vous passe les USA, leur devise, leur serment sur la bible de la part du président comme dans les tribunaux, leur prière du matin à l’école, tout ça. L’Irlande, la Grèce, le Portugal enseignent leur religion à l’école. En Allemagne, le christianisme fait partie des programmes officiels, et les notes obtenues en religion comptent pour le passage dans la classe supérieure. Le Danemark et à présent en Espagne (depuis 2006) laissent optionnel cet enseignement, mais les autorités religieuses sont présentes dans les établissements scolaires. En Belgique, les écoles publiques permettent un choix entre cours de religion et cours de morale non confessionnelle.

Après une petite recherche, on trouve différents type d’états « non laïcs » :

  • Les états théocratiques (en Arabie saoudite, en Iran, au Pakistan, au Soudan, etc. la Charia tient lieu de constitution).
  • Les états avec religion d’état (en Thaïlande, il est mal vu d’être autre chose que bouddhiste… Les états nordiques sont luthériens, mais je viens de lire qu’en Argentine en revanche, le président pouvait se passe d’être catholique depuis 1994).
  • Sans avoir de religion officielle, un Etat peut exiger de son chef qu’il soit d’une confession donnée (en Syrie, le président Hafez el-Assad, appartenant à la minorité alaouite issue d’une dissidence chiite, a dû proclamer publiquement, en 1973, son adhésion à la branche sunnite de l’Islam. En Grande-Bretagne, le souverain est également chef de l’Eglise anglicane).
  • Les états menteurs, comme les US précédemment cités qui font semblant de ne pas être théocratiques mais qu’il faudrait être aveugle pour croire.

Il faudrait creuser la Turquie, le Canada, enfin, je manque un peu d’idée.

(39) Pour mémoire :

  • les Brahmanes : les prêtres, le clerc enseignant ;
  • les Kshatriyas : les guerriers, les rois et les administrateurs ;
  • les Vaishyas : les paysans, commerçants et artisans ;
  • les Shudras : les serviteurs.

Plus Les intouchables, ou dalits, exclus du système des castes.

(40) C’est d’ailleurs l’essence même de l’évolution des sciences d’Aristote à Einstein. On a progressivement admis que la terre était ronde (et donc qu’elle avait un centre loin de nous, d’une certaine manière), puis on est passe du géocentrisme à l’héliocentrisme, puis vers le « rien-du-tout-centrisme » avec la relativité galiléenne qui admettait entre autres l’équivalence de tous les points comme origine possible de l’espace (elle a aussi balayer le concept de vitesse dans un trait de génie peu commun, mais ce n’est pas le sujet). Pour certains convaincus, l’humain demeure être au sommet de la complexité connue, mais le statut de la vie autre part que sur notre planète est encore inconnu et débattu.

(41) C’est d’ailleurs bien, au fond, d’espoir (ou de perte d’espoir…) que parle Nietzsche lorsqu’il dit que l’homme est un « fabricateur de dieux » et se fait l’annonciateur de la mort de Dieu, puisque celle-ci a lieu lorsque toutes les valeurs s’effondrent, sont mises en doute, sont niées. C’est le stade du nihilisme, de l’absence de valeurs, celui-ci devant être dépassé par ce que Nietzsche appelle une transvaluation des valeurs, c’est-à-dire une création de nouvelles valeurs : celles que l’on est capable de se donner sans appel à une religion. C’est pourquoi je me demande si tout le monde a les moyens de cette création de valeurs.

Le père Sigmund, de son côté, n’a pas identifié strictement les mêmes pans que nous dans la fonction religieuse, mais c’est un peu la notion d’espoir, mêlée à celle de bien-être, que je lis en filigrane dans le texte suivant :

Pour bien se représenter le rôle immense de la religion, il faut envisager tout ce qu’elle entreprend de donner aux hommes ; elle les éclaire sur l’origine et la formation de l’univers, leur assure, au milieu des vicissitudes de l’existence, la protection divine et la béatitude finale, enfin elle règle leurs opinions et leurs actes en appuyant ses prescriptions de son autorité. Ainsi remplit-elle une triple fonction. En premier lieu tout comme la science mais par d’autres procédés, elle satisfait la curiosité humaine et c’est d’ailleurs par là qu’elle entre en conflit avec la science. C’est sans doute à sa seconde mission que la religion doit la plus grande partie de son influence. La science en effet ne peut rivaliser avec elle, quand il s’agit d’apaiser la crainte de l’homme devant les dangers et les hasards de la vie ou de lui apporter quelque consolation dans les épreuves. […] dans bien des cas elle ne peut supprimer la souffrance, et doit se contenter de leur conseiller la résignation.

Sigmund Freud, Nouvelles conférences sur la psychanalyse, 1915-1917

Comparez la position du non croyant avec cette absence totale d’inquiétude et cette foi absolue en l’avenir émanant, par exemple, des évangiles :

C’est pourquoi je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux? Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie? Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement? Considérez comment croissent les lis des champs: ils ne travaillent ni ne filent; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi? Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas: Que mangerons-nous? que boirons-nous? de quoi serons-nous vêtus? Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine.

Matthieu 6 :25-34

Dans un genre moins intellectuel, je citerai de mémoire, dans l’esprit et en traduisant en français, Signs, de M. Night Shyamalan : si tu as la foi, alors tu penses que quels que soient les événements qui t’arrivent, quelqu’un sera là pour t’aider à les surmonter ; sinon, tu es seul face à l’adversité.

(42) Surpris, aussi, dans la mesure où je ne joue pas…

(43) A moins de ne l’imposer par la force, ce qui est généralement provisoire, les révolutions sont là pour le prouver. On se révolte contre des hommes. Rarement contre ses croyances, à l’échelle des peuples.

41 commentaires

  1. Oxymore1202 dit :

    Je te fais une réponse parcelleraire. Tu évoques trop de choses, je n’ai pas d’avis sur tout. Je rebondis juste J
    La sécurité
     « Par ailleurs, le facteur premier d’insécurité mentale demeure l’inconnu. Et c’est là que la religion est souvent forte. L’absolu y est souvent considéré comme connu (par exemple par le biais de la révélation divine, ou simplement du fait de la foi en les textes sacrés), et les vérités y sont éternelles. »
    Croire en une entité qui aurait des desseins pour nous pose d’autres problèmes. Déjà, parlon du point positif : Etonnamment, ca ouvre à l’introspection. Je veux dire par là que ca pose la question du sens « Pourquoi dois je subir ca ? Qu’est ce que tu voulais que j’aperçoive en me faisant faire ca ? ». Pour parler en terme de psychanalyse, je dirais que la foi créé autant d’altérité (de question face à l’autre) que de ne pas croire, et peut être même plus tant la religion me semble une barrière pour simplement accuser l’autre (et donc avoir un scénario prédéterminé) Le souci, c’est que ca créé de l’angoisse aussi. Autrement dit, la foi n’exempt pas de l’insécurité. Bien souvent compensée par la croyance en une bienveillance de Dieu à son égard, il est vrai.
    Ensuite il ne faut pas confondre deux choses importantes à mes yeux(dont tu parles après) : la foi, qui est le rapport à Dieu que je viens de décrire (entre autres choses) , et la religion en tant qu’us et coutumes. Dans cet aspect, il y a une vraie sécurité face à l’inconnu puisque qu’on se rallie au groupe, puisque le texte n’est que ce qu’en dit le groupe.  Au prix de la disparition de l’individu, ou quasiment, évidemment.
    « Mais l’aspect rassurant se retrouve dans d’autres domaines, sur lesquels la science est inopérante. Tout d’abord, en sus des phénomènes naturels que nous avons déjà évoqués, il existe couramment dans les religions (à des niveaux très divers) une forme de contrôle du destin par des êtres surnaturels, entre autre par le biais d’une morale de rétribution. Cela vous permet d’espérer un juste retour de vos actes bons, comme nous en parlerons lorsque nous évoquerons la justice. Il peut y siéger une figure paternelle, rassurante comme toute puissante(16), potentiellement bienveillante pour peu que l’on fasse ce qu’il faut pour(20). »

    « On notera au passage que l’essentiel des religions posent à ma connaissance le libre-arbitre de l’humain »
    Pas sur : le Coran parle de prédestination terrestre, le protestantisme, de double prédestination (paf double peine !). Je ne sais pas pour les juifs. Les cathos eux ont cette notion du libre arbitre.
     
