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Interview de Gilles Wozelka, directeur exécutif chez Neopost

Gilles Wozelka

Gilles Wozelka

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter une interview de Gilles Wozelka. Après avoir chroniqué son livre, je me suis dit qu’il avait tout de même un sacré parcours, et qu’au delà du développement personnel, il avait sans aucun doute aussi beaucoup à nous apporter au niveau de sa vision du business tel qu’il a pu le pratiquer au sein d’entreprises de grandes tailles. Voici donc un point sur une belle carrière « d’intrapreneur ».

 

Gilles Wozelka Bonjour. Les lecteurs de ce blog te connaissent déjà en tant qu’auteur du livre Les Petits Galets. Mais mis à part cela, tu as un parcours professionnel impressionnant : manager chez IBM, puis DG et DRH chez Altran et actuellement directeur exécutif chez Néopost. Nous avons abordé dans ces pages le concept d’entrepreneuriat, mais beaucoup de lecteurs sont aussi intéressés par la réussite en tant « qu’intra-preneurs », si j’ose dire, réussite que tu incarnes parfaitement. Pourrais-tu revenir sur ton parcours et ses différents tournants ?

J’ai commencé ma carrière chez IBM où, en tant qu’ingénieur, j’ai naturellement commencé à travailler dans le domaine  technique (dans le développement C++ pour être précis). J’ai rapidement réalisé que ce qui m’attirait le plus était le management (qui est une carrière spécifique chez IBM) et j’ai donc tout fait pour devenir manager ; ce qui s’est réalisé au bout de deux ans. Même si je répète à l’envie que le management ne s’apprend pas dans les livres, c’est chez IBM que j’ai appris à devenir un manager (un people manager comme ils disent à la compagnie) et surtout où j’ai fait mes premières armes et mes premières erreurs…

En 2000, j’ai quitté IBM pour rentrer chez ALTRAN (groupe Français de conseil en technologies) comme directeur général d’une de leur grosse filiale (600 personnes, 60ME de CA). ALTRAN était à cette époque un groupe en pleine réussite qui s’était bâti sur le concept de la décentralisation. Chez ALTRAN j’ai appris le commercial et surtout le management d’équipes commerciales ; ce qui est très différent du management d’équipes techniques. C’est chez ALTRAN également  que j’ai commencé à apprendre le métier d’intra-preneur car la décentralisation et la modularité (ALTRAN était bâti sur un modèle neuronal ou chaque entreprise était une copie conforme de sa voisine) favorisaient l’esprit d’initiative et « l’empowerment » de chacun. Les deux dernières années j’ai accepté de devenir le DRH France afin de piloter le projet de fusion des entités Françaises mais cela c’est une autre histoire…

En 2008 j’ai quitté ALTRAN pour rentrer chez NEOPOST (groupe industriel Français dans la gestion du courrier) comme membre du comité exécutif en charge du développement international. Sous mon initiative nous avons fait de nombreuses acquisitions et développé de nombreux nouveaux marchés dont le plus important est la création de la zone Asie Pacifique qui pèse aujourd’hui plus de 70 millions d’euros. Chez ALTRAN j’ai appris le management en milieu international qui est une autre facette de ce métier complexe et passionnant.

Quelles sont les réussites professionnelles dont tu es le plus fier ?

Je crois que j’ai été fier à chaque fois que j’ai pu permettre à un de mes collaborateurs de trouver sa voie, de s’améliorer, d’exprimer son potentiel. Le métier de manager n’est pas fait de grandes réussites mais est plutôt pavé d’une somme de petits succès et d’inévitables échecs qui mis bout à bout forment un chemin, une histoire, un parcours…

Quels sont les plus gros points durs que tu aies rencontrés ? Les moments de blocage ? Les projets qui semblaient ne pas vouloir réussir, les moments de découragement ou de doute ? Comment les as-tu surmontés ?

Les plus grosses difficultés dans le management sont toujours liées à l’humain. Quand on ne comprend pas ce que l’autre attend ou qu’on ne trouve pas la clé pour le faire progresser. Car chaque individu est différent. La première chose que j’ai apprise c’est à ne pas manager les gens comme on aimerait soit même être managé mais comme l’autre a besoin d’être managé. Certains ont besoin d’encouragements, d’autres de liberté ou d’objectifs à long terme. Certains ont besoin de se sentir sous pression pour fonctionner alors que pour d’autres le stress est un véritable inhibiteur. Bref, il n’y a heureusement pas de méthode universelle qui s’applique à tout le monde et il faut apprendre à comprendre comment l’autre fonctionne pour mieux le manager. Et pour cela la première étape c’est de comprendre comment on fonctionne soi même car tant qu’on ne se connait pas un minimum, il est vain d’essayer de comprendre autrui. Le management commence par un jeu devant un miroir…

Ta carrière est très impressionnante. Pourrais-tu expliquer aux lecteurs de ce blog comment on définit des objectifs de carrière ? Comment les monitore-t-on ? Comment les adapte-t-on à sa propre évolution ? Seul ou en se faisant accompagner ?

