cerf-volant

Autant en emporte le vent

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Les dragons volent parce qu'Eole le veut bien et qu'ils le valent bien

Il y a quelques semaines, j’étais sur une plage de Normandie, battue(1) par un vent puissant, lorsque je conçu(2) le projet fort circonstancié de m’initier au cerf-volant. Vous me direz que vous vous en battez le coquillard contre une râpe à fromage avec un tibia de langouste, bref, que vous vous en cognez royalement, et vous aurez fort raison, à ceci près que, primo, cette introduction à ce tout petit billet fait sens lorsqu’on en connaît la suite, et que, secundo, nous sommes ici chez moi, alors flûte, d’abord.

Lorsque les dieux sont contre les ficelles

J’ai, durant mon apprentissage du dit cerf-volant (un vrai, hein, avec deux fils pour le diriger à faire des loopings, des rase-mottes et se poser, tout ça), été frappé par une chose. Lorsque je l’utilisais seul et que je le crashais par terre, j’allais le récupérer, sans lâcher mes manettes, afin de le placer en position de décollage. Puis je tentais de retourner à ma place. Vous m’avez bien suivi. Les meilleurs d’entre vous en topologie l’auront compris, il étaitimpossible que je me retrouvasse entre le cerf-volant et les manettes avec un sac de nœuds. C’est pourtant bien l’impression que ça donnait. J’arrivais, dans les cas très défavorables, à avoir besoin de pas loin d’une heure pour démêler le biniou.

La croyance en le nœud est le nœud de la croyance

l’enchevêtrement nodal était donc bien là, devant moi. La première fois, j’ai essayé de démêler tout cela en faisant passer l’extrémité de la ficelle dans chaque boucle de la grosse pelote. Ca prend des plombes. Puis j’ai réalisé quece nœud ne pouvait pas être là, devant moi. Je n’ai jamais lâché les manettes, les fils du cerf-volant étaient toujours tendus par le vent, il n’y avait donc pas de nœud. J’ai donc arrêté de passer l’extrémité de la ficelle (c’est à dire que j’ai arrêté de faire autant de nœuds que j’en défaisais pour résoudre la situation). Je me suis mis à donner du mou à chaque pseudo-nœud, c’est à dire à chaque enchevêtrement bloqué par les frottements issus de la tension du fil. A chaque relâchement de tension (il faut forcer pour défaire de la tension dans un nœud, c’est paradoxal, non ?), je me retrouvais avec un bout de boucle défait, sans nœud apparent. Et, de proche en proche, avec au final un joli fil tout droit tout beau, utilisable.

De l’origine des pseudo-nœuds

regglyss
Les vieux tubes sont toujours pleins de philosophie

Bref, et c’est là que je voulais en venir(3), ces pseudo-nœuds n’apparaissent que dans un contexte de tension artificielle (c’est moi qui, comme une brute, tirais le fil, tortillé,  jusqu’à mes manettes ; le long de la plage, il n’était pas emmêlé…) sur un fil qui frotte(4). Cela m’a fortement fait penser à la manière dont on se crée seul des problèmes, en s’imposant en force des contraintes inutiles au lieu d’assouplir notre direction de vie et de « mettre de l’huile », comme disait Regg’Lyss.  Si rien n’est emmêlé à un moment donné et que vous vous retrouviez avec une vie toute nouée quelques temps après, il est fort possible que vous soyez face à une illusion créée par la manière dont vous l’avez brutalisée et votre excès de frottement mental…



(1) Notez l’accord au féminin signalant que c’est la plage qui est battue et non moi.

(2) Appréciez l’impression de soudaineté, voire de violence, que génère l’emploi de ce passé simple, alors qu’en fait, c’est probablement en vain que l’on chercherait une quelconque trace de soudaineté (kasdédi à Pierre Desproges) ou d’impériosité du désir au sein du projet ci-après décrit.

(3) Même si je pense que la narration d’un bout de mes vacances sur la plage soit de nature à enrichir votre vie intérieure, bien entendu.

(4) J’ai tendance à omettre de tremper mes ficelles dans l’huile d’olive…

4 réflexions sur “Autant en emporte le vent”

    1. Fuir, ce serait plutôt choisir de couper la corde plutôt que de défaire les nœuds.

      Par contre, lorsque tu t’imposes des contraintes arbitraires (par conformisme, faiblesse, manque d’estime de toi, défaut de lecture de situation, manque d’adaptabilité au changement, sentiment de culpabilité, bref, l’ensemble des raisons qui peuvent amener à faire l’erreur de violenter sa vie), qui sont les pseudo-nœuds, et que tu tires dessus par stress, insécurité, etc., là, tu fais une belle pelote.

      C’est ainsi que tu te maries par conformisme, que tu reste ensemble par « obligation » (parce que c’est comme ça qu’on fait), que tu travailles comme un âne pour ton patron (parce que c’est moral), que tu va au max de ta capacité d’endettement pour un logement qui présente le mieux possible devant ta famille (tes ascendants surtout, parce que c’est ce mode de vie qu’ils valident), que tu te plies pour aller au devant des désirs de gens qui ne te l’ont même pas demandé (parce qu’il faut bien que quelqu’un se sacrifie, et qu’il y a une justice pour ceux qui ne le font pas, ce serait dégueulasse sinon), tu fais des boucles. Ensuite, lorsque tu t’agites soir et week-end pour être augmenté (car tes crédits, incluant aussi la grosse voiture à présent indispensable à ton âge, t’étranglent), que tu démarres une guerre avec ton conjoint ou ta conjointe, que tu prends des amphet’ pour te donner un coup de fouet (car il faut être « battant », « performant »), et que tu ne vis plus que par stress, tu es en train de tirer sur les boucles. Et plus longtemps tu tires, plus serrée sera la pelote (dans laquelle il n’y a pourtant pas de vrai nœud…). Et plus longtemps tu mettras à la dénouer, si tant est que tu la dénoue avant la fin de ta vie.

      A moins de ne couper la corde, donc…

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