    Ça fait du bien là où ça fait mal
    « A ce niveau-là, les religions nous fournissent généralement un cadre absolu de bien et de mal, que l’on peut garder en soi toute sa vie. Elles ne nous forcent heureusement pas nécessairement à le juger, ce {$%µ*§# de voisin, mais elles nous rassurent sur les préceptes qui guident notre propre vie, qui ne seront pas remis en cause. Elles nous permettent de ne pas vivre dans le doute perpétuel et la remise en cause des divers principes moraux on se raccroche, ce qui nous permet de passer notre vie plus paisiblement, à nous occuper d’autre chose. »
    Mettons une chose au point : Réfléchissant beaucoup sur le catholicisme, je me contenterais, sauf précision de ne parler que de celle-ci. Ce que tu dis au dessus ne me semble pas prendre un point en compte : Le pêché originel. La souillure chez les hommes, la tâche qu’on ne nettoie pas. Pour gagner les grâces de Dieu et aller au Paradis, il faut veiller à ne pas faire le mal. Donc à réfléchir sur ses comportements. Par ailleurs, la notion de pardon est une chose extraordinaire pour voir qu’il ne s’agit pas de confort : Le « vrai » pardon consiste à aller demander à celui à qui on a nuit de lui pardonner, sachant qu’il peut refuser. On a fait des positions plus confortables …
    « Car de toutes ces remises en cause émane la fameuse « crise du sens ». Pour un matérialiste(23), on naît sans raison, on vit sans vérité puis enfin on meurt sans suite. La vie est un phénomène émergent dont les porteurs sont « sélectionnés », comme dirait Darwin, pour la perpétuer, point(24). Avouez que c’est flippant, non ? On se retrouve avec des gens sans but, aux valeurs morales incertaines, l’esprit dans l’instant, poursuivant le bonheur fugace d’une consommation sans-cesse périmée par elle-même, ne vivant que les joies éphémères d’une finale de la Star-Ac ou d’un « J’aime » sur Facebook(25).
    Couramment, d’ailleurs, le matérialisme biaise, il louvoie tel un petit enfant perdu dans le monde, immense, sans avoir d’adulte pour le guider. Il trouve des dérivatifs à ce besoin de sens qui pourrait lui être donné par des forces supérieures. On assiste alors à l’explosion des croyances superstitieuses, l’entrée de Germaine Hanselmann, dite Elisabeth Tessier, à la Sorbonne(26), l’installation avec pignon sur rue des laboratoires d’homéopathie et autres consultations de voyantes. Ne croyez à ce propos surtout pas que ceci est l’apanage des ignorants. Plus on est formé à penser l’abstraction, plus on ouvre d’entrées aux croyances délirantes, voir le graphe des croyances en fonction du niveau socio-culturel et du niveau d’étude dans Devenez sorciers, devenez savants de Henri Broch et Georges Charpak. »
    On pourrait citer Victor Hugo faisant tourner les tables. Ou Auguste Comte croyant parler avec sa femme morte. Ou Miterrand voyant Tessier. Ou les marxistes croyant au paradis sur terre. Ou les écolo-panthéistes croyant à une nature bonne.  Si ce sujet t’intéresse, je te conseille « Le XIXème siècle à travers les âges » de Philippe Muray. Un livre extraordinaire qui ne peut laisser indifférent.
    « Mais tandis que, par exemple, l’existentialiste (un être assez courageux en ce qui concerne la création d’un sens à la vie sans appel au déisme) se bat pour se trouver(27), le croyant sait qu’il n’existe que pour satisfaire des desseins qui le dépasse et qu’il est ici-bas pour s’approcher de Dieu ou des forces cosmiques(28), ce qui au passage lui sera retourné par la morale de la rétribution. »
    Apportons une minute de théologie. Une grand part de la controverse entre les protestants et les catholiques sur la doctrine de la double prédestination et du libre arbitre se situe sur ce sujet. Ce que voulaient les protestants, c’est justement que l’individu ne soit pas dans un rapport de morale de rétribution avec Dieu. Gentil toutou fidèle, en un mot. Alors ils ont proclamé cette doctrine de la double prédestination. « De toute facon, avant même que tu naisses, Dieu sait ce que tu vas faire sur terre et où tu finiras dans l’autre monde. » Justement pour casser le cycle de la religion n’existant que sous forme de rituels et de morale prédéterminée. Cette idée amène d’autres problèmes, je te renvoie à Weber J
    Un peu de justice
    Je passe sur ce paragraphe, j’ai déjà répondu plus haut.
    Allons enfants de la patrie
    « Il en va de même pour la séparation de l’église et de l’état. Nous y sommes attachés (et j’en suis bien heureux), mais cette association est aussi vieux que le monde. Dans la conception sumérienne, chez les inventeurs de l’écriture, c’est-à-dire pas hier, le souverain n’était que le dépositaire de la divinité et sa fonction était sacerdotale aussi bien que politique. Je vous passe l’histoire, mais des pharaons aux rois de France, le pouvoir politique est de croit divin : même actuellement, combien il y a-t-il d’états laïcs sur terre(39) ? Est-ce que les états non laïcs sont particulièrement plus instables que la France ? »
    On pourrait pousser le raisonnement plus loin : un état laïc est de base plus instable qu’un état religion. En basant sur la laïcité (qui est une non valeur) son fonctionnement, il s’expose à toutes sortes de dérives. Sans volonté polémique, je prendrais l’exemple d’une partie des musulmans actuels. Ils veulent du Hallal à la cantine, ils veulent qu’on vire les sapins de nowel pour prosélytisme, etc. Et certains croient ces revendications fondées parce qu’ils sont dans une optique laïque, c’est-à-dire sans socle culturel commun (ou alors malgré eux), c’est-à-dire sans histoire (ou alors malgré eux.)
     
    On ne meurt qu’une fois, mais on en profite longtemps
    « Tout ce que j’ai appris (en sciences, notamment) et toutes mes réflexions m’emmènent loin de la possibilité de croire qu’un esprit est autre chose qu’une émergence du système nerveux central ayant acquis un tel niveau de complexité afin de résoudre des problèmes concrets de développement des gènes qu’il en a choppé des effets colatéraux qui ont la tronche d’une âme ; et que l’homo sapiens n’a rien d’une rupture du vivant. Du coup, je ne puis croire en « quelque chose » après la mort. Ni la mienne, ni celle d’autrui, en tout cas pas exprimé de cette manière-là. Mais je le regrette de ne pas pouvoir vivre en étant persuadé que, par exemple, l’âme de la personne qui m’a élevé ne se balade pas sur un petit nuage blanc et ne me regarde pas d’un œil bienveillant en attendant tranquillement que je la rejoigne pour l’éternité. Franchement, je me sens moins naïf mais ce n’est pas forcément un gain.
    Une des premières manifestations archéologiques des croyances religieuses est l’enterrement des morts, avec certains objets, bijoux ou armes, que l’on interprète comme étant des accompagnements pour le Grand Voyage. La question de la mort est probablement au centre de la naissance du sentiment religieux. Et là, seule la foi peut vous apporter une réponse autre que « rideau, on ferme ».
    Les juifs, les chrétiens et les musulmans ont leur paradis, qui est un endroit plutôt sympatoche. Pour les hindouistes, après la mort, le principe de conscience survit, se fonde dans le courant universel de vie, se charge de graines karmiques (samskara) puis recommence une expérience de vie (fonction de la précédente). »
    Tout ceci met plus de baume au cœur que le néant du non-être, non ? »
    J’ai un raisonnement différent, c’est-à-dire post nietzschéen sur la question des arrières mondes. Ne plus croire à ces consolations est une bonne chose. Mais je te rejoins : intenable pour la plupart des gens. Au-delà de ca, les notions d’arrières mondes et plus généralement la théologie me semblent faconner l’humain dans son comportement terrestre. La notion d’enfer par exemple : combien de vendettas sur terre potentiellement évitées grace à cette idée. La haine est un peu évacuée du monde terrestre grace à elle. Je vois plus la théologie à la fois comme une soupape et comme un principe de régulation humaine (Benoit XIV parlait d’écologie de l’homme, par exemple. Ca me semble intéressant comme nomination.)
    L’espoir fait vivre
    « Avoir les moyens d’être athée, c’est accepter d’être capable de donner un sens à une vie insignifiante, provoquée par le hasard et qui finira quoi que l’on fasse, dans laquelle tout les repères sont à construire mais aucun ne vous apportera jamais la certitude d’être dans le « vrai », jusqu’à ce que cette notion même se dissolve progressivement dans le doute universel ; c’est former un projet de société en sachant que vous n’aurez jamais un vrai levier pour le mettre en place(43). C’est aussi accepter l’injustice parfaitement fondamentale de ce monde, qui pourra récompenser (pour parler en termes animistes) les « méchants » et punir « les gentils » (vous, certainement) sans qu’aucune compensation ne soit à attendre, durant la vie comme après la mort. » 
    J’aurais une définition un peu différente, ma manière à moi d’être athée. Être athée, c’est ne pas croire aux utopies, être athée c’est ne pas tomber dans le ressentiment (tel que Nietzsche le définit).
    « Je répète donc ma question : avez-vous les moyens d’être athée ? »
    Selon ma définition, quasiment personne dans l’époque actuelle n’a les moyens d’être athée. C’est dramatique d’ailleurs. La sortie du christianisme n’a conduit les hommes que vers des utopies de rechange, qui croyant pouvoir faire le bonheur sur terre n’a conduit qu’à des malheurs supplémentaires. On va prendre un exemple tout bête : A l’époque du catholicisme, l’antisémitisme existait mais était compensée par la valeur qu’on attribuait à chaque individu. Une fois ce dernier tombé, on a eu le racialisme, la classification de celles-ci, et une montée vigoureuse de l’antisémitisme.
    Qu’on soit d’accord, je ne dis pas que la religion n’a pas failli (que ce soit l’inquisition, l’achat de grâces, etc …), mais qu’il y a une réelle écologie dans la théologie chrétienne.

