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Les relations humaines sont comme des ronds dans l’eau : des cercles concentriques qui s’affaiblissent…

Cercles sociaux

Version Acide Ici des cercles sociaux

Les relations sociales sont le plus sûr moyen, si on ne les gère pas correctement, de se pourrir la vie (n’ai-je point intitulé cette rubrique d’une sartrien « l’enfer, c’est les autres » ?) Il y aura pas mal à dire sur le sujet de ce mal nécessaire chez tout animal social (dont l’homo sapiens), mais la base, selon moi, est, dans notre élan de simplification, de commencer par les ordonner afin d’y voir plus clair. Par ailleurs, au delà de la simplification, cette structuration répond au besoin plus profond de garder une relation juste avec chacun. Juste pour l’autre, et juste pour vous-même, en vous évitant les grandes déceptions qui pourraient avoir pour unique creuset des attentes indues de votre part (auquel cas ce serait bien fait pour vous, et pi c’est tout.)

Je vous propose ici une organisation concentrique liée à votre proximité à la personne. La proximité réelle, celle qu’il ne faut pas confondre avec la proximité perçue qui ne passe pas l’épreuve des faits. Le caractère concentrique des cercles en question est fondamental. Il ne saurait y avoir d’intersections entre eux. Je ne vous parle pas là d’une segmentation par activité (« Laurine est très drôle en soirée festive mais la seule discussion profonde que je pourrais avoir avec elle concernerait sa passion des figurines de Milou, contrairement à Michel qui est passionnant mais totalement coincé dès qu’il s’agit de s’amuser, tandis que j’ai une entente sportive géniale avec Robert mais je ne me verrais pas faire autre chose avec lui, etc.« ) ni par affinité (« Albertine est aussi excellente pour faire la fête, mais à ne surtout pas mélanger avec Laurine…« ), qui peuvent aussi avoir leurs intérêts, notez-bien.

Je vous propose de réfléchir au statut de chaque personne constituant vos cercles sociaux en terme de « proximité humaine », et de les organiser selon la structure de la figure proposée, typiquement :

  • Liens capitaux (votre moitié, vos enfants, certaines personnes de votre famille selon votre histoire)
  • Les amis, ceux qui sont là depuis longtemps, qui ont été là pour vous dans des moments désagréables, avec qui vous avez partagé des choses fortes ou profondes
  • Les agréables connaissances de soirée, d’activités sportives, culturelles ou artistiques…
  • Les collègues, que vous n’avez pas nécessairement choisis, ou les partenaires de vos projets (partenaires de business par exemple)
  • Les vagues connaissances
  • Le reste du monde

Ce qu’il faut bien comprendre, selon moi, pour rester heureux dans les relations, c’est que ces cercles sont (ou devraient être, en tout cas) très peu perméables vers le centre (vers l’extérieur, c’est une autre histoire : dégager quelqu’un qui vous a fait une crasse me semble une attitude plutôt saine). La migration des gens dans cette direction se doit d’être lente. L’amitié (ou l’amour) se construit, la confiance se gagne, et on ne remet pas dans les mains d’inconnus les clés d’une partie de son bonheur. Voici, à ce sujet, deux exemples fictifs d’erreurs courantes.

  • Christelle discute en soirée avec Lucille. Le courant passe immédiatement, elles restent trois heures à se raconter leurs vies respectives. Après échange de numéro, deux verres pris en semaine et quelques coups de fil de deux heures, Christelle hisse Lucille au rang envié de « meilleure amie » (voire « première meilleure amie »). Elle ne la quitte plus. Jusqu’au moment où une remarque désobligeante lui est rapportée à son sujet par une amie d’amie, qui aurait été prononcée par Lucille ; ou bien tombe-t-elle malade et attendait-elle que la dite Lucille désorganise sa vie pour lui venir en aide ; ou encore un besoin d’argent ne trouvera-t-il pas d’écho chez… Lucille, toujours, suivez un peu. Et cette trahison de sa « meilleure amie » la laissera amère, tandis que Lucille se demandera pourquoi elle a été copine avec Chris qui était plutôt cool d’un premier abord mais s’est révélée être un vrai pot de colle de laquelle la narration des ennuis quotidien lui semblait un brin superfétatoire.
  • Marc et David étaient les meilleurs amis du monde il y a une dizaine d’années. Ils étaient dans le même lycée et partageaient une grande complicité. Chacun a fait des études de son côté, a bougé, a vécu sa vie ; David a même travaillé quelques années à l’étranger. Au fil des ans, on aurait dit jadis qu’ils s’étaient perdus de vue. Mais la magie des réseaux les maintenaient encore en communication, de manière un peu artificielle, tel un respirateur automatique de leur amitié cliniquement morte. Un mail de news de trois lignes tous les deux ans et un lapidaire SMS de bonne année courant janvier gardait David présent à l’esprit de Marc, pour qui il demeurait parmi les rares élus du cercle des amis. Un jour, se rendant compte qu’ils ne s’étaient pas vu depuis belle lurette, Marc le convie à venir le visiter, pour une occasion un peu spéciale qu’il aurait voulu partager avec l’un de ses meilleurs amis (Marc se PACSe, ou il a un enfant, il se fiance, change de vie, fête ses 30/40/50 ans, …) Il le joins par téléphone. Mais David est relativement occupé. Il lui dit qu’il ne pourra pas passer toute la soirée avec lui, mais qu’il fera un effort pour passer. Le soir dit, David ne vient pas, mais finit par envoyer un SMS à Marc : « désolé, je viens juste de finir, je suis vraiment fatigué, mais je t’appelle dans la semaine et on se voit, promis ». Marc répond qu’il n’y a pas de problème, qu’il comprend ; mais David n’appellera pas dans la semaine. Il appellera peut-être quelques mois plus tard, vraiment désolé, en annonçant qu’il va trouver un moment sous peu pour qu’ils se voient ; ou il n’appellera pas, il enverra un SMS pour les prochains voeux…
Cercle des relations

