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Lettre à l’être, ou comment le développement devint personnel

Développement personnel

Ce mois-ci, l’événement interblog “A la croisée des blogs” (organisé cette fois par  Cédric du blog Techniques de méditation) a choisi un sujet particulièrement fort, fondamental, essentiel. Le sujet, c’est : “être”. Non, non, il ne manque pas la fin, le sujet, c’est ”être”, point. Et c’est pourquoi cette thématique atteint un tel niveau de puissance, dominant de la tête et des épaules d’autres questions pourtant au fondement du développement personnel, tel “savoir être”, “faire savoir et savoir faire”, “avoir”, ou moins fondamentaux mais tout aussi essentiels comme “avoir des choses”, “être quelqu’un”, “faire des trucs”, “faire en étant tout en sachant ce que l’on a”, ou encore “tondre sa pelouse en étant conscient du retentissement universel de son action”.

Avant d’entrer dans le développement personnel, je n’étais pas ce que j’étais. Je ne suis devenu celui que j’étais avant d’être celui que je suis devenu en me rapprochant de moi-même que grâce à un long cheminement qui me permit d’accoucher de ma personne dans son être essentiel. C’est ce parcours de l’être, être étant en conscience de sa présence à l’existence, que je vais ici vous narrer.

Au commencement, était le verbe. Le verbe « être ».

Au tout début, je n’étais qu’un incrédule aveuglé par mon ignorance. Je me pensais être de chair, que la nature avait muni d’un cerveau, un être né un jour et destiné à mourir un autre jour. Un être qui avait la chance de se voir offrir un merveilleux tour de manège durant lequel il aurait l’opportunité de prendre soin des siens, d’apprendre, de comprendre ce qu’il pourrait du monde, de créer, avant de s’en aller pour faire place aux jeunes.

Quel naïf je faisais ! Heureusement pour mon salut, Google – que son nom soit sanctifié autour du monde et de par les âges – m’est apparu et m’a montré la voie. Il m’a guidé de blogs en formations en passant par les dédales de notre lieu de recueillement à tous : le rayon “développement personnel” de la FNAC.

Et l’Univers répondit à l’appel

J’ai commencé par apprendre que j’étais une âme. Bien entendu, nous parlons là d’une forme d’âme qui n’est recensée par aucune église spécifique, mais au contraire d’une essence globale connectée au Cosmos via le plan éthéral. Cette âme, mon âme, a une légende personnelle qu’elle se doit d’accomplir. Pour cela, j’ai appris à maîtriser le plus fabuleux de tous les outils : la loi de l’attraction. Cette loi me permet de me mettre en connexion directe avec l’ensemble de l’Univers connu, cette étrange ensemble dont l’horizon se trouve à 18 milliards d’année lumière et qui a intégralement et en permanence les yeux rivés sur moi, qui suis un être transcendant. Lorsque je suis doux et gentil avec les pierres, l’Univers est content de moi : c’est alors que je puis lui formuler mes demandes, telles “rends-moi financièrement indépendant en mettant sur ma route un bien immobilier à acheter et une personne ne voulant que mon enrichissement qui m’offrira la fortune grâce aux paris sportifs à coup sûr”, par exemple.

Vous reprendrez bien un peu de cervelle ?

Dans ma quête de la connaissance de l’âme, j’ai appris que notre cerveau, ce fabuleux outil, pouvait être programmé neurolinguistiquement grâce à une science – ou un domaine qui ne tardera pas à être reconnu comme tel, à n’en point douter : la PNL. Mais cette dernière m’offre aussi des connaissances avancées qui me permettent de comprendre les autres humains. Je sais ainsi que si votre regard s’égare vers la droite lorsque vous me parlez, c’est que vous mentez, alors que si c’est vers la gauche, direction du passé dans notre sens d’écriture, c’est que vous cherchez dans vos souvenirs et que vous me dites la vérité. Ou alors, c’est que vous n’êtes pas normal. Bien entendu, cela s’inverse chez les gens qui écrivent de droite à gauche, tels les arabes ou les chinois. Si vous vous adressez à un métis mi-chinois mi-arabe, ça s’inverse donc deux fois, c’est à dire que cela redevient valable, sauf s’il est gaucher, naturellement. La PNL me permet par ailleurs de vous contrôler grâce aux phrases de commandement. Par exemple, si je veux diriger subtilement mais implacablement votre esprit, je vais vous dire “Lisez mon article de gauche à droite !”, et hop, ça marche. Vous ne pouvez pas résister.

J’ai ensuite déterminé mon énnéatype sur le grand ennéagramme et compris mes forces et faiblesses grâce à la morphopsychologie, j’ai utilisé l’analyse bioénergétique pour me mettre en harmonie avec les centres magnétiques et telluriques de la terre, et atteint la « vivance » grâce à la psychologie transpersonnelle qui a unifié ma pensée et mon âme dans une grande expérience de spiritualité scientifique.

L’Univers appelle et Eric sonne

Puis, toujours dans mon exploration de cet incroyable univers dans l’Univers qu’est le développement personnel, j’ai implémenté la logique Win-Win avec tous les gens que je croise dans la rue, je suis devenu au sein de ma société un intrapreneur proactif sur les process lean six sigma, et j’ai compris que les femmes, venant de Vénus, avaient besoin de raconter à leurs copines des problèmes auxquelles elles ne voulaient surtout pas de solutions tandis que je me terrais, moi qui vient de Mars, dans ma grotte pour me gratter les testicules. Et surtout, grâce aux communautés de speed séduction, j’ai appris que pour connaître charnellement les femmes en question, je devais les aborder selon un organigramme A1 A2 A3 C1 C2 C3 S1 S2 S3 (parfois rotatif) en utilisant la routine du cube et le story telling du nain pour les emmener dans un roller coaster émotionnel avant de ne les faire succomber grâce à l’hypnose ericksonnienne.

