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Les insupportables défauts des autres – 1 : une introduction

Dans son concept initial, l’idée de cet article était de discourir (de manière plus courte qu’à mon habitude, ça m’aurait fait des vacances) de cette évidence qui s’est offerte à moi il y a longtemps avant que je n’apprenne qu’elle avait été formalisée par Sigmund Freud en des termes plus ou moins proches de : « tout reproche formulé envers autrui correspond à une autocritique inavouée ». Je n’ai pas retrouvé la citation exacte(1). De là, j’aurais traité des exemples vécus, comme, en vrac :

  • les pingres ne supportant pas la radinerie chez autrui,
  • les gros passant leur temps à faire remarquer à des plus minces qu’ils ont pris du poids,
  • les sans-enfant cassant les pieds – au bas mot – aux parents avec leur science de l’éducation,
  • les constantes suspicions de petites tentatives d’influence qu’éprouvent les manipulateurs compulsifs,
  • l’incompréhension notoire des paniers percés envers les dépenses excessives de leur prochain lorsque celui-ci a plus de moyens qu’eux,
  • les hommes à la virilité plus que douteuse (ce qui ne constitue pas un défaut mais un trait de personnalité) vous expliquant avec dégoût pourquoi truc ou machin ne sont pas de vrais hommes,
  • les fainéants incompétents doués pour faire marner les autres mais en tirer toute la gloire, qui s’offusquent d’apprendre que de telles pratiques puissent exister dans le monde,
  • les hurlements sur le besoin d’éthique, de probité et de vérité chez les autres de la part de menteurs réguliers (juré, jusqu’ici ils sont tous personnellement vécus),
  • la célèbre infidélité chronique des grands jaloux,
  • et pourquoi pas, tiens, l’étonnante interview de Régis Laspalès expliquant qu’il était particulièrement agacé par les gens lents (bon, ça aurait été pour le fun, je ne le connais pas personnellement dans le civil.)

De là, il eût été de bon ton de tirer quelques analyses au débotté des origines de cet étrange travers pourtant si répandu, soit sporadiquement :

  • la découverte d’à quel point est haïssable ce trait que l’on se convainc qu’il est tolérable chez nous ;
  • la connaissance que l’on a de tous les petits trucs et astuces qu’on emploi pour masquer le dit défaut, qui rend impossible à qui que ce soit de nous le dissimuler ;
  • la position de victime dans laquelle on se place, non responsable de notre situation, et qui nous permet, un peu comme un petit taperait un grand en estimant qu’il ne peut répondre (car on ne tape pas un plus petit…), de nous défouler sur notre monde sans qu’ils n’osent nous répondre (dans le cas contraire, on hurle en se drapant dans la dignité de celui ou celle qui vient de recevoir la plus immonde des attaques et qui en conçoit une profond blessure) ;
  • etc.

J’aurais conclu sur le petit mouvement d’analyse personnelle et de questionnement qui est à présent le mien chaque fois qu’un défaut chez un autre m’horripile, craignant ne le posséder que deux fois plus que lui(2).

Mais ceci est essentiellement un blog sur l’humain. Donc sur les contradictions, qui sont si délicieuses et sans lesquelles nous nous ennuierions tant. Aussi, repensant à la citation de Freud que je ne retrouvais pas, n’eussé-je pas tôt fait d’achever l’article sur l’emploi des citations sur les blogs que j’eus envie d’en prendre immédiatement le contre-pied. Cette suite d’article (oui, oui, nous n’en étions qu’à l’introduction), qui aura pour thème le concept général, flou et presque éthéré de « défaut », ne sera par conséquent basé que sur les citations, histoire d’en voir un peu ce qu’en pensent les autres, un peu comme en philo en terminale, lorsque l’on vous explique que l’important n’est pas de penser mais de débiter par cœur l’opinion des auteurs officiels sur chaque question importante de l’existence(3).

Je vais donc vous présenter ce que l’on peut assembler sur la thématique générique de « défaut », volontairement non définie dans cet exercice, en laissant les autres parler pour soi, mais en me farcissant tout de même le boulot de sélection et de structuration(4). Mais comme je suis bon avec vous, plutôt que de vous balancer un article de 5000 mots dans les dents, je vais le segmenter en cinq parties, dont vous êtes en train de lire le premier opus, introductif. Les suivantes traiteront, sous l’angle des citations :

  1. des défauts comme affection générale du genre humain, voire du monde ;
  2. puis de nos propres défauts ;
  3. ensuite de leurs liens avec ceux des autres ;
  4. et enfin, puisqu’il fallait y venir, de ceux des autres proprement dits.

Chaque fois, je tenterai de structurer ces citations selon des grands catégories répondant aux questions qu’on peut se poser à leur propos : les identifie-t-on ? Les accepte-t-on ? Peut-on les corriger ? Sont-ils parfois utiles ? Nuisibles ? Indispensables ? Duaux ? Indissociables de la nature humaine ? Évolutifs dans le temps ? Leur appréciation est-elle particulièrement soumise aux contrastes ?