    • Matt dit :
      • Je suis d’accord, la foi pousse à l’introspection et au développement de la vie intérieure, comme je l’évoque d’ailleurs dans l’article. En effet, ta remarque est judicieuse, cette introspection peut mener au questionnement et au doute, mais je pense que ce sera sans perte d’espoir ; c’est pourquoi j’estime que le sentiment de sécurité qui lui est afférent demeure nettement supérieur.
      • La religion en tant qu’us et coutumes : J’avais aimé cette histoire juive, racontée dans une pièce de théâtre, dans laquelle trois juifs, ressortis des camps de concentrations, arrive, au terme d’une très longue discussion, à la conclusion unanime que Dieu n’existe pas. Puis de se dire « bon, ce n’est pas tout ça, mais c’est l’heure de la prière ». :)
        Le libre-arbitre : à ma connaissance, les trois grandes religions monothéistes que tu évoques se basent sur l’ancien testament, dans lequel, malgré la baston Erasme-Luther, il me semble voir le libre-arbitre (et puis, il y a des exemples dans le Coran de désobéissance à Dieu ; enfin, les évangiles posent clairement le fait de gagner son paradis par choix ; globalement, l’existence de Satan/Cheitan/qui tu veux n’a de sens que dans un contexte de libre-arbitre).
      • Le fait d’avoir de naissance un truc à se faire pardonner (ce qui n’est pas le cas dans toutes les religions) ne saurait selon moi occulter la certitude qui est tienne des valeurs du bien et du mal. Même si la culpabilité est tout de même à gérer. Je te rappelle qu’être athée ne t’empêche nullement d’être rongé par un sentiment de culpabilité. Et va te faire absoudre dans ces conditions, tiens… ;)
      • On est d’accord sur le fait que l’athéisme est un luxe au dessus des moyens de la plupart des athées. Pour faire une réponse décaler comme je les aime : vaut-il mieux dire la vérité à un enfant ou lui mentir pour son bien ? :)
  2. Excellent article ! Cela fait du bien de voir de vrais articles de fond qui viennent de vrais réflexions, et en provoquent, sur un blog, qui plus est appuyées de tant de références.
    La science peut également être une source d’émerveillement sur l’univers et la place que nous occupons, comme tente de le montrer cette formidable vidéo :
    http://www.youtube.com/watch?v=XGK84Poeynk&feature=mh_lolz
    (il y a des sous-titres français)
    Elle peut nous amener à une acceptation de la mort à la façon stoïcienne, et, au niveau atomique, à une compréhension que nous allons rejoindre un « grand tout » et que ce qui nous constitue survivra.
    Bref la science bien comprise, et vue avec un certain angle, peut apporter un réconfort et un émerveillement qui à mon avis peuvent tout à fait concurrencer les religions dans les esprits éclairés. Il suffit de voir la gaité qui transparaît de tous les visages de la vidéo citée (visages de scientifiques très célèbres) pour le constater.
    Voir aussi ce génial « sermon » de l’astrophysicien Neil DeGrasse Tyson :
    http://www.youtube.com/watch?v=6RjW5-4IiSc
    Ce discours est d’ailleurs symptomatique de la culture américaine, où l’on voit que même chez les esprits éclairés et athées qui forment leur élite culturelle et scientifique, la culture religieuse reste prédominante, dans le sens où ce discours ressemble beaucoup à un sermon donné par un pasteur passionné.
    Il ne faut pas oublier que la plupart des Américains sont les descendants de personnes très particulières, une minorité qui a quitté l’Europe pour un pays lointain et dangereux où tout était à faire, et qui 1) avait un esprit d’entreprenariat et de « pionnier » poussé et 2) faisait souvent partie de minorités religieuses opprimées, et donc beaucoup plus radicales que la moyenne.
    Cette combinaison entre l’esprit entreprenarial et pionnier et la religiosité très forte marque très fortement la culture américaine aujourd’hui. 
    Donc quand tu dis que les USA est « un pays du tiers-monde qui a de l’argent », je trouve que tu pousses un peu ;) . C’est un pays Occidental où la religion reste la plus présente, mais il reste un pays occidental, avec toutes les bases culturelles que cela implique, et notamment une place très importante accordée à la science et la raison. C’est quand même eux les leaders dans de nombreux domaines scientifiques, non ? Sans compter les domaines économiques. En France nous avons inventés le Minitel, eux ont inventés Internet (puis Tim Berners-Lee du CERN a inventé le Word Wide Web, heureusement pour notre égo d’Européens !).
    De plus les élites scientifiques américaines sont beaucoup moins religieuses que la masse. Je pense qu’aux USA le principal problème est qu’il y a un écart plus grand d’éducation entre le peuple et ses élites qu’en Europe, mais je n’ai pas creusé le sujet suffisamment donc je peux me tromper.

    • Matt dit :

      Bonjour Olivier, et ravi de te voir ici. :)

      Je t’avoue que j’ignore s’il existe une place pour les réflexions un peu moins rigolotes (religion, politique, …) en développement personnel, mais bon, ça se tente ! ;)

      Je suis 100% d’accord avec toi, la science peut être une source d’émerveillement fantastique, et d’ailleurs non contradictoire avec des visions poétiques et philosophiques, chacune capable de t’émerveiller d’une manière différente. Un coucher de soleil, c’est beau, c’est profond, et connaître les équations de Maxwell, loin de t’en enlever la beauté, en ajoute selon moi une couche (j’ai vu certains soirs de vacances de magnifiques solutions des dites équations. :) )

      La science peut-elle pour autant nous amener au stoïcisme devant la mort, à elle toute seule ? Ton point de vue est osé, mais je pense en effet qu’il y a un pan « mystique » au sentiment d’appartenance à un grand tout (surtout régi par des principes de conservation).

      Note : j’ai écrit le paragraphe précédent avant de cliquer sur tes liens. La symphonie est rigolote et belle. Mais j’ai surtout été impressionné par la performance de Neil DeGrasse Tyson, que je ne connaissais pas. Merci de m’avoir fait découvrir cette vidéo ! Il exprime très bien un truc que je ressens, et que je me suis formulé il y a une vingtaine d’année, une sorte de « déisme athée ». Et puis, j’aime son enthousiasme vital. Lorsque je vois ça, je suis fier de mon doctorat en astrophysique. :)

      Oui, les USA ont été créés par une population clairement sélectionnée (pour commencer, je pense que les survivants du May Flower étaient plus costauds que futés…) : des gens n’ayants rien à perdre et tout à gagner partis conquérir une terre hostile, ça oriente la population destinée à remplacer la précédente, indigène, dont on s’est proprement débarrassé. Je n’avais pas pensé à l’oppression religieuse, intéressant.

      Scientifiquement, je considère leurs avancées plus de l’ordre de la technique, de la recherche appliquée, des avancées industrielles, que de l’ordre de la recherche fondamentale, mais dans ce débat je pourrais me trouver face à des contradicteurs très convaincants, donc je ne saurais être dogmatique sur ce point. En tout cas, c’est bien l'(in)éducation des masses qui me semble le plus être celle d’un pays du tiers-monde. Comme tu le soulignes, ils fonctionnent bien plus que nous sur un système à deux vitesses, et oui, en effet, il existe une élite chez eux qui est très éduquée. Est-elle moins religieuse que la masse, peut-être, j’avoue l’ignorer. Je reconnais bien volontiers leurs qualités en tout cas : un pragmatisme qui a son revers mais ses bons côtés, l’esprit entrepreneurial que tu cites, et une relation assez saine à la réussite, relativement exempte de jalousie et de suspicions de malhonnêteté. Mais nous parlons tout de même d’un pays dans lequel certaines écoles enseignent, avec la bénédiction de l’état, que l’évolutionnisme est une hérésie et que la vérité réside dans le créationnisme.