Ne vous laissez pas hypnotiser par les fausses spirales des cercles relationnels

Dans le premier exemple, Christelle s’est totalement enflammée et a projeté sur la pauvre Lucille un désir d’amitié tombé d’on ne sait où, d’un besoin de « complétude » de son être qu’elle devait combler au plus vite et a présupposé un passé d’amitié qui n’existait pas. Dans le second, Marc a gardé cristallisé dans sa mémoire une relation qui a en fait disparu au fil du temps, sur un mode « loin des yeux loin du coeur », si vous me passez ce lieu commun, et a maintenu dans son esprit David dans son second cercle de manière complètement asymétrique, lui-même étant quelque part entre le troisième et le cinquième pour ce dernier. Dans les deux cas, déception, tristesse ou amertume sont au rendez-vous, non pas de la faute de Lucille ni de David, mais par la gestion humaine de Christelle et de Marc, qui pour tout dire était très conne. Il leur aurait suffit de se demander quels auraient été les actes de l’autre si ils avaient eu l’intérêt pour eux qu’ils leur prêtaient pour se rendre compte qu’ils avaient commis une erreur d’estimation.

Lisez autrui, les actes des gens reflètent leurs pensées, leur échelle de valeur et leur vision du monde. C’est probablement une des compétences les plus importante pour réussir votre vie sociale. Et commencez par vous demander où se situent les dix ou vingt personnes avec lesquels vous êtes le plus souvent en contacts amicaux.

14 commentaires

  1. Toi tu n’as pas 300 amis que tu ne connais pas sur FB ?      :-)

  2. Je connaissais pas le commentaire « blanc »…    ;-)
     
     
     
     

  3. Livret A dit :

    Intéressant d’avoir publié un tel article surtout depuis que les gens considèrent tout le monde comme des amis proches (facebook) !

  4. William dit :

    Tu as raison il faut appliquer un filtre à ses connaissances.

  5. Joel dit :

    Puisque j’assiste à une perte évident d’imagination de la part des lecteurs de ce blog, je me permet de laisser parler une personne que j’affectionne tout particulièrement Pierre Desproges qui fit partie du « grand extérieur » qui peut être divisé en 2 parties: ceux qui ont une identité (médias, politique,littérature,…), ceux qui n’existent pas (et qui commence à exister dès qu’on les voit et qu’on se souvient d’eux). D’ailleurs, nombres de gens pleureront devant la mort de la maman de Bambi, qui n’a jamais existé que dans un cerveau malade, alors qu’un glissement de terrain tuant femmes et enfants, biens réels et par centaines, dans un pays dont le nom sonne comme dans un film de guerre de mauvaise qualité scénaristique n’arrachent généralement qu’un bâillement d’ennui.
    Chronique de la haine ordinaire: http://www.youtube.com/watch?v=GzTXfOlmcFc

    • Matt dit :

      Ca se sent tant que ça, que je suis fan du regretté Pierre ?

      • Joël dit :

        Nous avions déjà eu une discussion la dessus lors d’un échange à l’occasion d’un de tes tous premiers articles. Mais cet article est particulièrement en rapport avec cette chronique de Pierre Desproges qui est ma préférée entre toutes.

        • Matt dit :

          Tu sais faire plaisir au maître des lieux. ;)

          Au passage, merci d’avoir relevé le fil de discussion : l’ami William très certainement est fort sympathique mais un tout petit peu en mode « promotion » ces jours-ci, ai-je cru remarquer.

          Il est évident que la chronique de Desproges avait à l’époque fait écho à ces réflexions naissantes. Mais ce serait resté plus ou moins anecdotique si je n’avais pas constaté que certaines personnes commettaient des erreurs assez importantes à ce sujet dans la vraie vie. C’est ce qui m’a poussé à écrire là-dessus.

          NB : pour être intégralement franc, Marc et David, c’est un peu moi-même et une « ancienne » amie, respectivement. Ca avait parachevé ma réflexion il y a quelques mois de ça. :)

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