Du bois dont on fait les hêtres

J’aurais encore tant de choses à vous dire sur le développement personnel ! Mais ce serait tuer le commerce : il vaut mieux que je vous vende une formation pour vous enseigner tout ceci.

En tout cas, grâce à ce parcours de salvation, je suis à présent sur le chemin de l’être, d’être afin de devenir celui que je suis en accouchant de moi-même pour transformer celui qui croit être ce qu’il est en celui qui est ce qu’il croit être.

Merci, développement personnel, merci d’être.

8 commentaires

  1. Thiellet dit :

    Bonjour Matt, tu vas bien ?

    Au sujet de ton article, si j’ai bien compris, tu nous parles des possibilités de profiter de ce qui est offert autour de nous en touchant et utilisant les possibilités en nous. Ok ? Pour moi tout ceci parle de l’avoir. Et si l’être était encore au-delà de cette réalisation que je qualifierai de psycho-matériel quelque soit les lettres de noblesses de n’importe quelle technique (PNL – Sophro – Hypnose….) ?
    @+ Matt

    • Matt dit :

      Coucou Didier,

      Je vais (très) bien, merci, et j’espère qu’il en est de même pour toi. Merci pour ton commentaire. :)

      Mais dis-moi, un affreux doute m’étreint : tu as lu mon article à quel degré, exactement ?

  2. Roland dit :

    C’est intéressant, mais j’ai pas tout compris.

    • Matt dit :

      C’est très exactement le but. J’irais jusqu’à dire que si tu as compris quoi que ce soit à ce galimatias « développement personnel », c’est très inquiétant… ;)
      Matt a posté dernièrement La créativité, le génie et vous 3/6 – Plongée exploratoire en soi

      • Roland dit :

        Je pense qu’au tout début, certains voulaient, par le  »développement personnel », aider honnêtement les gens par des termes clairs et simples, honnêtes. Pas un verbiage incompréhensible pour faire style : « pauvres ignares, heureusement que je suis là pour révolutionner vos vies de merde, à propos, c’est 1 000 € l’heure »
        Depuis le business s’est développé, et là, c’est la soupe indigeste ; et plus c’est abscons, plus ça rapporte, et ça devient la bouillie que tu dénonces…

        • Matt dit :

          S’il y a des pigeons, il y a des gens pour en profiter, ça marche à tous les coups. Mais il y a aussi des gens honnêtes, je te le concède très volontiers. Je croise des blogs de développement personnels dont parfois même les auteurs ne vendent rien. Et j’ai aussi rencontré (dans la vraie vie) de simples clients de ce genre de conneries qui parlent exactement comme leurs gourous (ce qui est normal, tu me diras, et tu auras raison).

          Seulement, tu me pardonneras d’être acide ;) , le fait d’être honnête, gentil, mimi et tout ne donne pas un gramme de sens/vérité/intérêt/pertinence/… en plus à leur charabia. C’est ce que je me suis dit il y a quelques jours en croisant, dans une initiative web concernant le développement personnel, les vers de quelqu’un qui s’était fendu d’un poème (sans rythme et blindé de rimes interdites) sur le fait que c’est bien d’être gentil, que c’est mieux d’être heureux que malheureux, et qu’il faut chercher le bonheur parce que ça rend heureux.

          De la même manière, les gens qui ont gentiment payé pour ingurgiter des conneries PNListes et autres, qui se sont endettés pour devenir coach patentés en ennéagramme et psychologie transpersonnelle, les pauvres hères qui œuvrent en bas de l’échelle de l’église de scientologie, tous ces gentils couillons sont, j’en suis persuadé, honnêtes dans leur démarche de vouloir aider leur prochain.

          J’irais même jusqu’à affirmer que c’est de la meilleure foi du monde, et ce dans les deux sens du terme, que les créationnistes se battent pour diffuser leurs idées et bouter le satanisme qui s’insinue dans l’esprit des gens par le biais de la théorie de l’évolution (voire de la cosmologie physique).

          Il n’empêche que bonne foi, honnêteté, gentillesse et tout ce que tu veux n’a jamais impliqué vérité, ni profondeur de réflexion, et que même si tu militais contre loi de la chute des corps avec la plus grande compassion du monde pour ceux qui se prennent un pot de fleur sur la tête lorsqu’ils marchent innocemment dans la rue, cela ne t’empêcherait pas de te casser la gueule lorsque tu te prendrais les pieds dans le tapis.
          Matt a posté dernièrement La créativité, le génie et vous 1/6 – les mythes ont la peau dure

          • Roland dit :

            Bon, pour être BIEN précis : je parlais de gens honnêtes, MAIS avec un contenu VALABLE (ce qui fait tout de suite peu de gens), et donc pragmatiques.
            Pas des rêveurs (rarement bien intentionnés d’ailleurs) qui refusent la réalité ; et qui pour reprendre ton exemple, nient la loi de la gravitation et donc se jettent du haut de la tour Montparnasse pour prouver qu’ils peuvent voler aux sceptiques que nous sommes. Bien sûr, ils s’écrasent comme une merde molle 200 m plus bas, sous les regards stupéfaits des pigeons…

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