  3. Waouh sacré pavé et sacré article!
    Pour rebondir sur ce que tu dis à propos de la pertinence d’un transfert de valeurs d’un système du monde à un autre, je pense tout de même que cela fait partie de l’équipement de tout humain de base de percevoir une inégalité ou une injustice.

    Pour reprendre ton exemple de l’hindouisme, ce n’est pas pour rien si autant de pauvres se convertissent à l’islam. Ce qui les attire c’est que même si l’islam transmet une certaine idée du destin et de la volonté de dieu, il ne dit à personne qu’il mérite son sort, d’ailleurs la vague actuelle de soulèvements dans les pays arabes tend à le prouver.

    Tiens puisque tu fais un parallèle filé avec la science, marrant que les hindous n’ait pas remarqué le souci dans leur équation. Comment expliquer l’augmentation perpétuelle de la population humaine? L’état d’être humain étant la récompense d’une vie antérieure bonne, le monde deviendrait-il perpétuellement meilleur?

    Petite précision ce qui concerne l’enseignement des religions en Allemagne, la situation est actuellement la même qu’en Belgique avec des exceptions dans certains Länder (la Bavière rétrograde si je ne m’abuse).

    • Matt dit :

      Coucou Solal, merci d’avoir lu le pavé. :)

      Tu mets en effet le doigt sur une faiblesse de mon exposé. D’un côté, je dis qu’on est, en effet, constitutionnellement équipé pour percevoir l’injustice. D’un autre, je dis qu’on peut shunter cet équipement en regardant plus loin, via une justice qui s’exerce d’une vie à l’autre. Entre les deux, je ne démontre pas que la transposition est possible à accepter. La stabilité de la société indienne me pousserait à le croire, mais ton exemple de conversion à l’Islam est en effet à considérer.

      Concernant la création perpétuelle d’âmes humaines, je suppose qu’au fil du temps, plein de singes, de hyènes et de poissons-lune se comportent bien… ;)

    • Zouhair dit :

      « ce n’est pas pour rien si autant de pauvres se convertissent à l’islam »

      Je suis désolé mais c’est complètement faux. Au début, quand l’islam a vu le jour, les gens qui s’y sont converti ont été les plus riches de Kouraich (aujourd’hui Médine).

      Je pense que cet article est de très bonne qualité, mais uniquement si l’on aborde la question du christianisme. Si j’étais né chrétien, je serait probablement athé maintenant.

      Mais il ne faut pas confondre christianisme et islam. L’islam d’ailleurs n’est qu’un nom, il faut aller au delà. Si vous étudiez en profondeur cette religions il vous sera clair qu’en fait, le christianisme n’est qu’une forme de l’islam souillée par la main de l’église.

      Il ne faut pas non plus confondre entre les musulmans et les arabes. Dans l’histoire, certains arabes ont fait des choses contraires à l’islam, et ils le font toujours ; exemple : se saouler, commettre l’adultère,  trahir leurs frères, … etc.

      Je ne vous demande pas d’y croire, mais lisez le coran (il existe en français), comprenez le, et la différence avec la bible vous paraîtra claire comme de l’eau de roche. La bible est humaine, alors que le coran est divin, ce dernier est protégé par Dieu jusqu’à la fin des temps, pour qu’il ne soit jamais souillé.

      Autre chose : si vraiment je vais devenir néant après la mort. Autant me suicider tout de suite non ? Ne pensez-vous pas que la vie sur terre soit autre chose que du pur hasard ? Svp, ne laissez pas l’amertume du christianisme vous brouiller l’esprit. Je le répète : si j’étais né chrétien, je serais probablement athé aujourd’hui. 

      • Matt dit :

        Bonjour Zouhair, et merci pour ce commentaire.
        Je ne confond en rien « musulmans » et « arabes », d’abord parce que le peuple arabe existait bien avant l’Islam (ils ont auparavant été totémistes, ont vénéré Yahweh et ont été païens – le paganisme arabe restant toujours présent par syncrétisme dans la coutume si j’en crois mon dernier passage en Tunisie) ; ensuite parce que tous les arabes ne sont pas musulmans (Il existe également près de quinze millions d’Arabes chrétiens dans l’aire géographique arabo-musulmane) ; enfin parce que les Arabes sont minoritaires dans la population musulmane (cf. l’Indonésie, le Pakistan, le Bangladesh, le Nigeria, la Turquie et l’Iran, par exemple).
        Par ailleurs, d’un strict point de vue historique, j’ai un peu de mal à concevoir que le christianisme soit une forme, souillée ou non, d’une religion née grosso-modo 622 ans après elle.
        D’autre part, je ne sais pas si « la bible est humaine, alors que le coran est divin », mais a priori, l’Islam se fonde sur l’Ancien Testament PUIS sur le Coran ; il reconnaît par là la genèse, l’ange Gabriel (cité dans le Coran) et tout le reste. Au sujet du Nouveau Testament, fondement du schisme chrétien par rapport au judaïsme, le Coran reconnait Jésus de Nazareth, sous le nom d’Îsâ, comme prophète et comme le messie (al-Masïh), cite sa mère Maryam (Marie), etc.
         
        Savoir si ce sont initialement des riches ou des pauvres qui furent les premiers convertis à l’Islam ne fournit pas nécessairement une grille de lecture pour les conversions actuelles. Mais en tout état de cause, il me semble que les premiers à suivre Muḥammad n’étaient pas bien riches, et furent d’ailleurs persécutés par l’ensemble de la péninsule arabe (comme quoi, les arabes n’ont vraiment pas toujours été musulmans) et furent pas mal massacrés par les qurayshites, tribu arabe du nord d’où le prophète était issu. Mais je suis d’accord sur le fait qu’ensuite, parmi les fidèles de Muḥammad, on comptait par exemple des Califes.
         
        Abordons enfin le sujet de votre dernier paragraphe, qui traite du thème profond de mon article. Primo, je ne suis en rien amer, et ne croyez pas que je sois « né chrétien », je suis né athée dans une famille non religieuse. Ensuite, la vraie question est celle que vous posez : « si vraiment je vais devenir néant après la mort. Autant me suicider tout de suite non ?  » C’est ce que je dis : être capable de donner un sens à un processus qui a commencé un jour et qui finira quoi qu’on fasse, qui doit donc exister pour lui et de manière finie, n’est pas aisé, et il est probable que très peu de personnes sur cette planète en soient capables. D’où une crise de sens entrainée par l’athéisme galopant de moult pays occidentaux.
        Pour ma part, à « Autant me suicider tout de suite non ? » ma réponse est « non ». au contraire, je ferai de ma vie ce que je peux de mieux, et j’espère être fier au soir de celle-ci de ce que j’aurai accompli. Et sans viser l’immortalité absolue, si quelque chose de mon existence doit me survivre, ce sera à travers ce que j’aurai transmis à ma descendance (unique pour l’heure).
         
        Notez que vu comme ça, l’égoïsme pur est difficile à tenir sur le long terme : je ne me bat pas pour mon paradis… ;-)
         
        Nous avons tous notre sens à la vie, notez qu’il peut être très différent entre deux être sans pour autant faire jouer l’exclusion. C’était une note en passant.

        • oxymore1202 dit :

          C’est une absurdité de dire que l’Islam se fonde sur l’ancien testament ou le nouveau. Au contraire, il leur dénie toute valeur. Pour résumer, les deux testaments ont été détournés et falsifiés par l’homme, dans la vision coranique. Ce sont des faux. Et c’est pour cette raison que Mahomet est revenu sur terre, pour redonner la vraie parole divine.
          C’est une arnaque de l’époque de parler « des trois religions du livre. », sachant que pour le Coran, les deux précédents n’ont pas de valeur théologique. De même, l’incarnation christique n’existe pas, pas plus que la mort sur la croix. Il y a des divergences théologiques profondes.
          D’ailleurs, je persiste : le libre arbitre n’existe pas chez les musulmans : c’est le concept de prédestination terrestre qui prime. Le péché originel non plus. A force de laïcisme, on ne s’intéresse plus à la théologie et on met tout dans le même panier, alors que, je le redis, les différences sont très importantes.

          • oxymore1202 dit :

            « Que Mahomet est revenu sur terre »

            Paye ton lapsus … Je devrais pas écrire un dimanche matin … Que Dieu est revenu sur terre par la bouche de Mahomet.

          • Matt dit :

            Le Coran reprend Adam, Abraham (Ibrahim) et son sacrifice, d’où émanent conjointement les histoire de casher et d’halal, Gabriel, Noé, etc. Les légendes ont transitées de l’un à l’autre.

            Mais surtout, je citerai le Coran, sourate 3, verset 50 : « Et je confirme ce qu’il y a dans la Thora révélée avant moi » (lire les versets par exemple ici.) 

