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Les arcanes de l’indépendance financière 1 – accepter l’argent

Vouloir l'argent

Quelques billets, et ça roule

L’argent, l’argent, l’argent. Le nerf de la guerre, dit-on. Celui qui ne fait pas le bonheur mais que tout le monde réclame et que personne, ni pauvre ni riche, ni vermisseau ni dictateur, ne semble avoir en quantité suffisante pour arrêter d’en vouloir plus. Mais nous, ici, je vous le rappelle à toute fin utile, ne sommes pas là pour tomber dans l’atavisme décérébré qui est le propre de la masse chez les animaux sociaux, caste à laquelle appartient l’homo sapiens. Je vous propose dans ce premier article d’analyser un peu si vous êtes prêt à accepter l’argent. Dans un second volet, nous examinerons si le voulez vraiment, cet argent, et pourquoi. Enfin, dans la dernière partie de cette trilogie, nous ébaucherons le « comment » en réponse au « pourquoi ». « Ébaucherons », ai-je dit.

Partons sur de bonnes bases. Je n’ai ni le désir de ni les compétences pour vous faire un cours d’économie(1), mais en gros, définissons l’argent, à une vache près(2). Pour les plus vieux d’entre vous, voici la minute de Maître Capello. Tout démarre probablement avant l’âge de fer (je dirais bien dit dès l’homo habilis, voire avant, si je me lâchais) : dans le clan, il y a un échange naturel, du fait de la répartition des tâches, de biens et de service : certains construisent des armes de chasse par exemple, tandis que d’autres chassent, d’autre encore cueillent, le sorcier fait des grigris, et tout le monde doit manger. Une circulation des biens – et une certaine résistance à trop de circulation, je suppose – sont donc des prérequis essentiels chez tout animal social, dont les membres se spécialisent en général (fourmis, abeilles, homo sapiens, grands singes, blogueurs…) C’est le fondement de la valeur des choses.

Les clans se muant en village lors de la sédentarisation, on glisse gentiment vers le concept de troc, qui va constituer le niveau zéro de l’idée financière : « par mon travail, je fabrique tel objet, recueille tel type de nourriture ou de matière première, propose tel service, en quantité supérieure à mes propres besoin, par contre il me manque ce que toi tu produis en quantité supérieure à ce qui t’es nécessaire. Échangeons. »(3) Il y a 8000 ans, ces échanges commencent à être codifiés par les Sumériens (sur l’orge) et les Babyloniens (sur n’importe quoi, on ne peut pas leur faire confiance). Il y a 2700 ans apparaissent les pièces de monnaie en métal en Grèce et Chine. Ceci constituera notre première couche d’abstraction. Le travail, les matières première(4), objets manufacturés(5) prennent une valeur unifiée.

Il y a 900 ans, une pénurie de métal conduisit à l’invention du premier papier-monnaie, en Chine (décidément), mais c’est au XVIIIème siècle que cette pratique fait un tabac. L’idée de base est de remplacer le métal (rare à terme, sinon la valeur de la monnaie chuterait trop vite) servant à la monnaie par le billet, en théorie échangeable (comme un chèque, quoi). Une fois cette seconde couche d’abstraction passée, on n’utilise plus la possibilité d’échange(6), on abolit l’étalon-or auquel il correspond(7) et les monnaies deviennent officiellement flottante. Leur cours est fixé par les échanges, comme les biens qu’elles permettent d’acheter(8).  Puis elle devient presque exclusivement électronique (dématérialisation de la bestiole, donc), c’est à dire qu’on garde juste la comptabilité de la chose, et on transfère des valeurs d’une mémoire informatique à une autre, avec une autorité qui surveille le truc pour éviter qu’une banque ne s’ajoute des zéros sans compensation(9).

C’est la dernière couche d’abstraction en date. L’argent est donc une entité hautement abstraite, dont la valeur est fixé par l’échange. Elle varie dans le temps, c’est l’inflation(10) : si on augmente tout le monde, les coûts de production augmentent et de plus l’argent est moins rare,  les marchand augmentent donc leur prix, et les gens ont besoin que leur salaire montent, etc. Si le fondement de l’argent est en relation avec le travail, sa valeur finale est fixé par l’échange. Regardez autour de vous : les plus riches ne sont pas ceux qui restent le plus tard au bureau mais ceux qui font « travailler » le plus intelligemment leur argent (une sorte de méta travail, quoi.)

Le but de cette petite explication : parler d’une idée claire et bien définie (outil issu du travail et s’étant développé) et non d’un fantasme. Le concept ayant notablement évolué depuis la révolution industrielle, il serait peu réaliste de conserver sur lui les mêmes raisonnements qu’alors, lorsque la production de richesses était un problème passant devant leur répartition.

