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L’avènement de la plume

Plume ou épée ?

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La plume est plus forte que l’épée

Proverbe allemand

Cela fait belle lurette que les militaires ont compris que l’information était l’arme la plus importante de tout conflit. le premier (?)  traité de cryptologie comme arme de guerre date du IVème siècle avant notre ère, et  jusqu’en 1996, le chiffrement était d’ailleurs classé comme arme de deuxième catégorie, plus dévastatrice qu’un flingue donc (c’est actuellement la catégorie des chars d’assaut et des avions de chasse). Napoléon Bonaparte dira en 1804 que « trois journaux hostiles sont plus à craindre que mille baïonnettes » (journaux qui seront vite identifiés comme le quatrième pouvoir, avec le législatif, l’exécutif et le judiciaire). Les commerciaux ne furent pas long non plus à comprendre qu’il était moins grave d’avoir son stock ravagé par un incendie que de ne pas avoir de sauvegarde distant de leurs fichiers clients.

Partant de là, rendez-vous compte que si la plupart d’entre nous ont manqué la domestication du feu, l’avènement de la renaissance, la réalisation du rêve spatial et la révolution sexuelle dans la boue de Woodstock, nous vivons actuellement la grande révolution de l’information. Celle dont on parlait dans les années 80 avec le plan informatique pour tous et qui ne fût alors qu’un pétard mouillé (il ne s’agissait alors que de l’informatique, soit la science du traitement de l’information, et non de la capacité à transmettre cette dernière). Celle des réseaux. Celle qui n’avait pas été entrevue par les auteurs de science-fiction, avide de robots ménagers, de supercalculateurs et de colons spatiaux. Une révolution des idées supérieure à celle qui a vu le passage de la réalisation de manuscrits par des moines à la diffusion de livres par l’imprimerie.

Car à présent, les moyens de productions et de diffusion de l’information est à portée de presque tous. C’est le partage du quatrième pouvoir (et accessoirement le cauchemar de Pascal Nègre, président d’Universal Music qui, comme les moines de 1454 voyant arriver Gutemberg, tire la tronche de ne plus être le passage central et obligé de toute la production, musicale dans son cas.) Et ce pouvoir est considérable.

Certes, ce qui est en premier lieu considérable, c’est le bruit dont le net est la source. Que celui ou celle qui ne s’est jamais laissé(e) envahir par Facebook jette la première pierre. Et aille faire un tour sur les Skyblogs pour se faire une idée… Kikou, C tro lol, chui MDR vazi. Mais bon, depuis l’éclosion de la vie, ou accessoirement celui de la démocratie dans notre beau pays en 1789, on est habitué à ce que ce soit d’un bruyant chaos que naissent les grandes choses.

Signe des temps, on trouve des blogueurs emprisonnés en Chine pour avoir évoqué le massacre de la place Tiananmen, des vidéo-blogueurs en taule pour avoir égratigné les politiques en Azerbaïdjan fin 2009… Au total, 108 web-logueurs dans le monde étaient logés aux frais de l’état derrière des barreaux (après 151 interpellations) lors du rapport 2009 de reporter Sans Frontière dans son volet consacré au net.

Et c’est le tour à présent de la Tunisie : la révolte qui secoue le pays est en partie née sur le net, tandis que d’actifs cybercops censurait l’accès aux sites et autres groupes Facebook permettant de relayer les informations et opinions (exemple : cet article daté du 28 avril 2010 faisant état de 11 blogs censurés dans la journée). Car l’union fait la force, c’est pourquoi on divise pour régner. Si l’information des évènements possède un poids énorme, celui du regroupement de gens se pensant précédemment isolés est cataclysmique.

Oui, lecteur, lectrice, tu vis l’avènement de la plume, qui comme dans un manga à la Masamune Shiro, devient la première force mondiale. Toi, qui t’inscris par tes commentaires dans la mouvance du 2.0, tu es un rouage de cette grande structure émergente, une partie de Gaïa, la méta conscience universelle dont nous sommes tous les neurones tandis que nos téléphones portables et nos abonnements internet en sont les synapses. Je t’enjoins à prendre ce pouvoir qui t’es offert et à t’exprimer sur la toile. Et ce n’est pas tous les jours qu’un sale exigent élitiste comme moi te poussera à l’ouvrir même si tu n’as rien à dire ni si tu n’es  pas sûr(e) de le dire correctement…

Commentez des blogs, créez-en vous-même, ayez quelque chose à dire, construisez votre réflexion… Saisissez votre chance d’être en démocratie et de vivre une époque formidable.

4 commentaires

  1. Martin dit :

    Un article sympa, qui résume la puissance des médias, même si ce n’est pas suffisant, comme le montre l’utilisation massive de Facebook et de Twitter pour dénoncer le régime iranien, en vain… La chute de l’article est bonne… Je laisse donc ce commentaire, peu enrichissant par rapport à l’article pour motiver les autres à laisser leurs commentaires à leur tour.

    • Matt dit :

      Le cas de l’Iran n’est peut-être pas encore plié, va savoir. Si en tout cas des choses changent un jour là-bas, il y a fort à parier que l’évolution des mentalités aura quelque chose à voir avec celle des communications.

      Maintenant, je ne serais pas surpris que ça prenne une génération…

  2. Piotr dit :

    Est-ce parce que quelque chose devient disponible que la mesure de son impact potentiel est réellement mesuré ? La censure et la mise au pas sont toujours de règles, la Chine en est le triste témoin. Contre la plume, la prison enferme et l’argent fait taire… comment évoquer sinon le silence autour du prix Nobel de la Paix 2010, Liu Xiaobo ?
    Nous sommes des rouages, comme tu le dis si bien, encore faut-il que le système soit bien huilé.
    Si les mots sont des armes, alors bâillonnez-moi, j ai fait assez de morts… pourrait dire Marx.

    • Matt dit :

      Marx pourrait en effet dire quelque chose de ce genre, et il est loin d’être le seul.

      La disponibilité de la chose ne rend pas nécessairement son impact mesuré, mais au moins mesurable. Les moyens modernes de communication, s’ils ne peuvent empêcher la censure, donnent en tout cas la possibilité de contourner partiellement cette dernière, et c’est énorme, je trouve.

      Et puis, il me suffit de « googler » Liu Xiaobo pour apprendre des tas de choses « à jour » sur lui… Et c’est peut-être ça qui le maintient en vie, cette même vie qui, à l’abri de tout regard, lui aurait probablement été volée depuis belle lurette.

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