            Même si, comme tu le soulignes (et comme le défend Zouhair)  l’Ancien Testament est pour le musulman une souillure de la parole de Dieu, il en est tout de même à la base l’émanation (sinon, je ne vois pas ce qu’on souille). Je maintiens donc ce que j’ai dit : le Coran se fonde sur l’Ancien Testament, ce qui ne signifie pas qu’il le reconnaisse nécessairement en tant que texte saint. Une sorte de syncrétisme qui aurait fini par vivre sa vie à part, quoi.
             
            Je finirai ma réponse en citant la page Wikipedia sur l’islam et l’ancien testament :

            « L’Ancien Testament revêt une importance particulière pour l’islam car son apport, surtout indirect, est décisif. L’islam le considère comme un des textes saints que Dieu a révélé aux hommes avant le Coran et il sert à prouver la véracité de celui-ci » appuyé par la référence Meir Bar-Asher, article Ancien Testament in Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 50

            Mais je n’ai pas lu cet ouvrage, je le confesse. 

  4. dudulelapendule dit :

    Effectivement être athée c’est admettre que l’on est qu’humain, tout simplement humain. Laisser de côté la certitude qu’un jour on saura TOUT, que tout ce que l’on connait n’est structuré que par notre pensée d’homme, qui génère un système auto-centré . La prétention de l’homme c’est d’avoir inventé l’Etre Suprême, sa faiblesse fait qu’il est plus facile d’y croire. Ce que je pense c’est qu’ au même titre que tout ce qui nous entoure, nous sommes l’infime partie d’un système dont on ne saura rien sinon ce qu’on se fabrique avec notre cerveau depuis……. et qui nous sert de tuteur, de cadre et de système d’organisation. Autre question : si l’on envisage un athéisme généralisé,quel système sera assez puissant pour structurer les sociètés?

    • Matt dit :

      Ce n’est pas si évident de faire admettre ses limites intrinsèques à une espèce qui a conquis le monde en dépassant systématiquement les limites en question…

      Quel système est assez puissant pour structurer à long terme et avec succès un monde athée ? C’est une question puissante. Elle appelle une réponse utopiste, ressemblant à l’an 2000 des années 60, avec une terre remplie de gens intelligents, tous éduqués jusqu’à bac +22 dans tous les domaines, au sein d’une société de respect et de dialogue… Remarque, même dans Logan’s Run (L’âge de Cristal, en français), il créaient une religion pour structurer une société de loisirs peuplée uniquement de jeunes. Comme quoi, on en revient facilement aux croyances dès qu’il s’agit de canaliser non pas une personne mais une société.

      On peut peut-être remplacer ça par la ferveur politique. Mais là, il faut au moins deux partis, équilibrés en nombre de partisans. :)

      • dudulelapendule dit :

        Je ne mentionne pas de notion de limite. La pensée qui tente d’éclairer par la philosophie, la science ( voire même l’astrophysique ) Notre perception du monde évoluera toujours. Mais elle restera Notre perception du monde, générée par Notre cerveau, Nos références…. De là à considèrer que c’est l’unique ou la bonne…. Toute réflexion  qui tenterait à universaliser un concept humain n’a de valeur que relativement à son humanité. De là on peut dériver sur l’impact de l’homme sur son environnement, mais on s’éloignera du sujet. La religion apporte justement des jalons qui balisent l’incertitude, car nous humains sommes trés vexés de ne pas tout maitriser, tout comprendre, tout savoir, et c’est une part de ce qui nous fait évoluer.

        • Matt dit :

          « Je ne mentionne pas de notion de limite. Mais [notre perception du monde] restera Notre perception du monde, générée par Notre cerveau, Nos références » : si ce n’est pas un constat de limite, ça… ;)
          Pour un croyant, tout être est limité en ce qu’il n’est que cet être : le seul concept sans limite, c’est Dieu.
          Bref, pour en revenir à nos moutons, je comprends ton point de vue : être athée, c’est renoncer. Renoncer au savoir absolu, aux certitudes, à une certaine forme d’espoir. Et à une société un jour stable et structurée sans religion ? Je ne sais pas, je pense que non dans l’absolu, mais je crains aussi que cela ne soit pas à notre portée actuellement.

      • Olivier dit :

        Pour la structure sans religion, tu peux lire L’homme, le bien, le mal de Axel Kahn (neurobiologiste) et Christian Godin (philosophe). 
        L’objectif du bouquin est de mettre en avant les évolutions de la morale et de l’éthique qui ne s’appuient pas sur une religion, mais ont simplement émergé au fil des ans. Une sorte de morale matérialiste, en somme.

        • Matt dit :

          « Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis », faisait dire Dostoïevski à l’un de ses personnages. Est-ce vrai ? A-t-on besoin de Dieu pour fonder une morale, pour élaborer les règles du vivre-ensemble ? Une approche pluridisciplinaire faisant appel à la philosophie, aux sciences humaines, à l’ethnologie et aux neurosciences permet-elle d’élaborer une éthique délivrée des commandements révélés mais soucieuse de s’enraciner dans des principes ?

          Hey, très intéressant, ça, merci ! Sais-tu si le bouquin est d’une qualité à la hauteur de son ambition ? J’ai le doigt sur le clic commandeur… 

  5. Matt dit :

    Je suis très heureux d’avoir suscité des commentaires d’un tel niveau. Je m’en vais vous répondre un par un, mais je tenais à signaler que je m’attendais très fortement à ce que personne ne lise ce pavé, surtout sur un sujet aussi « sensible » (raison pour laquelle je me sentais obligé de sourcer fortement l’article). Merci à vous.

  6. Stephane dit :

    l’inconnu ne me pose pas de problème car je suis serein, je ne me fais pas peur.
    je me suis construit un sens à ma vie et je suis athé
    si d’une façon générale la vie n’a pas de sens, cela ne me pose pas de problème car je l’ai accepté.
    la Justice n’existe pas car chacun a sa conception propre de la justice, il n’y a donc pas Une justice mais Des justices, une par personne…
    le libre arbitre ne peut exister que dans une situation de faible émotion où tous les choix semblent émotionnellement équivalents…. C’est comme ça.
    bref, être athé ne me pose aucun soucis.

    Bel article que je n’ai pas tout lu et que je me garde pour plus tard. Merci !!!!!!!!
    Stéphane

    • Matt dit :

      Merci Stéphane pour ton commentaire. Tu confirmes ce que je dis : tu t’es « construit » un sens de la vie. Construction qui n’est pas nécessaire si l’on t’a donné une religion dès ta naissance. Être athée et serein nécessite donc la capacité de cette construction.

      Je n’ai pas écrit que c’était impossible (étant moi-même athée ET serein), mais qu’il n’était pas trivial d’affirmer que tout le monde en était capable. Ni même que ce soit le meilleur choix…

      Oui, je doute qu’il y ait beaucoup de gens ayant lu l’intégralité de l’article, notes de bas de page comprises, mais j’avais envie de traiter le problème d’une manière un peu solide (sans prétendre à une quelconque complétude, illusoire dans un article de blog). Merci pour ton appréciation ! :)

      • Stephane dit :

        Avec plaisir ! Amuse toi bien!
         
        -> si construire un sens à sa vien n’est pas si facile, devenir serein, çà, c’est bien plus facile si tu utilise les bonnes méthodes/thérapeutes pour te débarrasser de l’anxiété.
         
        Stephane

  7. Matt dit :

    @Stéphane : C’est un peu pour ça que je parlais d’anesthésie. Qu’on plane et qu’on soit heureux à court terme, certes. Pour cet effet, je préfère pour ma part un Saint-Joseph de bonne facture, un Haute Côtes de Beaune ou un Laphroaig de 18 ans d’âge, d’autre le shoot à l’héro (ne prends pas ça pour une attaque de ta pratique de l’hypnose. :) )

    Ma question est la suivante : est-ce la bonne solution à long terme, ou n’est-ce qu’une béquille temporaire permettant d’aller attaquer le mal à la racine ? Atteint-on le bonheur profond en lâchant prise à long terme sur le concept de sens ? Est-on alors heureux lorsqu’on dresse, sur son lit de mort, le bilan de sa vie ?

    Je serais ravi d’avoir ton analyse sur ce sujet.

    • Stephane dit :

      t’inquiète pas, je suis solide :)
       
      oui c’est une bonne solution si il y a un vrai travail sur le caractère… faudrait que tu visite mon site pour comprendre.
      je t’envoie ça.
      A+
       
      stephane

  8. Julien dit :

    Tout d’abord bravo pour cette longue prose à la fois agréable à lire et solidement soutenue par de nombreuses références (il est à ce titre intéressant de noter que tu construit un texte sur le sujet de la religion sur un mode très proche de celui utilisé dans de nombreuses thèses ou essais scientifiques)
    Ceci étant dit, l’article, et surtout ses derniers paragraphes soulève une véritable question :  Peut-on devenir athé ? Alors qu’il semble très simple de laisser tomber quelques incertitudes pour passer de l’autre coté de la barrière, je me demande si le chemin inverse tombe dans le domaine du possible. 