Dans les quatre prochains billets, je laisserai donc parler de grands hommes à la place d’un petit blogueur. Vous pourrez ainsi parfois y constater que, même chez les grands, on finit toujours par redire ce qui a déjà été énoncé ; et parfois aussi, qu’on peut trouver une affirmation et son opposée dans les citations, si l’on cherche un peu.

Il resteraient une problématique à traiter : celle de ceux qui, n’ayant pas l’énergie de corriger un défaut ou une incapacité, et n’ayant pas la possibilité du camouflage, s’en parent comme d’une qualité, voire d’une supériorité, en vous expliquant que les gens capables de ce qui leur échappent sont en fait des crétins. Mais il s’agit là d’une autre histoire(5)


(1) D’après un ami cultivé, ce serait probablement dans son « Introduction à la psychanalyse » (celle de Sigmund, pas celle de mon pote).

(2) Vous admirerez ces deux paragraphes complets qui tiennent de la prétérition…

(3) Sauf avec ma propre prof de terminale, qui était excellente en ce qu’elle ne tombait pas dans ce travers.

(4) Notez qu’il s’agit là d’un travail infernalement plus long que lorsque l’on tape soi-même l’article. Comme disait une très vieille pub : « jfrai pas ça tous les jours ».

(4) Si vous êtes attentifs, vous trouverez dans les articles suivants une citation se rapportant à ce sujet.

9 commentaires

  1. Piotr dit :

    tiens, je me reconnais dans cet article…
    étant une quiche en orthographe, je me permets moi-même de rappeler certains à l’ordre… :P

  2. Joël dit :

    Ca me rappelle lorsque j’ai passé mon permis de conduire. Un très bon ami passait son temps à me rappeler à l’ordre:
    « T’as priorité ici », « mets ton clignoteur », « tu devrais utiliser le frein moteur »,…
     
    Bon, soit, j’était jeune et ma conduite était loin d’être parfaite mais j’avais mon permis et pas lui. Quelques semaines plus tard, il a décidé de passer son permis… et encore… et encore… puis, quelques heures d’auto-école obligatoire après 3 échecs… Bon, je me perd dans mes comptes mais il a finalement réussi. Par la suite, en moins de 3 ans, il a fait 3 accidents.
     
    Si ça c’est pas de la justice! N’empêche que, maintenant, il la boucle :D
     
    J’ai une théorie pour répondre à cet article, Matt.
     
    Imaginons que j’aie un énorme défaut. Pour l’exemple disons que je fume comme une cheminée (ce qui n’est pas le cas, hein, c’est juste pour l’exemple) et je passe mon temps à critiquer ceux qui fument trop, ceux qui fument sans filtres parce que c’est nocif, ceux qui fument près des enfants, ceux qui fument quand d’autres sont en train de manger,… Mais en même temps, je suis conscient que j’ai ce vice et que ça me pourri la vie. En fait, ce n’est pas pour me masquer que j’agis ainsi, c’est uniquement en espérant que mon entourage, pour qui je suis un véritable poison, soit tellement dégouté par mon comportement qu’ils finiront par me rendre la pareille.
     
    Réponse A: J’essaie, maladroitement, de sortir de ce vice en poussant les autres à m’empêcher de l’assouvir
    Réponse B: En fait, je suis supérieur parce que je fume d’une certaine manière et les autres n’ont qu’à faire de même… suis-je bête, ils en sont incapables
    Réponse C: Non, tout cela est arrivé par hasard. Je suis un mec désagréable par nature en plus de fumer comme un pompier
    Réponse D: Obi Wan Kenobi

    • Matt dit :

      Selon moi, on est entre B et un mécanisme type « il ne vont tout de même pas être incorrects et blessants au point de me faire remarquer que je suis pire qu’eux, tirer sur une ambulance, c’est vraiment immonde, ce serait affreux de s’attaquer à moi alors que moi, ce n’est pas de ma faute, c’est la conséquence de ça, ça et ça, je n’ai vraiment pas eu de chance, moi ».

  3. Joël dit :

    Je précise que l’ami dont il est question au début de l’article est du genre à croire qu’il sait tout… et donc ne se remet pas en question, ce qui lui a déservi à plusieurs reprises. Quand vient l’heure du jugement, il arrive toujours à s’en sortir par une entourloupe du genre « j’avais pas dormi la nuit », « le juge ne m’aimait pas », « le bus était en retard et je n’ai eu que 45 minute »,…

    • Matt dit :

      Je connais pas mal de gens comme ça qui, pour éviter de se remettre en question – en fait, d’avouer qu’ils ont eu tort à un moment donné – préfèrent s’enfoncer dans des vies pourries. L’excès d’ego, ça fait vraiment très mal.

  4. Solal dit :

    Le comportement sur la route aussi, un concentré de paille de de poutre !

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