Bon, vous commencez à prendre l’habitude : interrogeons les paradigmes et les schémas mentaux d’usage concernant le sujet. Nous sommes en France, et pour ma part, je suis culturellement très franchouillard(11) et assez peu dans le pro-américanisme bêlant (et à portée politique plus ou moins lénifiante) si courant de nos jours, mais il faut reconnaître ses qualités à la culture anglo-saxonne : ces gens ne nourrissent pas dans leur culture protestante les complexes sur l’argent que nous autres trimballons en doux héritage de la culture catholique(12)(13)(14). Pour nous, un riche ne mérite pas qu’on admire son habilité(15) mais au contraire qu’on le jalouse tout en haïssant la malhonnêteté dont il a nécessairement fait preuve pour en arriver là où il est. Le tout sans être salarié, en général, alors que le moule social nous a si bien imprimé le sens de ce qui est dans son intérêt (ça reste logique, notez bien) et qu’on est si fier d’aller travailler pour notre patron, nous qui sommes indispensables (et puis il faut bien que quelqu’un fasse avancer les choses, vous comprenez). Loin de moi l’idée vous faire la morale (je serais bien en peine de savoir laquelle vous faire(16) ) : je vous demande juste de vous situer par rapport à tout ça.

Avez-vous définit votre rapport à l’argent ? Est-il sale, propre, neutre ? Est-il une fin, un moyen, rien du tout ? Fait-il le bonheur ? En voulez-vous plus ? Beaucoup ? Combien ? Trouvez-vous légitime de le gagner en exerçant une activité salariée, en possédant la boîte pour laquelle d’autre sont salariés, en travaillant seul(e), en faisant travailler l’argent, aucun de ces moyens ? Votre morale personnelle vous conduirait-elle à accepter d’être riche, à l’assumer socialement, ou bien vos propres conception du bien et du mal sapent-elles à la base tout projet de ce genre ? A l’inverse, remplit-il toute votre vie ? Jouez-vous à « je t’aime – moi non plus » avec lui ? J’attends vos commentaires. Le second volet de cette série vous présente mes propres réponses à ces interrogations.



(1) Il est de toute façon de notoriété publique qu’à chaque fois qu’un prix Nobel d’économie a fait une recommandation aux politiques, il s’est planté. Partant de là, ça décomplexe…

(2) Je serai heureux de lire toute correction ou précision d’importance de gens plus qualifiés que moi dans le domaine. N’hésitez pas à commenter !

(3) Cette histoire est encore bien plus vieille, en fait  : c’est celle des symbioses entre organismes, symbiose qu’il ne faut pas confondre avec la notion biologique de parasitage. En finance non plus, d’ailleurs…

(4) Qui contiennent d’ailleurs le travail nécessaire à leur extraction ou collecte, voire à leur constitution dans le cas de nourriture issue de l’agriculture et de l’élevage.

(5) Qui englobe de fait du travail sur matière première.

(6) Qui n’est déjà plus possible, les états, toujours enclins à l’étourderie dès que ne les surveillent pas, ayant fabriqué plus de papier-monnaie qu’il n’y a d’or dans les caisses.

(7) Enfin, l’étalon-or généralisé n’a pas duré longtemps et a été abolit en 1976, mais bon, c’est l’idée générale.

(8) Si vous tradez sur le Foreign Exchange market, vous faîtes un peu de la « méta-économie », quoi.

(9) Les coquinous seraient capables de distraction, sinon. Heureusement que nous ne vivons pas dans un tel monde…

(10) Bon, OK, l’inflation, pour les raisons expliquées, est un phénomène antérieur au flottement des monnaies, mais vous m’avez compris.

(11) Fromage, vin, râlochage et gaudriole sont les fondement de mon être.

(12) Comme quoi, à un schisme près dans la chrétienté, on arrive à des résultats opposés à partir des mêmes textes jetant le haro sur les riches et les chameaux à qui il prendrait l’envie de passer par le chas d’une aiguille.

(13) Ils ne sont même pas assez complexés, les andouilles, pour être capables de vous raconter ce qu’ils ont fait la veille sans vous préciser le prix du paquet de chips qu’ils ont acheté et du Perrier qu’ils ont bu après le sport.

(14) Si vous m’expliquez à partir de la même constatation religieuse pourquoi les européens du sud – comme nous ou nos cousins italiens – sont par ailleurs si peu complexés sur le sexe, à l’opposé du puritanisme américain, je me verrai obligé de vous offrir un porte-clé aux couleurs d’Acide Ici.

(15) Remarquez que ça dépend aussi s’il est né avec ou bien a créé sa richesse. Je dis ça pour les fan de Paris Hilton.

(16) Et puis, un « conseiller d’une vie moins conne » qui vous fait la morale, ça la fout mal, tout de même.

5 commentaires

  1. Bon début, je vais me hater de lire la suite …

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