    Petite remarque supplémentaire, j’aime bien ce travail autour de l’incertitude car il me ramène vers une comparaison que j’utilise de temps à autres : celle de la religion et de l’économie moderne. De par ce qu’elle est devenue, l’économie boursière est une immense boite noire que l’ont ne sait généralement expliquer qu’à posteriori. La manière dont elle a atteint ce statut d’entité suprême irrévocable qu’il faut à tout prix sauver lui donne un aspect … divin. Voir un très bon épisode de South Park à ce sujet dont je vais essayer de retrouver le nom… A+
    Julien 

    • Matt dit :

      Merci beaucoup pour ton commentaire ! :)

      Je ne sais pas si il est aisé de devenir athée, ni même si le chemin est souhaitable. J’ai dans la tête des images, probablement véhiculées par des films à la noix, je ne sais, de curetons – ou de pasteurs chez les amerloques – ayant perdu la foi suite à une tragédie, et malheureux comme la pierre (dans un film amerloque, d’ailleurs, le pauvre hère finira probablement par retrouver la foi et finir heureux.) J’imagine en tout cas qu’une telle déconstruction – qui passe nécessairement par une remise en doute de toute son éducation et du bien-fondé de la vie de ses parents – doit être assez difficile. Peut-être les gens se contentent-ils alors de passer du théisme à un déisme doux et très diffus ?

      En tout cas, la question que tu soulèves est excellente, car elle discute la possibilité du choix. Si celle-ci n’existe pas, en effet, la question devient un brin caduque.

      Quant au parallèle avec la finance, je le trouve particulièrement savoureux dans la mesure où je suis ces temps-ci dedans jusqu’au cou ! :) C’est surtout à court terme (qui n’est pas la phase qui m’occupe pour l’heure) qu’elle est la plus intrigante, avec ses analyses techniques (chart analysis pour être précis) qui ressemblent à des grigris vaudou qui auraient le pouvoir d’émettre des prédictions auto-réalisantes. L’économie et la finance à long terme, c’est un peu différent, mais l’incertitude que tu cites est bel et bien là, et son aspect para-divin est intéressant à remarquer, merci pour cette idée. :)

  9. Fran dit :

    En voilà un article bien détaillé, bravo pour ton travail. Ca donne envie de se lancer dans le débat qui est vraiment intéressant ! Donc je rajoute ma contribution ;)

    Tu développes des idées à propos de la religion avec lesquelles je suis tout-à-fait d’accord.
    En revanche, c’est étonnant comme les athées semblent toujours s’associer à « la science », comme si les deux allaient naturellement de pair.
    Comme si le fait de ne pas se laisser dicter son interprétation de la réalité par les religions amenait naturellement à suivre la science – et que ceux qui ne le font pas se font « récupérer » par des pseudo-sectes new-age ou développement personnel.

    Cependant certains se font aussi « récupérer » par l’interpétation scientifique de la réalité.

    Ils ne remarquent pas que la science actuelle, si remarquable qu’elle soit, repose sur une croyance fondamentale et non sur un fait.
    C’est le grand paradoxe de la science : elle se veut objective, mais refuse de voir qu’elle est fondée sur une interprétation subjective. Cette subjectivité sur laquelle repose la science, c’est la croyance selon laquelle le monde matériel existe indépendamment de toute conscience.
    Mais pourtant, ça, on ne peut pas le prouver ! C’est donc une croyance.

    En termes simples : tu ne peux pas prouver que ce que tu vis n’est pas une sorte de rêve.
    Dans un rêve, les choses, les expériences et tout, ça « existe » et semble réel, mais c’est tout de même de l’illusion générée par autre chose que la réalité physique.
    Pour prendre un exemple, dans un rêve normal tout est généré par ton cerveau. Si tu conduis une voiture dans ton rêve, la voiture semble réelle mais elle est en fait créée dans ton cerveau pendant ton sommeil.
    Et bien si ça se trouve, avec la réalité, cela fonctionne de manière de semblable. Peut-être que l’écran d’ordinateur sur lequel tu lis ce texte en ce moment n’existe pas vraiment en dehors d’une sorte de conscience qui en fait le rêve. Un peu comme dans Matrix.

    Donc deux choses l’une :
    – Soit la réalité existe bel et bien de manière de manière objective, et dans ce cas la science est la seule voie pour apprendre et faire de nouvelles découvertes.
    – Soit la réalité est une grande illusion, un rêve, créé par je ne sais quel « rêveur universel » (si on peut l’appeler comme ça). Dans ce cas, la science n’est qu’une interprétation de la réalité (certes très efficace) parmi d’autres. La science interprète le rêve tel qu’il est actuellement.

    Dans un cas comme dans l’autre, on ne peut pas le prouver, on ne peut qu’émettre des opinions.

    Cela ne diminue pas les arguments que tu développes à propos de la religion. Cela montre seulement que celui qui n’envisage QUE l’interprétation scientifique de la réalité est dans le même schéma que celui qui interprète la réalité par le biais de sa religion : il fait acte de foi. Pour être vraiment objectif, il faut accepter la possibilité que le monde matériel puisse ne pas exister ! (ce que les scientifiques ne font pas actuellement).

  10. Stephane dit :

    réponse à Fran : à tes arguments on peut opposer le principe du rasoir d’Ohkam…
     
    C’est un principe de simplification des hypothèses et des explications… en gros, pas besoin de construire des explications plus compliquées que celles qui existent déjà et qui marchent….
    donc exit l’illusion…

    • Fran dit :

      Ben faire appel au rasoir d’Ockham ici c’est un peu rapide quand même. L’appliquer à une théorie explicative d’où tout découle, c’est chaud, parce que si on se trompe, tout le reste est bancal!
      Enfin bref, ça revient tout de même à admettre qu’on ne peut pas prouver que l’approche scientifique soit tout juste (mais seulement qu’on « admet » cela parce que ça « semble » plus simple/plausible).
      Ce que je veux dire c’est que d’un point de vue philosophique, ou d’un point de vue personnel si tu préfères, s’en remettre entièrement à la science pour expliquer le monde c’est adhérer à une certaine vision des choses. Or cette vision des choses est subjective dans le sens où elle repose sur une hypothèse non-vérifiée (ce dont la plupart des gens ne se rendent pas compte).

      • Stephane dit :

        chacun a sa réalité subjective, il faut donc œuvrer à être dans l’intersubjectif…pour communiquer mieux et construire des choses le plus indépendamment possible de nous…
        C’est ce que fait la science ou les scientifiques par contre ce que tu propose est beaucoup plus subjectif et carrément personnel, peu de chance que cela devienne de l’intersubjectif…

  11. Matt dit :

    Merci Fran pour ton commentaire !

    Je n’associe par par principe l’athéisme à la science. J’observe simplement que le matérialisme, dont le terreau est constitué de la science moderne, est le paradigme qui a, en occident, balayé le précédent (le christianisme). Si tous les athées comprenaient la science, ça se saurait… ;)

    J’ai bien conscience d’effectuer tous mes raisonnements avec le présupposé que le monde existe. Sinon, ce n’est pas dans Matrix que nous nous trouvons, mais bien dans un rêve, c’est à dire qu’il n’y a pas « d’interpersonnel » : vous n’existez pas et êtes un création de mon imagination. C’est la question qu’on s’est tous posée lorsque nous étions petit, précédé que nous fûmes par Descartes dans son discours de la méthode (c’était pour lui simplement l’hypothèse ultime de son imagination, le « cas pire », dont il pouvait tirer la seule certitude selon lui non éliminable : celle de l’existence de sa pensée).

    Et j’aurais tendance à te répondre de la même manière que Stéphane : à grand coup d’Ockham. Si c’est moi qui produis tout cet Univers que je ne comprends pas, dont les bouts que j’ai fini par comprendre au bout de quelques années, je suis vraiment balaise. Mais cette idée n’est pas productive, ne m’amène nul part, n’est pas une « hypothèse de travail » fructueuse. Et pour un scientifique, l’indémontrable n’a pas un intérêt gigantesque…

    Tu peux donc garder en toi le doute que quoi que ce soit existe hormis toi, mais je ne sais pas s’il t’amènera plus près de la vérité.

  12. J’admire ce travail de synthèse. De mon côté je me donne les moyens d’être athée. Nous vivons dans le meilleur des mondes possibles et que dieu existe ou pas, que la vie après la mort existe ou pas, ce qui compte avant tout c’est le présent et dans le présent il n’y a pas de dieu, juste des hommes, des animaux doué d’un intellect qui les bercent d’illusions et qui devraient penser à se réveiller pour profiter de leur vie.