D’abord je te remercie mais je ne pense pas que ma carrière soit impressionnante… Ceci étant dit, et cela va surement te surprendre, mais je n’ai jamais fait aucun plan de carrière. J’ai toujours écouté mon instinct en cherchant 3 choses : prendre du plaisir de mon travail, pouvoir transmettre à d’autres et pouvoir améliorer mes connaissances. A chaque fois que l’un de ces trois critères n’étaient plus là, j’ai changé de société et cela ne s’est pas produit très souvent puisqu’en moyenne je suis, à ce jour, resté sept ans par employeur.

Pour dire vrai, si j’avais changé à chaque fois qu’un de ces critères n’allait plus, j’aurais eu bien plus que 3 employeurs en 22 ans ! En fait à chaque fois que ça n’allait pas, j’ai appliqué une méthode personnelle que j’appelle la méthode du « post-it » et qui se décline de la façon suivante : quand quelque chose ne va pas (je parle au présent car je m’en sers encore aujourd’hui) je décris le problème sur un post-it que je colle six mois plus tard et je m’efforce de ne plus penser au problème pendant ce semestre. Si, six mois après, le problème s’est résolu tout seul (ce qui arrive 80% des fois) alors je déchire le post-it et continue ma route, sinon je prends mon destin en main…

Je suppose qu’un des points essentiels pour s’accomplir et réussir dans l’entreprise est d’utiliser au mieux ses compétences. Comment les identifier au mieux ? Sur quoi se baser pour déterminer ses propres points forts et faibles ? Toutes les compétences repérées sont-elles également valorisable dans la vie professionnelle, ou doit-on soigneusement sélectionner celles qui vaudront le coup d’être exploitées dans ce contexte ? Comment adapter ses objectifs professionnels vis-à-vis de ces compétences repérées ?

Vaste question qui mériterait à elle seule plusieurs pages de discussion… Pour résumer je dirais que dans l’entreprise, il y a 3 niveaux de compétences : celles afférentes au quotient intellectuel, celles liées au quotient émotionnel et enfin celle connectées au quotient politique.

Les premières sont toutes celles liées à la compréhension technique  du secteur dans lequel on se trouve. Ce sont paradoxalement les plus faciles à acquérir et celles pour laquelle l’entreprise est la mieux équipée pour former ses salariés.

Les secondes arrivent dans un deuxième temps et sont beaucoup plus complexes car du ressort des relations humaines : comment motiver les gens, comment débloquer des situations, comment mobiliser les énergies dans  le même sens sans blocage, etc. Elles sont beaucoup plus difficiles à acquérir et requièrent surtout un travail sur soi en profondeur et de longue haleine.

Les dernières sont les plus complexes mais sont nécessaires car une entreprise est un être vivant à part entière dont il faut comprendre le caractère, les qualités, les défauts pour pouvoir y naviguer confortablement et surtout efficacement… mais ça aussi c’est une autre histoire.

Pour changer de sujet (ou peut-être pas…), peux-tu nous parler de tes autres activités et projets, notamment d’écriture ? Les envisages-tu de manière totalement disjointes de tes activités professionnelles, ou au contraire s’articulent-elles au sein de ton plan de carrière pour former un tout ?

Mon fils dit de moi que je suis un hyperactif et il n’a sûrement pas tort. J’ai toujours des dizaines de projets personnels en cours aussi différents (et quelque fois hétéroclites) les uns que les autres. J’ai besoin de cette diversité et de cette activité pour me sentir vivant et j’ai bien conscience que c’est vraisemblablement une faille, une peur du vide, que je cherche à combler de la sorte…

L’écriture est une de mes plus anciennes passions et remonte à l’enfance. Je suis un créatif et c’est le meilleur moyen que j‘ai trouvé pour inventer et imaginer en liberté, sans barrière, sans limite. C’est aussi un incroyable outil pour transmettre et partager avec des gens que l’on ne connait pas. Je ne crois pas qu’il y ait une scission entre le Gilles qui travaille et le Gilles qui écrit. Les deux ne font qu’un et s’enrichissent mutuellement de leurs vies parallèles et en même temps si différentes.

Pour conclure, quels conseils donnerais-tu à ceux qui veulent se tracer une route managériale ?

Un seul conseil : lire LES PETITS GALETS, L’ENDORMEUSE et tous les autres romans que je vais bientôt publier   ;-)

Gilles, merci beaucoup du temps que tu as bien voulu m’accorder pour donner des pistes de réflexions professionnelles aux lecteurs d’Acide Ici.

2 commentaires

  1. Phillipe dit :

    Je ne comprends pas bien ta méthode du post it, comment peux tu l’écrire et le coller ou le mettre en évidence et pour autant essayer de l’oublier pendant un semestre?

    Ta réponse et ta technique m’intéresse.
    Phillipe a posté dernièrement Que faire quand on est seul(e) pour voyager?

  2. wozelka gil dit :

    Bonjour Philippe,
    La technique du POSTIT n’est qu’un moyen comme un autre de lâcher prise.
    En capturant par écrit son problème et en l’oubliant pour un certain temps, on donne l’opportunité à son esprit de se détendre, de penser à autre chose, de ne pas se crisper sur l’objet de sa contrariété.
    Les problèmes quelquefois nécessitent d’être oubliés pour être résolus.
    Un peu comme cette femme qui rêve de tomber enceinte et qui, à trop le désirer, n’y arrive pas. Il suffit qu’elle décide de renoncer et qu’elle arrête d’y penser pour que cela survienne.
    Bien à toi.
    Gilles

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