    • Matt dit :

      Merci pour ton commentaire.

      Oui, le pragmatisme est une manière de prendre la chose, et probablement pas la plus mauvaise, je suis d’accord avec toi. :)

  13. Matthieu dit :

    Un autre son de cloche? Voici une page pour trouver des raisons de croire en Dieu : http://totus-tuus.over-blog.com/pages/Estil_raisonnable_de_croire_en_Dieu-35611.html 

    • Matt dit :

      On sent un réel enthousiasme chez vous, à vouloir démontrer que ce que l’on connaît de l’Univers rend l’athéisme impensable et que la métaphysique est une discipline rationnelle à vocation démonstrative. Lorsque l’athéisme est impensable à un être, c’est que la religion lui est indispensable, on reste dans mon thème, je valide. :) :) :)

  14. John dit :

    Bonjour Matthieu,

    Après avoir lu et relu attentivement ton article – qui ressemble à un coming-out ;-) – et la question initiale que tu y poses: « qu’y gagne-t-on et qu’y perd-t-on lorsque l’on aban­donne la foi en l’existence d’un être sur­na­turel qui serait le Grand Archi­tecte de tout ce que nous voyons », je constate que la vision « fonctionnaliste » que tu te proposes de présenter n’éveille rien d’extraordinaire en moi.

    Bien entendu, ça n’est pas ce que j’attendais en lisant un tel article mais force est de constater que ce que tu présentes comme un luxe – voire comme un acte de courage ou de liberté de penser – s’apparente plus, pour moi, à une vision désespérée, au sens littéral, de l’existence: nous ne serions donc finalement que des organismes existants suite à un concours de circonstances dues au hasard, au temps et à la matière? La conscience serait un épiphénomène de l’existence et la foi religieuse un moyen d’échapper « au doute per­pétuel et à la remise en cause des divers principes moraux on se rac­croche ». Indémontrable, comme tu le dis toi-même, mais respectable.

    Je me demande simplement: as-tu déjà été confronté personnellement à la mort? As-tu perdu un père, une mère, un frère ou quelqu’un que tu aimais profondément? Quelqu’un a-t-il déjà rendu la vie entre tes bras? As-tu déjà accompagné un mourant?
    Généralement, lorsqu’on vit ce genre d’expérience, on fait moins le malin avec les questions essentielles. Il ne s’agit plus de beaux raisonnements intellectuels mais bien de la réalité qui se saisit de nous lorsque ce genre d’évènement nous touche directement à travers un être chéri.
    Si c’est le cas, je serai heureux que tu partages une expérience concrète au contact de la mort au regard de ta vision de la vie.

    En attendant, mais je peux me tromper, le discours est typiquement celui de quelqu’un qui n’a aucune idée, issue de l’expérience personnelle, de ce que cela signifie de se trouver face à la mort ou encore de pratiquer une religion. Et c’est le « Oui-Oui de l’athéisme » ;-) que de penser que tous les croyants – en dehors, peut-être, des fondamentalistes de tout bord – échappent au doute et à la remise en cause.

    Amusant :-).

    J’ai eu un prêtre, dans ma famille, qui, comme beaucoup d’autres ayant choisi ce métier, n’a jamais eu aucune des certitudes que tu évoques et qui, pourtant, a consacré 50 ans de sa vie au service des autres. Et comme beaucoup d’autres théologiens, il était loin d’être stupide, superstitieux ou en manque de moyens intellectuels. Il n’a d’ailleurs jamais manqué de critiquer haut et fort le fonctionnement de son église, de s’insurger quand il l’estimait nécessaire et de désobéir à son évêque lorsque sa conscience le lui imposait. Et je ne donne ici qu’un exemple, mais je pourrais, du fait de mon parcours personnel, citer d’autres cas vécus dans d’autres traditions.
    Les croyants ne sont pas tous des débiles légers, superstitieux et sans aucun moyen intellectuel Matthieu. Il ne faudrait pas que ton doctorat te monte à la tête! Tu sais, je ne suis pas le seul à avoir rencontré des érudits très cons et des ignorants très sages. J’espère que tu es plutôt un érudit qui cherche la sagesse :-).

    Et je ne reprends pas ici tous les autres aspects que tu cites au sujet des religions et qui montrent, sans présumer de ton expérience, un grand savoir intellectuel et peu de connaissances expérimentales, de l’intérieur. D’ailleurs, en bon scientifique que tu es, peux-tu nous dire dans quelle mesure tu as expérimenté ta théorie? Car un scientifique de ton accabit n’avancerait pas sur de telles positions sans avoir pris le soin de tester la validité de son modèle. N’est-ce pas?

    Bref, tout ce verbiage ressemble, pour moi, à un château de cartes intellectuelles et pas – je suis un peu direct – à du vécu. En attendant démonstration du contraire…

    J’imagines ta vision des choses appliquée à la réalité d’une mère endeuillée par la perte de ses deux enfants: « Ma chère Christiane, tu viens de perdre tes deux enfants de 5 et 7 ans dans cet accident. Tu sais, ils n’étaient rien d’autre que des organismes avec une conscience épiphénoménale. Tu n’as aucune raison d’avoir de l’espoir mais tu peux continuer à vivre ta vie insignifiante et hasardeuse. Tout ce qui t’attend, c’est le doute et le néant ».

    J’adore! ;-) Autant se tirer une balle tout de suite cap’tain!

    Tu as les moyens de révolutionner l’existence des humains avec une telle vision, fonce! Tu vas faire rêver des foules avec ce genre de discours. Discours que tu seras bien obligé de tenir (pour être cohérent) lorsque les questions fondamentales te seront posées par la plèbe, à commencer par: « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? » (une plèbe déjà bien éduquée, il va sans dire :-))))

    Au sujet de ce château de cartes et pour ne reprendre qu’une seule de tes déclarations, les textes fondateurs du christianisme ne manquent pas de situations dans lesquelles la justice divine que tu qualifies de « tou­jours supérieure à celle des hommes » est infléchie voire annulée par les actions d’un homme. Ton affirmation est parfaitement gratuite.
    Tu mets également les 3 religions monothéistes dans le même sac concernant la morale de rétribution mais je te mets au défi de trouver un seul verset dans le Coran qui garantisse le paradis au croyant. Relis également les évangiles et tu constateras que le fait de faire le bien ne garantit absolument pas le paradis dont tu parles, y compris pour les croyants (mais, pour suivre ta mise en garde, je ne mettrai pas ici de versets hors contexte).

    Si tu veux être scientifique et objectif dans ta démarche, ne te faudrait-il pas présenter TOUS les aspects de ces religions que tu résumes maladroitement en quelques lignes partisanes? Si tu ne le peux pas, pourquoi n’utiliser que les aspects qui te gênent pour soutenir ton raisonnement? Ne peux-tu pas démontrer la validité de ta vision sans recourir à ce type de procédé que les « pauvres » religieux emploient justement pour affirmer leur position? Dénigrer l’autre, même en y mettant les formes, pour montrer qu’on est dans le juste ou le vrai… Ca n’est pas digne de toi Matthieu.

    Si ta croyance est juste, elle n’a pas besoin de s’appuyer sur les erreurs des autres systèmes de croyances pour se justifier, non?

    Bref, faut-il laisser les religieux parler d’astronomie, les astronomes parler de religion et les footballeurs de politique ;-). N’est-ce pas déjà suffisamment le bordel?

    Il faut également différencier les textes de l’interprétation qu’en ont fait les religions. De mon point de vue le message des fondateurs met en avant des aspects de l’existence qui ont été détournés par les traditions religieuses et il est un peu « facile » de citer ce que tu présentes comme des faits, hors de tout contexte tout en précisant dans tes notes: « Le but de cet arti­cle n’est pas de pro­poser un traite­ment à deux balles des religions par l’exégèse de trois cita­tions de textes saints sor­ties de leur con­texte ».

    Amusant ;-)

    Ceci étant dit, je n’appartiens à aucune religion et tu as pris le soin de souligner le rôle social qu’ont jouées les religions dans la constitution de nos sociétés humaines et ce, depuis la nuit des temps. Je suis d’accord.

    Pour le reste de ta démonstration (même si je n’ai pas saisi ce que tu cherchais à prouver ou à questionner), ce que j’ai trouvé moins drôle, c’est ton discours autour de la « pauvreté » qui, pour moi, a des relents de « darwinisme social ». A-t-on oublié le titre complet, raciste, de son fameux ouvrage: « De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie »?

    Je résume ce que j’ai compris de la pauvreté dans ton article ainsi: les américains sont des tiers-mondistes attardés mentaux et les pauvres de tous pays n’ont d’autres moyens que de croire au tissu de stupidités religieuses – qui maintient un semblant de vie sociale – parce qu’ils n’ont pas l’éducation intellectuelle que tu as reçue?

    Bravo! Bravo!!! Encore!!! Bis!!

    J’aime ton côté profondément humain :-)) Ah, le dieu intellect…

    Ainsi donc, tu penses que « tout le monde n’est pas « équipé » pour mieux apprécier ce qui est plus vrai ou plus juste » (sic). Ça va les chevilles? Pas trop enflées?
    Tu devrais, l’ami! Tu viens d’inventer le « darwinisme intellectuel ». Une vision que tu résumes avec l’idée « d’être capa­ble de donner un sens à une vie insignifi­ante ». Si ça c’est pas un pur non-sens, fruit « d’une émer­gence du sys­tème nerveux cen­tral », je ne m’y connais pas ;-) Je dirai même qu’il faut beaucoup de foi pour croire en rien!!! Et il s’agit bien de foi puisque, tu l’as dit toi-même, tout cela est indémontrable. :-)

    En tout cas, une chose est sûre pour moi: tous les « ismes » – christianisme, bouddhisme, évolutionnisme, matérialisme, athéisme, etc – sont des illusions intellectuelles. Certaines sont porteuses d’espoir, de vie et d’amour, d’autres moins…
    En tant que « vilain pnl’iste » je pense que certaines visions sont plus utiles que d’autres dans certains contextes. C’est tout ce qu’il y a dire pour ne pas échafauder de château de cartes.

    Les visions qui ne tiennent pas compte du « principe de réalité » – celui qui est issu de l’expérience, pas de l’intellect – finissent toutes par s’écrouler. Le communisme et ses millions de morts, est l’exemple le plus criant de l’échec d’une vision matérialiste athée à répondre aux besoins essentiels de la vie. Que proposes-tu de neuf? Rien, il me semble.

    Soi dit en passant, je n’ai encore jamais lu le témoignage de quelqu’un ayant survécu à l’horreur de certains « ismes » en croyant sérieusement ce que tu avances. En revanche, j’en ai lu de nombreux qui montrent comment la foi en quelqu’un ou en quelque chose de plus grand qu’eux-même les a aidé à survivre quand, précisément, la vie n’avait VRAIMENT plus de sens.

    Et ça c’est un luxe que peu d’athées que je connais ont les moyens de s’offrir. :-)

    Alors « oui ». J’ai les moyens d’être athée parce que l’athéisme ne représente pour moi qu’un chemin de vie parmi d’autres. Et je préfère de loin un « bon » athée à un « mauvais » chrétien, tout autant que je préfère un « bon » chrétien à un « mauvais » athée. Mais, au fond, même si j’apprécie le courage que tu as eu d’oser écrire un truc pareil, je n’en ai pas envie, ni pour moi, ni pour mes enfants, ni pour les enfants de mes enfants. Lorsque mes enfants ont perdu leur mère, je ne les ai pas regardé en leur disant: maman n’était qu’un épiphénomène.

    Finalement, qu’y gagne-t-on et qu’y perd-t-on lorsque l’on aban­donne la foi en l’existence d’un être sur­na­turel qui serait le Grand Archi­tecte de tout ce que nous voyons?
    * D’abord, je dirai que je n’ai rien lu dans ton article qui me montre vraiment que tu y gagnes ou que tu y perds quelque chose??? J’ai lu en tas de trucs pèle-mêle qui ont l’air bien pensés mais qui, à mon avis, ne résisterait pas longtemps à l’expérience.
    * ensuite, je dirai que contrairement à tout ce que tu sous-entend dans ton article pour étayer ton raisonnement autour des religions, cette vision ne concerne au mieux que les trois grands monothéismes (à condition d’en omettre arbitrairement des pans entiers pour justifier ton point de vue).
    * j’ajouterai, enfin, que je pense qu’on peut y gagner la liberté de penser sa vie par soi-même tout en perdant ce qui en fait la force: croire en quelque chose de plus grand que soi-même.

    La seule chose intéressante pour moi Matthieu, c’est la réponse à la question: « en quoi ta vision de la vie donnerait-elle à mes enfants plus de moyens de faire face à leur souffrance qu’une autre Matthieu? »

    Bien amicalement.
    John.

  15. Denis Fages dit :

    J’aime beaucoup ce débat lancé par Mathieu et ces questions fondamentales. Je le trouve courageux car vu les guerres que ces sujets soulèvent depuis la nuit des temps… Cela va forcément débattre durement.

    Pour ma part, j’ai certaines croyances et certitudes mais qui ne sont pas liées aux grandes religions.

    Je suis persuadé que le jour ou la science étudiera l’esprit, plutôt que de croire étudier la pensée en scannant la partie physique de l’homme (le cerveau), la science et la religion se retrouveront à nouveau.

    La première vraie question ou réponse n’est pas vraiment en rapport avec la foi en un être suprème, mais de se comprendre soi-même et de savoir effectivement si l’ame est immortelle ou non. C’est pas cette connaissance que le reste de la connaissance pourra être atteinte.

    Je respecte toutes les croyances et même si elles sont empreintes de superstitions ou facilement contraires aux « vérités scientifiques », il est vital de les respecter.

    L’étude de la Connaissance, comme le faisait remarquer un peu durement quelqu’un plus haut passe par l’expérience personnelle et effectivement par le fait de découvrir, de comprendre ou de savoir ce qu’est la mort et ce qu’est la vie.

    Je ne suis pas un bout de viande issue d’une mer d’amoniac et que les hasards successifs depuis des milliards d’année ont transformé en être pensant…

    Je suis un être spirituel, immortel et j’espère que vous le découvrirez un jour aussi, mes amis.

    Denis

    • Matt dit :

      Merci Denis pour ce commentaire… Et pour le courage que tu as eu si tu as lu l’intégralité de cet article, notes de bas de page comprises !! :) :) :)

      C’est pour l’heure le plus ardu de ce blog, probablement un de ceux dont je suis le plus fier, et certainement celui qui m’a pris le plus de temps à écrire (au niveau des références, surtout). Mais comme tu le soulignes, le sujet est d’importance et la réflexion vaut le coup d’être menée.

      Tu as raison de le faire remarquer, les diverses problématiques peuvent être découpées et découplées : on peut traiter de l’âme (sujet métaphysique) en s’affranchissant d’un Grand Architecte (sujet religieux). Note que c’est un peu ce que fait le bouddhisme, mais on peut aussi avoir une conviction sur l’âme hors système, de même que l’on peut être déiste mais pas théiste.

      Le respect des croyances est aussi un point important… Tout en posant bien quelles sont les limites de ce respect. Le prosélytisme dur, tirant son origine dans la croyance forte qu’on est dans le vrai, dans la loi divine détentrice de la seule vérité, a malheureusement engendré bien des malheurs dans l’histoire du monde, et ce n’est pas fini… Donc de même que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, le respect des croyances n’est pas selon moi quelque chose d’illimité.

      La personne à qui tu fais référence et qui a la dent dure dans son commentaire a rédigé un message suffisamment long pour que je n’aie pas encore eu le temps de lui répondre – ce qui est un tort qu’il me faudra réparer. Mais cette personne ne sait pas lire. Comme cela est écrit dans l’article, j’ai entre autres, malheureusement pour moi, fait l’expérience de la perte de la personne qui m’a élevé (ma grand-mère), je ne suis pas un théoricien de canapé. Nous n’avons simplement pas tous les mêmes buts dans notre réflexion. Peu importe : le tout est d’essayer de dialoguer, et que chacun prenne ce qui lui permettra de vivre le mieux possible, en aidant tant que faire se peut d’autres à être plus heureux.

      Merci encore pour ton commentaire ! :)
      Matt a posté dernièrement Nouvelle section « Des vies pas comme les autres » : interview d’Alban, ou les changements de vie expliqués à tous

  16. Dove dit :

    Je rejoins le commentaire de Fran qui indiquait qu’il était amusant de voir comment la justification de l’athéisme prenait souvent la science pour socle. N’est-il pas concevable que la science soit le socle de la foi ?

    Non sans prétention, tu nous indiques que tu es athée mais que tout le monde n’a pas les moyens (intellectuels ?) de l’être. Ton exposé est documenté, intéressant et bien écrit mais ta conclusion est simpliste. Je cite : « Tout ce que j’ai appris […] m’emmène loin de la possibilité de croire ».

    Je crois que le coeur du problème se situe ici. Un croyant aurait pu conclure un exposé tout aussi bien construit par « Tout ce que j’ai appris m’emmène à croire en Dieu ». Quelques références bien placées à Pascal et à quelques scientifiques auraient pu également donner l’illusion d’une démonstration bien référencée.

    Je note que tu n’as pas répondu à John, qui a pris la peine de t’écrire longuement, et que je serais intéressé à lire ta réponse.

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